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Auteur : Bernard Giraudeau
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Métailié, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-86424-614-5
GENCOD : 9782864246145
Xavier Clion - 15/05/2007
Hélène Lausseur - 15/05/2007
Je l'ai aimée comme un enfant, comme un homme, comme je n'ai plus jamais aimé... Elle s'est dissoute un jour, peu après notre amour, dans une eau claire. C'était dans un cristal d'émeraude glacé... J'ai continué à grandir sans elle, bien sûr, avec ce don qu'elle m'avait fait dès l'enfance de cette découverte sans cesse renouvelée de l'amour. Tout au long de ma vie j'ai aimé les nuques déliées, les femmes comme des gerbes et le secret des graines dans les épis... J'ai gardé de l'enfance, et d'Amélie, ils sont liés, l'amour de l'inconnu à défricher, avec la peur au ventre comme une jouissance.
Bernard Giraudeau nous embarque, au fil des amours de ses héros, de l'Afrique à l'Amérique du Sud, à la recherche de cet inconnu qui toujours fascine, avec un don irrésistible pour dire le clair-obscur des sentiments. Son regard précis s'exprime dans une prose drue, nette, crue et poétique à la fois qui échappe à toute nostalgie.
Bernard Giraudeau est né à La Rochelle. Acteur et cinéaste, il réalise des longs métrages, L'Autre et Les Caprices d'un fleuve, ainsi que des documentaires, dont La Transamazonienne, Esquisses philippines, Un ami chilien. Il est l'auteur, entre autres, du Marin à l'ancre, des Hommes à terre et des Contes d'Humahuaca.
Bernard Giraudeau a reçu le Prix Amerigo Vespucci 2007
Il chante l'océan bien sûr, plein de promesses et sur lequel il s'embarquera bien vite. Pour retrouver ses amis, Michel et Diego, l'Afrique et le Chili. Pour découvrir les villages et les ports, capter les couleurs et les odeurs. Et puis il y a aussi les retours à Paris dans le froid et la pluie, avec, en sus, les bouchons et les visages blêmes. Il faut alors repartir, coûte que coûte. Repartir et écouter les histoires des autres, comme celle, sublime, de ce marin travesti. Repartir par peur de l'habitude, et de voir ses rêves s'abîmer sur le bitume. Sans cesse, mais en prenant davantage le temps, Bernard Giraudeau est lui aussi parti défricher les êtres et le monde. En restent de magnifiques histoires qui invitent les terriens que nous sommes à rêver d'horizons maritimes.
Les Dames de nage, qui vient de paraître chez Métailié, est un roman, si l'on en croit ce que mentionne l'éditeur. On dirait pourtant une autobiographie. Qu'importe ! C'est surtout un excellent livre, plein de bruit, de fureur, de révolte, de cette tendresse feutrée que l'on camoufle sous une apparente rudesse. Cette belle confession romancée permet à Giraudeau de croiser la voie de ses idoles, les Joseph Conrad, Alexander Kent, Robert Louis Stevenson ou Jack Kerouac.
Parce qu'il est désormais un comédien d'escales et un écrivain au long cours, ce Gémeaux bousculé par le cancer prend le temps de musarder dans le passé. Il raconte comment, fuyant Paris sans regret, il a déchiré ses semelles sur la lave noire des volcans, foulé le mica des terres brûlées, traversé le Tocantins, navigué sur le Xingu, participé à des cérémonies chamanistes près de la frontière bolivienne, à des fêtes dogons au Mali, marché contre le simoun d'Iran et le khamsin d'Egypte, mangé du caldou au Sénégal et de la cazuela dans les Andes. Partout, il a favorisé le hasard, qu'il aime «comme la lumière», et comparé la canopée à une mer sombre...
«Les Dames de nage», c'est la chronique vagabonde d'une existence où les femmes ressemblent à des continents, et les pays lointains, à des corps de femmes parfumés aux essences florales. C'est le livre rond d'un homme maigre. Un chant du départ qui sent le vieux chanvre et le calfat des navires. C'est ce qu'on s'écrit pour se donner de la force, et une dernière salve de désir. L'acteur colérique est devenu un raconteur généreux.
Construit de cent récits, comme autant de nouvelles emboîtées, ce roman frappe, une fois encore, par son énergie, le tranchant de son humanité, sa vibration intérieure. Dense, inspiré, il révèle une sensibilité à fleur de peau et un rare talent pour les miniatures...
Les Dames de nage confirme ainsi la singularité de l'univers de Bernard Giraudeau, son sens de l'éphémère et du temps qui brûle, son goût désespéré de la vie. En filigrane perce pourtant, tout au long du livre, une sagesse inédite, un désir farouche d'accéder enfin au bonheur et à la paix.
C'est à cette époque, je crois, que j'ai eu fiévreusement envie d'écrire au monde, pas aux gens, non, au monde. "Cher monde..." J'ai plusieurs fois écrit avec application, sur mon cahier d'écolier, ce début prometteur d'une lettre dont je n'arrivais pas à synthétiser le contenu d'un sens qui m'échappait encore et ne me serait peut-être jamais révélé. C'était d'une grande naïveté mais je voulais écrire au monde. C'était un élan de juvénilité désarmante. Parfois, je me plantais dans le jardin de terre noire du marais à écouter les peupliers et les poules d'eau, ou bien sur les quais face au large avec un bon vent dans la gueule et là je récapitulais ce que j'allais lui écrire. J'en avais, des choses à lui dire. Cher monde... Une voix comme un coup de fusil finissait toujours par me demander ce que je faisais, à quoi je pensais, ma mère, un copain, la voisine. Je répondais : "Rien." Je n'aurais jamais osé dire que je pensais au monde avec ce désir fou de lui écrire une lettre, une lettre de foi et d'amour. Qui aurait compris que je voulais les bras du soleil pour enlacer la terre et serrer le monde contre moi ? Je sentais bien déjà que c'était emphatique, même si je ne connaissais pas encore ce mot. Je devinais également l'inutilité de ce courrier sans adresse. A quoi tu penses ? A rien.
Viens déjeuner. Il y avait sur la table une lettre de mon père qui était en Algérie. Son monde à lui, c'était nous. Il fait quoi, papa ? La guerre ! La guerre à qui ? Maman était restée un instant dans le vide, elle se raccrocha à "ennemi". Il fait la guerre à l'ennemi, voilà ! C'est qui, l'ennemi ? Heu... des gens qui veulent pas être français. Je fixais la lettre de papa avec son écriture appliquée, ronde, parfaite.
Plus tard, sur les glaces du Tronador, à la frontière du Chili et de l'Argentine, je regardais le soleil se lever sur la chaîne andine et la lune de l'autre côté qui se faisait aussi grosse que lui pour se poser sur le Pacifique. J'étais resté haletant, avec une haleine en cristaux, les crampons dans une neige éternelle. Là encore, j'avais voulu écrire au monde. Il était beau, nom de Dieu ! Alors, il fallait lui dire. On oublie toujours de dire qu'on aime.
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