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Auteur : Melissa Bank
Traducteur : Isabelle Maillet
Date de saisie : 31/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Littérature étrangère
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7436-1470-6
GENCOD : 9782743614706
Rien ne va de soi pour Sophie Applebaum, la nouvelle héroïne terriblement attendrissante de Melissa Bank. Enfant espiègle, elle s'applique à faire plaisir ; jeune diplômée fascinée par New York, elle peine à trouver un emploi ; amie fidèle, elle découvre que la loyauté n'est pas forcément la chose la mieux partagée au monde ; amoureuse impétueuse, elle rompt aussi souvent ou presque qu'elle s'éprend. D'un médecin, père de famille et divorcé ; d'un serveur, poète à ses heures et en rupture de ban ou encore d'un musicien à peine sorti de l'enfance. Sophie est ainsi : toujours, elle relève le gant. Avec d'autant plus d'ardeur que sa famille, véritable tribu où l'on rit, s'aime, se chamaille et pleure, n'est jamais loin. Drôle, émouvant, agité, Prochain arrêt, le paradis raconte avec entrain les tribulations d'une fille bien décidée à conquérir le monde ou pour le moins à y trouver sa place.
Melissa Bank n'est pas du genre pressé. Elle aime prendre son temps et lécher sa prose sans surveiller la montre. Six ans après le délicieux Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles (déboires tragi-comiques d'une apprentie éditrice de Manhattan), la belle Américaine est de retour avec une écriture toujours aussi soignée, sanglée, joliment minimaliste. Un sens de l'économie qui épate : miss Bank fait des miracles quand elle épingle les petits détails des vies étriquées, en fixant des instantanés qui semblent surgir d'un polaroïd. Avec des héroïnes sorties des feuilletons de série B, de lointaines cousines d'Emma Bovary dont les corsages parfaitement repassés cachent des coeurs froissés.
En ouvrant Prochain arrêt le paradis, il ne faut donc pas trop s'attendre à composter un ticket pour l'Eden : le voyage sera fertile en cafouillages ! Car l'existence de l'héroïne, Sophie Applebaum, est riche en couacs, désillusions et autres flops... Résultat : une comédie légère, acidulée, qui raconte comment il faut s'y prendre pour manquer son rendez-vous avec le bonheur, aux portes du paradis.
Son «Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles» avait fait un malheur en 1999 dans le monde entier. A tel point que Francis Ford Coppola, qui fut le seul à lui faire confiance, lui en avait confié l'adaptation scénaristique pour un film qui verra enfin le jour au printemps prochain... Depuis ce glorieux «Manuel», plus de nouvelles de Melissa. Elle revient aujourd'hui avec «Prochain arrêt le paradis», une histoire de fille toujours : Sophie Applebaum, jolie juive de Pennsylvanie qui arrive à Manhattan, travailleuse forcée dans la pub, travailleuse épuisée dans l'édition et à la recherche de l'amour, bien entendu.
Même trame ? Presque, car Sophie chasse et pêche comme Jane de «Manuel», mais elle ne suit aucune règle et fait confiance à ses atouts : un regard férocement juste, un humour digne des beaux-arts et une aptitude à accepter les gens tels qu'ils sont : «Tout le monde change sauf quand on veut faire changer quelqu'un coûte que coûte», s'amuse Melissa, grande, blonde, visage fin...
Sophie Applebaum est ce genre de fille qu'on voudrait avoir pour amie : une gaffeuse, une fidèle, un coeur d'artichaut. Mieux encore, on aimerait être invité dans sa famille, chaleureuse et farfelue, bourrée de principes mais prête à les jeter aux orties pour une cigarette, un bon mot, un éclat de rire. Sophie aime faire plaisir, quitte à se ridiculiser, et peut se transformer en punaise quand une fille trop belle la regarde avec commisération... un roman qui paraît léger comme une chanson des Beatles et que vous vous prenez à fredonner les jours où tout est gris dehors.
La littérature d'outre-Atlantique aime les effets spéciaux. Il lui faut souvent de l'hémoglobine, des complots, de la terreur. Avec Melissa Bank, au contraire, la banalité est au générique, comme si cette Américaine bien rangée écrivait à l'heure du feuilleton de 19 heures. Ses personnages sortent des séries B et leurs petites âmes doivent se contenter des seconds rôles, dans les entresols aseptisés de la middle class. La vie en solde ? Oui, avec une écriture en veilleuse, minimaliste, presque anorexique. Mais cet art du peu n'est pas rien, car l'oeil de Melissa Bank est si pénétrant, si généreux, qu'il décèle de vrais trésors sous la lourde chape de l'ordinaire... Le tout saupoudré d'un humour acidulé lorsque l'auteur du Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles peint cette Amérique petite-bourgeoise qui, devant la fausse cheminée du salon, s'escrime à manquer ses rendez-vous avec le bonheur. Autant de couacs, autant de ratages pour un roman réussi.
... Ecrit en huit petits épisodes, «comme on raconte des passages de sa vie, dans une soirée», Prochain arrêt le paradis fait le portrait d'une femme qui, de sa bat-mitsva à sa carrière hoquetante, au grand dam de sa grand-mère et de ses frères, parvient surtout à faire imploser ce que la société et les usages lui proposent.
Le tout, sous la plume de l'auteur, donne une chronique new- yorkaise souvent drôle et assez désobligeante pour la middle-class américaine : «Quand je rentre dans ma petite ville natale, raconte-t-elle, les voisines me demandent comment ça va, sans écouter la réponse. Un jour, j'ai répondu à l'une d'entre elles : «Tout va très bien, j'ai eu le prix Nobel» et elle, d'enchaîner : «Et sinon, tu as quelqu'un dans ta vie, en ce moment ?»
Nous nous sommes dégourdi les jambes sur une aire de repos le long du New Jersey Turnpike en attendant que ma mère revienne des toilettes.
Lorsqu'elle nous a rejoints, Robert a lancé :
«T'es rudement jolie, m'man.»
C'était vrai. La veille, elle s'était rendue chez le coiffeur à Philadelphie pour se faire faire une coloration - une brillante idée dans la mesure où ses cheveux avaient viré à l'orange au soleil.
Remonté en voiture, mon père l'a complimentée sur sa robe, un imprimé à la mode dans des tons jaunes et roses.
«C'est une robe de créateur», ai-je dit, répétant ce que ma mère m'avait confié.
Puisque l'orage semblait derrière nous et que la climatisation fonctionnait, j'ai pensé demander à Robert de changer de place avec moi.
Mon père, que ma mère aurait pu qualifier d'anti-snob, a répondu qu'il en allait de même pour toutes les robes ; il fallait bien que quelqu'un les crée au départ.
«Pucci, c'est différent, a répondu maman d'un ton dédaigneux.
- Ce n'est pas du Pu-chiqué, tu veux dire ?» a raillé papa.
La plaisanterie n'a pas fait rire ma mère.
Je suis restée à ma place, finalement, et j'ai caressé le pelage laineux d'Albert. Plongeant mon regard dans ses yeux tristes, j'ai murmuré :
«Je sais ce que tu ressens.»
Nous étions engagés sur la bretelle de sortie pour Chappaqua lorsque ma mère s'est retournée en nous adressant un sourire qui n'avait rien de joyeux - une manière de nous ordonner : Souriez, sans risquer la réaction inverse, du moins de ma part.
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