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_ Banana Spleen

Couverture du livre Banana Spleen

Auteur : Joseph Incardona

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Delphine Montalant, Queyrac, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-915779-03-5

GENCOD : 9782915779035

  • Les présentations des éditeurs : 14/05/2006

Banana spleen débute avec un premier chapitre qui, en réalité, fait figure de prologue : André Pastrella, personnage central et narrateur, se débarrasse de son déguisement de Père Noël dans le vestiaire de l'école (où il officie comme enseignant suppléant) et quitte l'établissement scolaire. L'histoire démarre par une nuit venteuse d'hiver. Sa voiture étant chez le mécano, Cynthia - une de ses collègues - propose de le ramener chez lui. Mais, dès la fin de ce chapitre, on assiste au premier couac faisant d'André Pastrella, "l'anti-héros" par excellence : Cynthia, excédée par l'attitude d'André, le laisse en plan au milieu de la route, à quelques kilomètres du centre ville. La manche de son caban reste coincée dans la portière de la voiture et se déchire. On devine, d'ores et déjà, que pour Pastrella, le quotidien est constitué de petites luttes permanentes, d'obstacles apparemment anodins qui se donnent parfois la main pour lui mettre des bâtons dans les roues.
Enfin, rien de bien tragique, après tout, si on les prend les uns après les autres. Sauf que, parfois, ces petits "riens" s'accumulent et compliquent drôlement la donne. Une sorte de "struggle for life"bon enfant qui, à l'image d'un lac apparemment paisible, peut toutefois prendre des allures de véritables flots déchaînés. Pastrella n'est pas dupe.
Marchant sur les quais où il ne croise pas âme qui vive, André Pastrella se plaît à s'imaginer en dégaine de Corto Maltese urbain : "Les mains dans les poches, je me suis mis en chemin. Secoué par le vent, le lac l'avait mauvaise. De grosses vagues s'écrasaient sur la digue, des geysers d'écume glacés jaillissaient d'entre les blocs de roche. J'ai fini par trouver ça presque chouette, de marcher poussé par la bise qui cherchait à me déséquilibrer. De temps à autre, je crachais pour voir jusqu'où irait ma salive. Je venais juste d'étrenner mon nouveau caban." (p. 14).
Evocation de la solitude et de l'errance (les mains dans les poches, le chemin), clin d'oeil à l'enfance (jouer à cracher dans le vent), entrée définitive et sans rémission dans l'âge adulte (le nouveau caban), Pastrella, sans le savoir, parcourt bien plus que quelques kilomètres de quais bousculés par les vagues. Cette marche forcée, jalonnée de symboles s'affichant à son insu, marque, pour lui, l'entrée dans une nouvelle phase de l'existence, sans doute la plus formatrice et radicale pour ce qui est de la connaissance de soi et de la place que l'on occupe par rapport aux autres : celle de l'âge adulte. Sorte d'éternel post-adolescent - davantage par une insolente posture "rock'n'roll" (on observe, par ailleurs, une "bande-son" se dérouler tout au long du roman) que par un réel refus de grandir et de faire face à ses responsabilités - Pastrella sera propulsé dans cet "âge adulte" par un événement tragique qui accélérera les temps de la maturité.

Si on devait en dégager le thème central, on pourrait dire que Banana Spleen est un roman traitant de la fin de l'innocence : "Nous étions impliqués d'une façon ou l'autre, nous tous qui fermions notre gueule parce que l'innocence avait foutu le camp." (p. 233).

Roman générationnel, en quelque sorte, le premier chapitre se clôt sur cette dernière phrase : "Ma garde-robe n'était pas très fournie. À la longue, mes fringues avaient forcément leur histoire.". (p. 14) Et l'histoire peut commencer, justement, ou, peut-être, plus qu'une histoire proprement dite, peut-on parler de suite d'événements. Car Banana Spleen est un roman à entrées multiples, davantage à fil conducteur qu'à intrigue.
En effet, l'ensemble de ce roman se révèle dans les méandres d'un personnage qui nous oblige à voir à travers le filtre de son regard. Mais attention : sans pathos, sans retournement sur soi exagérément introspectif. Nous sommes loin ici de l' "autofiction" ou de l'autobiographie romancée. Les personnages de Banana Spleen se révèlent, pour l'essentiel, dans ce qu'ils font (succession d'actions, de saynètes, d'atmosphères, de lieux qu'ils arpentent, etc.) ou par ce qu'ils disent (importance des dialogues). L'humour, le retour sur soi ironique, sont ici une marque de fabrique d'un auteur qui se sent des affinités particulières avec une littérature "noire", mâtinée de Commedia dell'arte (l'auteur est à moitié italien). En réalité, même si l'intrigue n'est pas policière, tout évoque ici l'univers du polar : le ton, le caractère du personnage principal, André Pastrella, la construction du récit. Parce que, d'après l'auteur (superstitieux, de surcroît) : "L'esthétique du polar est un moyen efficace pour appréhender nos angoisses, les déjouer et, pourquoi pas, d'une façon de conjurer le mauvais sort."
Avec André Pastrella, nous marchons le plus souvent sur le fil du rasoir, la pratique du tennis peut suffire comme levier pour une métaphore existentielle, résumant à elle seule le caractère du personnage : "J'avais dans mon répertoire quelques coups vicelards et mon service était en pleine éclosion. Je bossais dur, travaillais humblement mon revers. Depuis ce jour où j'ai compris que je ne serais jamais Pete Sampras ni cosmonaute." (p. 27)
À présent, laissons donc, ce fil conducteur se dévider dans le labyrinthe d'une Genève étonnement interlope. Ext. Nuit. Décembre. 23 heures, environ. Vent, pluie. André Pastrella marche tête baissée le long des quais en direction du centre ville. Le compte à rebours a commencé. L'attendent 235 pages qui ne laisseront pas indemne. Au bout du compte, saura-t-il un peu mieux qui il est. À tout prendre, et par les temps qui courent, c'est déjà pas mal.


Joseph Incardona est né en 1969 à Lausanne. Il est à moitié suisse (Genève) et italien (Syracuse). Diplômé en Sciences Politiques, il fait d'abord un peu de journalisme avant de s'orienter vers l'écriture. Nombreux petits boulots (figurant, restaurateur de bateaux, représentant en détecteur de faux billets, livreur, employé de banque...) et autant de voyages (Amérique du sud, Océanie, Europe). Après Rome, Genève et Paris, il vit aujourd'hui à Bordeaux.

Précédentes publications : Le cul entre deux chaises, roman (2002), Dans le ciel des bars, nouvelles (2003), Taxidermie, nouvelles (2005).
Le cul entre deux chaises est également paru chez Pocket en 2005.
A paraître en 2006, toujours chez Pocket, Dans le ciel des bars. Comme pour son premier roman, Le cul entre deux chaises, il reprend son personnage fétiche d'André Pastrella. Ces deux romans ne sont pas une suite, mais peuvent se lire comme un continuum.


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