Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Ian McEwan
Traducteur : France Camus-Pichon
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Du monde entier
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-077536-1
GENCOD : 9782070775361
Pour Henry Perowne - neurochirurgien réputé, mari heureux, père comblé d'un musicien de blues et d'une poétesse - ce devait être un samedi comme les autres. Pas question d'aller défiler contre la guerre en Irak. Plutôt goûter les plaisirs de la vie. Et pourtant... Un banal accrochage, et voilà la violence qui surgit dans son existence protégée. Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant. Tout en faisant diaboliquement monter le suspense, McEwan entrelace événements planétaires et privés avec une telle virtuosité que cet étrange samedi devient la métaphore de toute une vie, de toutes nos vies fragiles d'Occidentaux pris dans la tourmente de ce début de siècle. Et cette réflexion profonde sur le hasard et le destin, les pouvoirs respectifs de la science et de l'art, la quête d'un sens qui résisterait à la mort, nous montre une fois de plus, après Expiation, un romancier parvenu à la plénitude de son talent.
Né en 1948, Ian McEwan est considéré comme l'un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. Outre Les chiens noirs et Délire d'amour, on lui doit, entre autres, Le jardin de ciment, Un bonheur de rencontre et L'innocent, tous accueillis par une presse enthousiaste et adaptés à l'écran. L'enfant volé a reçu le prestigieux Whitbread Novel of the Year Award et, en France, le prix Femina étranger (1993). Amsterdam a été couronné parle Booker Prize (1998) et Expiation parle WH Smith Literary Award (2001).
Le romancier britannique Ian McEwan dit que son roman est un livre sur Londres, sur le présent, sur le travail. C'est un livre sur le bonheur, sa nature et sa fragilité, et d'abord ses signes. McEwan arrive de manière rare à raconter le bonheur. Il décrit, on a presque envie de dire scientifiquement, les composants élémentaires du sentiment de bonheur : bien-être, accord, légèreté, oubli de soi, euphorie. Et il montre, avec une extrême précision, ce qui est cause de bonheur : les gestes du chirurgien en salle d'opération, les gestes de celui qui prépare le repas, les gestes du sportif, les gestes de la tendresse et ceux de l'amour...
Mais le lecteur, comme Henry, restera incapable de savoir quels choix, et à quels moments, font que la vie reste du côté du bonheur, ou qu'elle bascule du côté du malheur.
Les méditations de McEwan sur les pouvoirs de la science, de l'art, les fragilités de l'Occident ou l'imminence de la mort s'incarnent donc ici. Seule la fiction (et non l'autofiction) permet encore une fois ce jeu de toutes les inventions pour parvenir à tous les aveux. De toutes les émotions pour parvenir à toutes les réflexions. «Samedi», en un mot, est un livre superbe. L'un des plus graves, des plus nécessaires et intelligents de son auteur.
Il faut donc savoir, lorsqu'on ouvre un de ses livres, que le malaise sera de la partie. Toutes les phobies de notre époque. Il s'orchestre crescendo dans Samedi, le roman le plus hitchcockien de McEwan : dès la première page, on sent que ça va se gâter et que le scénario tournera au vinaigre. Et si l'inquiétude est la grande affaire du livre, si elle nous prend d'emblée à la gorge, c'est parce que les mésaventures du héros pourraient être les nôtres...
Le Britannique n'a pas son pareil pour attiser le suspense dans ce roman où les événements politiques croisent la vie privée d'un citoyen paisible, innocent, candide, dont la fragilité sert de miroir aux désarrois collectifs.
Il faudrait tout pouvoir citer de cette démonstration de force romanesque. L'élégance et la subtilité de la construction qui permet à McEwan de mêler au plus intime événements privés et marche du monde. L'acuité du regard et le sens du détail dévastateur. La profondeur de la réflexion politique autant que philosophique. Ou encore la précision de l'écriture : la partie de squash ou les scènes de chirurgie du cerveau méritent l'anthologie. En écho aux propos de son personnage - qui sera ironiquement sauvé par la lecture d'un poème -, McEwan déploie ainsi toute la puissance de la littérature. Pour pénétrer l'esprit humain, y compris celui d'un spécialiste du cerveau, un stylo vaut bien un scalpel.
McEwan s'est emparé d'un microscope. Il ne rate rien, glisse d'une évocation à l'autre, des vacances dans ce château en Ariège où son beau-père poète piquait des colères terribles à l'image de cette jeune fille dans son cabinet qu'il finira par épouser, de la recette du poisson en matelote à un concert de blues donné par le fils dans une salle quasi déserte...
La vie circule à chaque ligne, irrigue les phrases d'une chaude pulsation. Un docteur qui ne lit jamais de fiction peut se révéler un très bon personnage de roman...
À la fin, Henry pousse un ouf de soulagement. Il a survécu. Encore une journée particulière. Pour un écrivain, elles le sont toutes. Les ennuis sont derrière lui. Il reste une question, néanmoins. Elle le taraude depuis la page 159. «Quel romancier américain, déjà, a dit qu'on pouvait vivre heureux dans Charlotte Street ?» Oui, qui ça ?
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia