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Auteur : Daniel Rondeau
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Essais littéraires
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Essai littéraire
Prix : 14.50 €
ISBN : 978-2-246-53951-3
GENCOD : 9782246539513
«Ce coteau de Champagne qu'on appelle Berlin me parle d'ailleurs. J'interroge dans ce récit biographique les silences des hommes de ma famille. Mon grand-père vigneron, ancien combattant de 1914, injustement arrêté comme collaborateur en 1944. Mon père, instituteur idéaliste, à peine débourbé de sa forêt, prisonnier dans un stalag pendant plus de trois ans, résistant, à qui je dois ma vocation pour la lecture et l'écriture. Ils me cèdent presque malgré eux quelques bribes sorties de la nuit des humbles...»
DR.
Recherchant inlassablement les traces d'un pays qui n'est plus et d'un homme resté fidèle aux rêves de sa jeunesse, Daniel Rondeau, auteur d'une vingtaine d'ouvrages, livre ici la source de son maître roman Dans la marche du temps (Grasset, 2004) et le premier volume d'une geste autobiographique dont le déjà mythique L'Enthousiasme constitue le second volet (Cahiers rouges, Grasset, 2006).
A lire Daniel Rondeau, on se convainc que le XIXe siècle a duré jusqu'en 1960. Cette gauche de la Communale, que des auteurs tels que Mona Ozouf, Michel Winock ou Gérard Genette ont peinte dans leurs souvenirs d'enfance, se distingue à bien des titres de celle de la Techno Parade. C'est étrange d'être dans la chaîne du temps le premier à inscrire quelque chose de la vie des siens, comme une dette de parole acquittée au silence des morts. Un voeu d'écriture naît là...
Rondeau post adolescent rencontre celle qu'il va épouser, sort de Mai 68 pour entrer dans les rangs clandestins de la Gauche prolétarienne, avec ses militants «naïfs, sincères, crédules, disponibles, très pauvres». Etre un baby-boomer, c'était aussi cela : passer de la ferme des ancêtres aux concerts de Jimi Hendrix, quitter les vignes de Berlin pour les fumées de Pékin. Daniel Rondeau ne renie pas ce qu'il a aimé. Il a écrit un très beau livre de fidélité
Cette émouvante autobiographie, qui porte le nom d'un coteau de Champagne appelé "Berlin", nous parle de ces vignes auxquelles Daniel Rondeau est resté tant attaché ! Racontant son enfance et sa jeunesse, souvent solitaires, parfois malheureuses, l'écrivain cherche les traces de ce qui n'est plus, les traces "qui le font rêver". Enfant, nous dit-il, "coureur de prés et de bois", il avait eu, dès ses premières années, "envie de prendre à poignées le ciel et les paysages" : ce qu'il fait, tout au long de ce beau livre.
Dans «Les Vignes de Berlin», le romancier champenois confirme que l'on est d'une enfance comme on est d'un pays. Faut-il que la terre de Champagne ait gardé trace des innombrables invasions venues de l'est pour qu'un coteau de la Marne ait été baptisé Berlin. C'est là que l'écrivain et éditeur Daniel Rondeau a vu le jour, il y a un demi-siècle, non loin de Fère-Champenoise...
Daniel Rondeau est toujours dans l'enthousiasme, mais cette fois au sens étymologique du mot.
Les Vignes de Berlin dessinent le portrait d'un siècle et d'une génération. On lit cette histoire comme on suit une chanson, avec pour refrain la terre de Champagne, ses paysages et ses paysans, ses vignes et ses villes. Cela commence dans les pas d'un grand-père rescapé des gaz de 1914-1918, avec son front taiseux de villageois méfiant. De souvenirs en sensations, Daniel Rondeau (éditorialiste à L'Express) nous fait revivre son histoire, qui est aussi la nôtre...
Daniel Rondeau mène cette ronde avec calme, fougue et bonheur. Dans Les Vignes de Berlin naquit une part de cette génération politique qui va bientôt s'effacer, emportant, avec sa noblesse et ses mérites, son engagement et ses limites, quelques certitudes assassines. On a les héros qu'on mérite.
Et pourtant rien qui fasse bondir davantage le coeur que ce constat d'appartenance à un pays, plus vibrant encore les jours où résonne «l'appel silencieux à la fidélité, sur la terre mouillée des tombes». Et de là, les mille questions qui voltigent autour de cette autobiographie. Pourquoi celui sur qui s'exerce la fascination blanche des saisons gelées a-t-il couru se brûler aux feux de la révolution ? Comment le dévot des choses qui durent a-t-il pu embrasser la religion amnésique de la table rase ? Besoin de la brutalité du réel ? Voeu d'une sainteté autre que celle du père ? Soulagement de n'être plus, dans le coude-à-coude des camarades, un «loup à sonnailles» ? Et est-ce le goût des livres qui l'a mené, mais aussi retenu, aux bords de la tentation terroriste ? Réponses dans «l'Enthousiasme», le tome II, qu'on réédite, de cette suite française. Courez-y, si vous ne l'avez déjà fait.
Martial, l'aîné aux cheveux rouges, va à l'école en sabots. Il fête ses dix ans en 1924. Cette année-là voyait le triomphe du Cartel des gauches. Millerand était contraint à la démission, Edouard Herriot formait un gouvernement radical. André Breton publiait le Manifeste du surréalisme. Gide écrivait les Faux-Monnayeurs. Paul Morand se préparait à emménager avenue de Suffren, dans un grand atelier au sommet d'un immeuble, sous le ciel : «De mon lit, je vois la tour Eiffel, écrivait-il à son ami Valéry Larbaud. Quand il y a une femme dans mon lit (...), je lui donne des jumelles et elle regarde les gens descendre par les escaliers à claire-voie...» Mais à Neuvy, le progrès piétinait. Le siècle précédent s'attardait dans l'après-guerre. Le monde vu par la fenêtre de la petite maison des parents de l'écolier ressemble plus à celui de Victor Hugo qu'à la planète moderne et galante de Paul Morand. Emile et Madeleine Jugnot, ses instituteurs, se prennent d'affection pour ce garçon qui les surprend chaque jour par son esprit de retenue, sa sincérité, son goût pour les livres. Peut-être se souviennent-ils des Misérables : «Cet enfant du bourbier est aussi un enfant de l'idéal.» Ils arrivent à convaincre ses parents de le garder dans leur école après son certificat d'études. L'enfant grandit au fond d'une classe, où les Jugnot lui ont fait une place qui n'est qu'à lui. Il travaille seul toute la journée. Le soir, Emile Jugnot lui donne des cours particuliers et lui enseigne le violon. Madeleine, sa femme, se transforme en professeur d'allemand. Trois ans plus tard, ils le présentent avec succès au concours d'entrée à l'école normale d'instituteurs de Châlons-sur-Marne.
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