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Auteur : Peter Weiss
Préface : Mathieu Bénézet
Traducteur : Alban Lefranc
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Léo Scheer, Paris, France | Melville, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-915341-41-6
GENCOD : 9782915341416
Charlotte Etasse, élève du Cours Florent
Peter Weiss, l'un des plus grands écrivains allemands de l'après-guerre, n'ignore rien du sentiment d'exil engendré par l'opacité sanglante du monde et la prolifération des mécanismes répressifs. Dans ce récit, encore inédit en France, il témoigne d'un univers qui ne redoute ni l'outrance ni la digression ; un univers empli d'une violence qu'il s'agit, sans cesse, de contrer.
«La proximité de la jeune femme était une souffrance et une menace, il voulut la repousser mais il était trop tard : assis près du feu, il était lié à elle. Elle noircit ses sourcils vibrants et ses cils arqués. Son peigne glissa dans la vague frémissante de ses cheveux ; la beauté de son visage était presque repoussante.»
Traduit de l'allemand par Alban Lefranc Préface de Mathieu Bénézet
Peter Weiss (1916-1982) obtient une reconnaissance internationale avec Marat/Sade en 1964. Il est également l'auteur de L'Instruction, pièce écrite à partir du procès des responsables du camp d'Auschwitz, et d'Esthétique de la résistance, roman sur la lutte anti-fasciste. Il reçoit en 1966 le prix Heinrich Mann, le plus prestigieux de la littérature est-allemande. Le prix Georg Büchner lui est décerné à titre posthume.
Un récit allégorique inédit, par l'auteur de L'Instruction. Une succession d'affrontements familiaux et de fantasmes qui mettent en scène le sentiment de perte et d'exil.
Gregor oscille entre deux femmes : Léa, mariée, enceinte d'un enfant qu'elle déteste ; et Janna, qui entretient une relation incestueuse avec son père, ainsi qu'une relation amoureuse avec une autre jeune femme, Inez...
Fantasmes et transfigurations de la réalité poussent les différents personnages à vivre leur situation de manière passionnelle, dramatique, comme des affrontements au terme desquels ils parviendraient à vivre. Le réel et l'imaginaire se mêlent et laissent libre cours à la sensualité et la violence des affects.
Les luttes de Grégoire, l'intellectuel, aux prises avec Léa et Janna, les deux visages de la sensualité, symbolisent le combat de l'homme contre l'incertitude. Sommes-nous capables de faire des choix ? L'homme est-il condamné à la solitude, ou peut-il assouvir sa soif de relations humaines ?
Les personnages du Duel, emplis de la difficulté à s'inscrire dans la norme, dans le quotidien, cherchent avant tout à échapper à la solitude. Les aventures sexuelles, les rencontres, sont traversées par cette inquiétude : une inéluctable distance demeure, qui enferme les humains dans leurs angoisses et leur subjectivité.
Ses talons hauts claquèrent sur les marches où des fossiles, des étincelles de comètes et des coquillages traçaient des motifs complexes ; elle traversa les décombres de métal et d'éclats de verre comme un flamant rose, à grands pas grotesques.
Elle cria son nom devant la porte en madriers de la chambre, elle l'entendit répondre au loin. De hautes piles de bois étaient dressées dans l'étroit défilé qui débouchait sur l'antre vermoulu où vivait Gregor. Elle vit le feu dans le four de fusion et les reflets sur les peaux de mouton qui formaient la couche, elle fut prise de dégoût en songeant aux pelages rugueux, et son écoeurement s'accrut lorsqu'elle mit le pied dans cette pièce indistincte et boueuse, dont les limites disparaissaient dans l'obscurité.
Le chien se faufila sur le sol de ciment. Le grand animal gris aux yeux phosphorescents s'approcha, se pressa contre elle ; dissimulé par une étagère métallique, Gregor surgit et remarqua l'intimité caressante qui s'était installée entre elle et le chien, leur immobilité, la tête du chien appuyée contre ses cuisses, ses paumes sur l'animal.
Gregor était vêtu d'un costume de cuir et chaussé de hautes bottes de caoutchouc, ses habits sortaient d'armoires abandonnées au fond des caves, il y avait trouvé aussi un casque de soudeur et de grands gants à revers ; ainsi vêtu, il avait l'habitude de rester assis à la table de rabotage, sous la fenêtre, protégé du froid et du bruit des ateliers de plomberie et des chantiers navals tout proches.
Elle entendit ses jambes frotter l'une contre l'autre, les manches crisser contre la veste lustrée.
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