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Auteur : Yves Ravey
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-7073-1966-1
GENCOD : 9782707319661
La voiture d'un touriste allemand dérape dans un virage : trois morts. Et déjà List le mécanicien est sur place pour piller l'épave et proposer ses services au père du chauffeur. Car cet homme, obsédé par la mémoire de son fils, ne quittera pas la ville sans avoir récupéré certaines affaires restées dans la voiture.
Il a de l'argent. Et List a les photos, comme les autres souvenirs.
Certains romans ressemblent à des maisons de famille. Les générations s'y sont succédé, des alliances et des mésalliances s'y sont conclues. Nourrissant la chronique du temps perdu, des drames anciens imprègnent les murs. Yves Ravey, qui a publié depuis 1989 sept romans - le premier chez Gallimard, puis aux éditions de Minuit - et trois pièces de théâtre, n'habite pas ce type de demeures, ne puise pas dans leur charme et leur patine...
Yves Ravey ne donne pas d'explication, ne tend aucune perche à son lecteur. Il se refuse à transformer son roman en apologue. Il ne le conclut pas à l'aide d'une morale en faveur ou en défaveur des déshérités. Dans un bref essai, Pudeur de la lecture (éd. Les Solitaires intempestifs, 2003) il définissait avec éloquence son esthétique de la littérature. Il parlait notamment de la transparence, comme haute qualité de l'écriture romanesque. L'Épave porte pleinement témoignage de cette qualité. Et aussi, dans un style serré et sec, d'une étrange, impérative nécessité.
Nous sommes gênés pour nous-mêmes, l'écriture ne nous lâche pas, elle fouaille les autres mais nous entendons : ces gens sont de votre espèce, ils sont comme vous, pétris de cette glaise grise qui fait l'humanité, ces pauvres hères que je vous présente sont votre miroir. Et c'est à nous seuls qu'on peut en vouloir, ni à ces silhouettes agitées, ni à l'auteur qui ne cède rien. La force d'Yves Ravey, dans ce livre comme dans toute son oeuvre, est de n'expliciter aucun commentaire, aucune explication, ni morale, ni philosophie, par la puissance de mots simples, il donne des histoires comme une matière brute avec laquelle il faut bien se débrouiller. Il ne s'en lave cependant pas les mains, ceux d'entre nous qui le suivent savent trouver dans quelques lignes l'ombre de cicatrices anciennes jamais complètement refermées, ces carcasses d'automobiles comme des scarabées, ces désincarcérations qu'il a tant dessinées, et pour toujours cette langue allemande dans la bouche d'une mère. Alors on se souvient de la toute première définition qu'on a trouvée du mot «épave» : survivre parmi les choses abandonnées.
Dès les premières lignes de L'épave, le romancier et dramaturge Yves Ravey instaure une mécanique implacable entre ses deux personnages principaux, avec un ton sombre et étouffant qui ne tombera jamais. En seulement une centaine de pages, il restitue parfaitement, avec des mots simples, la psychologie de ses personnages...
La tension monte alors que les repères se perdent, jusqu'aux vingt dernières pages absolument étourdissantes. Et l'épave n'est plus seulement une carcasse de berline allemande, mais la métaphore de ce que les procès-verbaux de gendarmerie nomment régulièrement : perte de contrôle.
Le lundi soir, un homme en veste grise, un Allemand, s'est présenté au Clem's bar, et il a discuté en français avec le patron. Il avait fait le voyage pour rapatrier les corps des touristes décédés dans l'accident du Grand-Pont. Il revenait de la gendarmerie où un officier lui avait remis le peu d'effets de son fils, de sa belle-fille et de sa petite-fille. Mais il manquait plusieurs choses, par exemple, son fils ne se séparait jamais de ses photos de famille et sa belle-fille avait l'habitude de ranger certaines affaires dans la boîte à gants. Le visiteur allait donc repartir, mais il reviendrait. Il a dit que ces documents, c'était important pour lui. Il n'avait pratiquement pas de photographie de son fils.
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