Le musée du Louvre possède la plus importante et la plus belle collection d'oeuvres de Jean-Antoine Houdon, «le premier sculpteur du monde», écrivait Jefferson à Washington en 1784. Célèbre pour ses portraits de philosophes des Lumières, de patriotes ou de personnalités parisiennes à la mode, Houdon fut toujours admiré pour son habileté à saisir l'expression de ses modèles et la tendresse de ses visages d'enfants : «il ne manque plus que le moyen de faire parler ses portraits». Il réalisa également d'impressionnantes statues inspirées de la mythologie gréco-romaine et de l'histoire antique. Cet ouvrage propose au lecteur de découvrir toutes les facettes de l'art de ce sculpteur d'exception.
Guilhem Scherf, conservateur en chef au département des Sculptures du Louvre, est un spécialiste de la sculpture du XVIIIe siècle. Commissaire de plusieurs expositions et rédacteur en grande partie de leurs catalogues (Clodion, Pajou, Terres cuites de Pigalle à Canova, Houdon, Pierre Julien, Portraits publics / portraits privés 1770-1830), il a dirigé des colloques scientifiques d'ampleur internationale et écrit de nombreux articles traitant de sujets variés (les collectionneurs, l'esthétique du bas-relief, la série des «Grands Hommes de la France», le Salon, les dessins de sculpteurs...).
Les courts extraits de livres : 13/10/2006
Il ne faut pas confondre ces oeuvres avec les plâtres d'édition qui se sont multipliés au XIXe siècle, réalisés dans des creux usés ou par surmoulage d'autres pièces (cat. 38, 40-42). Il est malheureusement souvent difficile d'apprécier aujourd'hui la grande qualité des plâtres sortis de l'atelier de Houdon, car ils sont trop souvent badigeonnés en blanc, couleur terre cuite ou bronze : les séries anciennes de Gotha et Schwerin ont ainsi une surface irrémédiablement gâtée, comme le petit buste d'Anne-Ange, provenant des descendants du sculpteur, mais enlaidi par une patine épaisse façon terre cuite (cat. 34). Un autre cas de figure, tout aussi triste, est un épiderme endommagé par des décapages trop drastiques : nous avons au Louvre l'exemple douloureux de Mme Houdon, maltraitée avant son entrée dans les collections (cat. 30). Il faut aller à Weimar admirer le buste de Sophie Arnould acheté à Paris en 1775 et jamais touché depuis (fig. il) pour se rendre compte de la beauté d'un plâtre ancien dans toute sa fleur, superbement réparé à la sortie de son moule à bon creux. On connaît, grâce à un document de 1772, le soin apporté par Houdon au choix de ses mouleurs et de ses matériaux. De nombreux témoignages précisent l'attention avec laquelle le sculpteur faisait visiter son atelier, étape obligée des voyageurs étrangers - l'héritier du trône de Russie, le roi de Suède, les princes allemands - et des critiques importants : l'opinion publique, travaillée par des amis puissants - les réseaux de Houdon étaient les plus influents de Paris, de l'entourage de Grimm et Diderot à la franc-maçonnerie et aux folliculaires des nouvelles à la main, comme les Mémoires secrets -, lui a toujours été favorable (au moins jusqu'à la Révolution), et lui a permis de déjouer les malveillances de quelques rivaux.