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.. De l'ardeur : histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne

Couverture du livre De l'ardeur : histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne

Auteur : Justine Augier

Date de saisie : 15/09/2017

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine français

Prix : 21.80 €

ISBN : 9782330082031

GENCOD : 9782330082031

Sorti le : 06/09/2017

  • Les présentations des éditeurs : 27/07/2017

Avocate, militante des droits de l'homme, figure de la dissidence syrienne, Razan Zaitouneh s'appliquait à documenter les crimes commis dans son pays par le régime mais aussi par les groupes intégristes, à recueillir la parole de ceux qui avaient survécu à la torture et à l'enfermement - quand, en décembre 2013, elle fut enlevée avec trois de ses compagnons de lutte. Depuis lors, on est sans nouvelles. De l'ardeur reconstitue son portrait, recompose le puzzle éclaté de la révolution en Syrie, et du "crime permanent" qu'est devenu ce pays.
En découvrant son combat et son sort, Justine Augier, qui a elle-même mis à distance ses premiers élans humanitaires, est saisie par la résonance que cet engagement aussi total qu'épris de nuances trouve dans ses propres questionnements. Récit d'une enquête et d'une obsession intime, partage d'un vertige, son livre est le lieu de cette rencontre, dans la brûlure de l'absence de Razan.
Plongée dans l'histoire au présent, De l'ardeur nous donne un accès précieux à cette réalité insaisissable dans son assassine absurdité, et si violemment parallèle à notre confort occidental peu à peu menacé. Et ce, dans un respect absolu de la dignité du langage, dans la lucidité d'une impuissance certaine et néanmoins étrangère à toute reddition.

Née en 1978, Justine Augier est l'auteur de Son absence (Stock, 2008), En règle avec la nuit (Stock, 2010), Jérusalem (Actes Sud, 2013) et Les Idées noires (Actes Sud, 2015). Après Kaboul, Jérusalem et New York, elle vit aujourd'hui à Beyrouth.



  • La revue de presse Jérôme Garcin - L'Obs du 7 septembre 2017

Avec «De l'ardeur», Justine Augier signe le livre le plus fort, loyal et nécessaire de la rentrée...
Elle raconte la vie d'une dissidente qui, bravant le régime de Bachar al-Assad, ignorant les menaces de mort proférées par les intégristes, n'a eu de cesse de documenter les crimes et violations commis en Syrie, d'où il lui était interdit de sortir. Rien, jamais, ne l'arrêta dans son devoir de vérité, de justice, de mémoire. Pour autant, «De l'ardeur» n'est pas une pompeuse hagiographie...
C'est, à la manière des formidables récits-enquêtes d'Emmanuel Carrère, un livre haletant, écrit à la première personne, où Justine Augier, qui évoque son parcours d'expatriée humanitaire, rassemble les témoignages des proches et amis de Razan, relit tous les textes engagés qu'elle a écrits...


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 30 août 2017

Razan Zaitouneh, avocate et opposante au régime syrien, a été enlevée en 2013. Dans un texte bouleversant, Justine Augier rend justice à cette femme qu'elle n'a jamais rencontrée...
Déroulant la chronologie des années 70 à nos jours, éclairant la complexité des forces en présence - dictature et armée régulière, groupes rebelles notamment djihadistes, activistes pacifistes et intellectuels... -, s'attardant sur les ressorts de la logi­que totalitaire du pouvoir syrien et du système carcéral proprement infernal sur lequel repose sa pérennité, Justine Augier ne perd pourtant jamais de vue Razan Zaitouneh. Au contraire, elle s'en approche, cherche comme à tâtons la juste distance, sans renier l'empathie et même la tendresse qu'elle ressent, mais se méfiant de la tentation hagiographique. La façon dont l'auteure raconte cette relation qui peu à peu se noue et s'approfondit entre elle et Razan - c'est-à-dire entre deux femmes qui ne se sont jamais croisées et ne se verront probablement jamais, tant semblent minces les chances de voir ressurgir au grand jour la silhouette blonde, fine et épuisée de ­Razan Zaitouneh - est l'une des beautés de ce livre si éprouvant, si poignant, si singulier.


  • Les courts extraits de livres : 27/07/2017

Extrait du prologue

J'ai cherché à restituer ici l'histoire de Razan Zaitouneh, dissidente syrienne disparue sans laisser de traces dans la nuit du 9 au 10 décembre 2013 à Douma, ville de la banlieue de Damas où elle pensait avoir trouvé refuge.

Au début de l'année 2011, lorsque les premières manifestations ont lieu en Syrie, je vis à Jérusalem où je poursuis divers projets littéraires, me trouvant à la fois tout près de ce qui advient et très loin. J'avais quitté les Nations unies quelques années plus tôt pour me consacrer à l'écriture mais continuais de vivre à l'étranger car S., mon compagnon, y travaillait toujours. Après Jérusalem nous nous sommes installés à New York, puis en 2014 nous sommes retournés au Moyen-Orient : nos enfants et moi à Beyrouth, S. à Damas.
Peu de temps après mon arrivée dans la capitale libanaise, je suis allée voir Our Terrible Country, un film dans lequel on suit l'écrivain syrien Yassin al-Haj Saleh et un jeune photographe, Ziad al-Homsi. Au début, on les découvre tous les deux à Douma (j'entends ce nom pour la première fois) au printemps 2013. On ne sait pas exactement pourquoi ils se sont installés dans cette ville contrôlée par les rebelles syriens mais on peut évoquer ces raisons comme possibles motifs à leur présence : ils étaient recherchés dans les zones gouvernementales, voulaient vivre l'expérience de la libération, souhaitaient en découdre frontalement avec le régime (pour Al-Homsi en tout cas, que l'on découvre armes à la main au début du film). Douma, ville de la banlieue orientale de Damas, est aux mains de l'insurrection et le régime la bombarde - jusqu'au moment où j'écris ces lignes, trois ans après le tournage du film, la ville de Douma a été bombardée chaque jour. Les deux hommes décident de partir pour Raqqa. Yas-sin al-Haj Saleh y est né, a grandi dans cette ville récemment tombée aux mains de l'opposition et dans laquelle sa famille se trouve encore. Au terme d'un voyage éprouvant ils découvrent la ville du Nord, tout juste passée sous le contrôle de l'État islamique dont les hommes viennent d'enlever les deux frères de l'écrivain. Yassin et Ziad s'y cachent quelques semaines puis se remettent en route, le premier part pour Istanbul, le second pour le Sud du pays (rapidement arrêté par l'EI il sera relâché, puis se rendra en Turquie à son tour).
Au début, à Douma, on voit l'écrivain et sa femme, Samira Khalil. J'ai une affection particulière pour cette scène : ils sont assis sur des chaises en plastique, dans une petite chambre meublée de façon disparate, près d'un lit une place, en formica, couvert d'un duvet imprimé de grosses fleurs aux tons marron et jaune. Ils boivent un café arabe, elle a les cheveux courts et fume des Marlboro rouges, il porte une chemisette, un air des années 1980 imprègne la séquence. Il l'appelle Samour et face caméra elle fait cette déclaration : Plus le temps passe, plus je sens que c'est la personne que j'aime, il se lève pour poser un baiser maladroit sur sa tête et quitter la pièce, visiblement ému et embarrassé de l'être.


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