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Auteur : Alain Vircondelet
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Poésie
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Esprits libres
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-268-05896-2
GENCOD : 9782268058962
Dans Nos belles années d'avant-guerre, on découvre une écrivaine qui, prenant la nourriture pour métaphore, écrit sur les myriades de faims et de satisfactions du coeur humain.
M. F. K. Fisher raconte qu'elle a d'abord «goûté, puis eu envie de goûter encore» l'écume rose ôtée de la confiture de fraises de sa grand-mère, puis comment elle fit la connaissance des huîtres crues à l'école pour jeunes filles de Mrs Hutington, puis la première flambée de passion de sa vie conjugale, et le déclin qui s'ensuivit, sa vie d'étudiante à l'université de Dijon et enfin une grande histoire d'amour conclue par la mort du bien-aimé. Sa prose étincelante d'esprit nous comble en même temps qu'elle dessine pour nous les formes d'un bonheur possible.
Pourquoi écrivez-vous sur la nourriture, sur ce qui se mange et sur ce qui se boit ? me demande-t-on. Pourquoi ne vous intéressez-vous pas à la lutte pour le pouvoir et la sécurité, ou bien à l'amour, comme tout le monde ?
Ces questions, on me les pose sur un ton accusateur, comme si j'étais coupable de Dieu sait quelle énormité, comme si j'avais failli à l'honneur de mon métier.
Le plus facile, c'est encore de répondre qu'à l'instar de la plupart des êtres humains, j'ai faim. Mais ce n'est pas tout. Il me semble, voyez-vous, que nos trois besoins fondamentaux, le pain quotidien, la sécurité et l'amour, sont si étroitement mêlés, enchevêtrés, imbriqués, qu'il nous est impossible de penser clairement à l'un sans penser aux autres. Donc, au fond, quand j'écris sur la faim, j'écris aussi sur l'amour et sa fringale, sur la chaleur humaine et l'amour qu'on lui porte, le besoin qu'on en a... et puis sur la chaleur, la richesse, la superbe réalité de la faim assouvie... et tout cela ne fait qu'un.»
C'était une femme sévère, qui donnait l'impression d'avoir décidé bien longtemps auparavant que cette sévérité était pour elle le plus sûr moyen d'aller au ciel. J'ai comme une idée que mon père aurait aimé participer à la fabrication de ces conserves, tout comme j'en rêvais moi-même. Mais Grand-Mère, avec cette espèce de sens du devoir presque joyeux dans son austérité, qui caractérise les femmes confites en dévotion, laissait clairement comprendre qu'aider en cuisine était une entreprise déplaisante et pénible, toujours interdite aux hommes et le plus souvent aux enfants. Quelquefois, elle m'autorisait à équeuter les cerises et, l'année de mes neuf ans, bien que je ne les eusse pas encore atteints tout à fait, j'ai pu remuer un peu le contenu des bassines, en silence et en me faisant toute petite.
Mais, de toute façon, il n'était pas question de folâtrer, ni de jaser sottement. Maman était encore jeune et souvent gaie, de même que la cuisinière... mais avec Grand-Mère aux commandes, tout le monde travaillait sans mot dire, l'air harcelé... il fallait remuer, transpirer, se dépêcher. C'était quand même dommage. Une tâche qui sentait aussi délicieusement bon aurait dû être remplie dans la joie, me disais-je.
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