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Auteur : William Seward Burroughs
Traducteur : Gérard-Georges Lemaire | Céline Leroy
Date de saisie : 18/01/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 30.00 € / 196.79 F
GENCOD : 9782267018776
Sorti le : 18/01/2007
Cette correspondance de Burroughs suit les grandes étapes de la relation unique qu'il entretenait avec Allen Ginsberg. Elle révèle la compréhension progressive de la vraie nature de son travail : son évolution inouïe de la narration à l'anti-narration, de Junky au Festin nu, en passant par la découverte du cut-up. Elles le dévoilent autant lui-même que ses amis Kerouac, Cassady ou encore Ginsberg composant Howl. Burroughs se révèle aussi prolifique dans la critique de la situation politique de son temps que de ses propres futurs biographes. C'est pourtant bien parce qu'il vit son art que ces lettres sont si exceptionnelles. «Peut-être que le véritable roman, c'est ces lettres que je t'écris», confessait-il à Ginsberg. Point de repère pour le Burroughs paria, work-in-progress pour le Burroughs écrivain, ces lettres nous permettent d'expérimenter une fusion unique entre la vie et les lettres, l'extraordinaire histoire vraie de cet écrivain hors du commun.
Ce volume regroupe sa correspondance de 1945 à 1959 (certains passages ont déjà été lus dans Lettres de Tanger à Allen Ginsberg)...
Un des dons particuliers de Burroughs est sa capacité humoristique à humer toute catastrophe déjà présente ou à venir...
Cette correspondance montre aussi les liens de Burroughs avec la psychanalyse et ressuscite une vie d'alors à Mexico et à Tanger où il finit par se lier vivement avec Paul Bowles. Une vie de marginal ? Burroughs à Ginsberg en 1953, de Lima : «Qu'on ne s'y trompe pas, tous les intellectuels sont des marginaux aux Etats-Unis.»
À JACK KEROUAC
15 mars 1949
[509 Wagner St. Algiers, La.]
Cher Jack,
Merci pour ta lettre. J'ai mis du temps à répondre parce que je suis très occupé en ce moment. Je suis sur le point de déménager, ayant acheté deux maisons autour d'un patio dans le Quartier français. Nous vivrons dans l'une d'elle et louerons l'autre. J'ai passé mon temps à repeindre et à réparer notre maison actuelle pour en tirer un bon prix. J'espère la vendre et déménager dans l'autre d'ici le mois prochain.
Tes informations concernant Neal m'ont intéressé. Je ne vois rien d'anormal dans son point de vue s'il le suit avec constance. S'il ri éprouve pas de «responsabilité» envers les autres, il n'en a aucune. Bien entendu il ne peut rien réclamer aux autres dans ces conditions qu'il a lui-même créées. Je ne crois pas qu'il le comprenne. À mon avis, il doit croire que, mystérieusement, les autres sont tenus de l'aider. Les flemmards les plus invétérés sont convaincus qu'alors qu'ils n'ont aucune obligation envers quiconque («Je dois rien à personne» - Huncke), les autres ont une obligation morale à pourvoir à leurs besoins. Mais pour en revenir au concept d'«obligation», le mot n'a de sens que dans les termes d'une relation spécifique ; cela doit être l'expression d'un sentiment spontané et volontaire. Un conflit entre «obligation» et sentiment est impossible. C'est une autre façon de formuler le fait que la seule morale possible est de faire ce qu'on a envie de faire. C'est la conclusion à laquelle conduit la psychanalyse, bien que de nombreux praticiens reculent devant ce pas final mais incontournable. Car les gens finiront par faire ce qu'ils veulent, sinon les espèces s'éteindront. C'est ce que je crois.
Comment va Huncke ? Salue-le pour moi. Le message d'Allen dans ta lettre était plutôt étrange. Sérieusement, je doute de sa santé mentale. Des nouvelles de Neal ? Hinckle et sa femme sont finalement partis pour Frisco.
J'ai déjà un problème de locataire. Deux tapettes insupportables vivent dans la maison au fond de ma nouvelle propriété et je découvre, à ma surprise et à mon indignation, que je ne peux même pas les expulser sans retirer le logement du marché de la location. Je te le dis, nous sommes pris au piège de la pieuvre du socialisme bureaucratique. S'il te plaît, donne-moi vite de tes nouvelles.
Comme Toujours,
Bill
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