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.. Le pressentiment

Couverture du livre Le pressentiment

Auteur : Emmanuel Bove

Préface : Jean-Pierre Daroussin

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Collection : Littératures

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-85920-684-0

GENCOD : 9782859206840

  • Les présentations des éditeurs : 13/10/2006

L'avocat Charles Benesteau décide brusquement de rompre avec la bourgeoisie à laquelle il appartient pour s'installer dans un quartier populaire de Paris. Il quitte famille, amis, situation et richesse pour chercher la liberté dans la solitude et l'exil intérieur. Il rejette un monde cruel et incapable d'un geste désintéressé. Mais changer de vie ne paraît extraordinaire que pour les autres, et le dévouement désintéressé de Charles va provoquer la suspicion. Il est pris dans une spirale infernale, kafkaïenne, exprimant la question fondamentale : «Maîtrisons-nous notre destinée ou sommes-nous le jouet d'une main invisible ?»

Emmanuel Bove (1898-1945) a été révélé par Colette qui édita son premier roman, Mes amis. Auteur prolixe dans les années vingt et trente, il connut un sort enviable en rencontrant à la fois le succès public, l'admiration de ses pairs et celle de la critique. Après guerre, son oeuvre tomba curieusement dans l'oubli avant de susciter un nouvel engouement en France ainsi qu'à l'étranger, et particulièrement en Allemagne, grâce à Peter Handke et Wim Wenders. Le Castor Astral a publié plusieurs de ses livres, ainsi que sa biographie, Emmanuel Bove, la vie comme une ambre, signée Raymond Gousse et Jean-Luc Bitton.


  • Les courts extraits de livres : 13/10/2006

C'avait été en 1927 seulement que les faits et gestes de Charles avaient commencé à surprendre la famille Benesteau, le père surtout. Charles était devenu sombre, susceptible, coléreux. On avait d'abord pensé à une conséquence tardive de la guerre, puis à une maladie. En 1928, il fut décidé qu'il partirait avec sa femme pour le Midi. Mais à son retour, il n'y eut rien de changé. Au contraire, son état avait empiré. Il continuait cependant à se rendre régulièrement à ses occupations, à recevoir, à s'intéresser à tout ce qui touchait son milieu, mais il le faisait comme un homme qui a un secret, avec un air distrait, lointain, triste, un air qui ressemblait étrangement à celui que nous lui avons vu tout à l'heure, quand il s'était arrêté pour suivre les jeux de quelques enfants. Quand on lui posait une question, il ne répondait pas, ou bien il haussait les épaules. Après les vacances de Pâques, il ne retourna plus au Palais. On ne tarda pas à s'en apercevoir. Ce fut prétexte à un conseil de famille. On l'interrogea, on se fit si persuasif qu'il consentit finalement à parler. Il trouvait le monde méchant. Personne n'était capable d'un mouvement de générosité. Il ne voyait autour de lui que des gens agissant comme s'ils devaient vivre éternellement, injustes, avares, flattant ceux qui pouvaient les servir, ignorant les autres. Il se demandait si vraiment, dans ces conditions, la vie valait la peine d'être vécue et si le bonheur n'était pas plutôt la solitude que ces misérables efforts qu'il lui fallait faire pour tromper son entourage. Ce langage fit le plus mauvais effet sur sa famille. Tout le monde se regarda avec surprise et inquiétude. Ces opinions dans la bouche de Charles semblaient aussi déplacées que dans celle d'un enfant. On lui fit remarquer qu'il n'avait pas le droit de parler comme il le faisait, qu'il fallait laisser cela aux malheureux.


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