Pierre Perrignon père est né en 1900 dans les tréfonds d'une forêt champenoise. Augustin, le fils, est né par hasard, dans le chaos du nazisme effondré. Pierre est un sans aïeux que deux guerres et l'utopie des révolutions se sont chargées de forger à coups de faucille et de marteau. Augustin ignore tout d'un père qu'il croit mort. Ce petit bourgeois recherche les brasiers. Gauchisme et rock n roll. Pierre a connu la révolte et la trahison. Petit soldat de la guerre des titans, il a été tour à tour le rouage et la victime des deux totalitarismes. Augustin a rêvé de ces temps héroïques. Déception et simulacre. Dans les coeurs du père et du fils, les amours humaines ont déposé la mélancolie de l'inachevé. Le siècle se meurt. Deux voix qui se retrouvent tissent un récit traversé d'espoirs brisés mais aussi d'une autre espérance, ténue, à peine discernable... Ce récit est celui de notre histoire.
Je suis certain que ce roman survivra à l'hécatombe qui frappe à juste titre des millions de pages imprimées, et que les lecteurs des générations futures lui en seront reconnaissants.
Mario Vargas Llosa, Le Journal du Dimanche - El Pais.
Le grand retour du roman. Marianne.
Quel bonheur : déjà un classique. Le Parisien.
Un livre magistral. Le Point.
Les courts extraits de livres : 12/09/2006
L'eau dégouttait sur l'écorce des arbres. L'Arc de Triomphe sortait du brouillard comme une nef glorieuse. Un jeune braque au poil gris fit deux cercles autour d'eux, la truffe dans l'humidité du trottoir, puis s'éloigna. Ils se dirigèrent vers le Drugstore tel un vieux couple que le temps aurait accordé. Devant une assiette de saumon fumé barbouillé de crème fraîche, elle avait fini par lui avouer qu'elle habitait à côté de chez lui et qu'elle le voyait souvent quand il venait prendre un crème au café-tabac de la rue Broca. Elle s'était rendue au meeting presque par hasard, attirée par la présence annoncée de Colette Magny, une artiste au visage de bouledogue qui chantait d'une voix rauque une sorte de jazz français, en grondant et en s'agitant sur elle-même, avec l'énergie d'une bête captive. Elle avait découvert à la Mutu qu'il était pianiste et avait prolongé le hasard en le suivant jusqu'au Raphaël. Ce n'était pas plus compliqué que ça. Avec un sourire, elle avait ajouté qu'elle trouvait que ça gâchait un peu la vie d'être obligé de toujours tout expliquer.
- Il faut laisser aux choses leur poésie, sinon à quoi bon, lui dit-elle.
Elle préférait qu'il ne lui pose pas trop de questions, sur sa vie. Elle s'appelait Julie mais voulait qu'on l'appelle Julia. Il avait eu envie de se détourner d'elle, mais ce fut le moment qu'elle choisit pour lui avouer, en le fixant de ses grands yeux immobiles, qu'il y avait longtemps qu'elle attendait de se retrouver en face de lui.
- Tu sais, lui dit-elle encore, j'ai passé pas mal de temps à ma fenêtre pour guetter ton passage en essayant de ne me faire remarquer de personne.
Il avait demandé à la serveuse de leur apporter encore un peu de vodka.