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Auteur : Daniel Rondeau
Date de saisie : 24/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-246-46681-9
GENCOD : 9782246466819
Le comédien Philippe Noiret a choisi de vous lire quelques lignes d'un roman de Daniel Rondeau, Dans la marche du temps, qu'il considère comme un chef d'oeuvre. Nous l'en remercions vivement.
Pierre Perrignon naît en 1900 dans la forêt du Gault en Champagne. Il s'évade à l'âge de dix ans loin de cette matrice boueuse et affronte la violence du monde. Il vivra deux guerres, la Révolution, les trahisons; il connaîtra des femmes mais n'en aimera qu'une. Il attendra toujours quelque chose ou quelqu'un - un instant de bonheur ou de liberté supérieure.
Sans le savoir, son fils Augustin a remis ses pas dans ceux de son père dont il ignorait tout. Répétition des espérances et des douleurs. Mêmes drapeaux, mêmes mots, mêmes lieux, mêmes amours absolues, mais il est trop tard : le monde s'est détourné des mythes et converti à la religion de l'instant.(Daniel Rondeau)
Daniel Rondeau a reçu le Prix Paul Morand de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre, dont on rappellera notamment Tanger (1987), L'Enthousiasme (1988), et Les Tambours du monde (1989).
Au bout du compte, restent deux hommes à la dérive qui apprennent à se connaître et se consolent à la lumière d'un seul soleil. En se racontant leur vie, ils composent ensemble le roman du siècle. Sa légende, ses fléaux, ses grandes et petites apocalypses, ses nostalgies de culture et de communion.
Deux hommes, au sud de la Corse. L'un très âgé, l'autre dans la cinquantaine. Un père et un fils. Ils se racontent leur vie, L'auteur remue des ombres, les déplace avec sa plume d'un profil à l'autre. Le mouvement de ces ombres qui bougent est celui du livre tout entier. C'est aussi celui du temps, d'un siècle passé à toutes vitesses, avec ses guerres, ses apocalypses, ses désirs d'aventure et de fraternité, ses espérances trahies, ses souffrances. Le père et le fils se précipitent au fond d'eux - mêmes, des souvenirs grondent, d'autres s'apaisent, des visages s'effacent. Copains disparus du Komintern, écrivains de passage, femmes aimées. Leur histoire est aussi notre histoire, nous qui sans vraiment nous en rendre compte avons changé de peau, de désirs, d'espérances et aussi sans doute d'idéal.
Daniel Rondeau est écrivain et éditorialiste au journal L'Express. Ancien militant d'extrême - gauche, il a travaillé pendant plusieurs années en usine en Lorraine comme établi. C'est de Nancy qu'il commence à collaborer au journal Libération à la fin des années 70. A la même époque, il travaille pour la radio et la télévision et réalise des films sur des écrivains ou sur l'histoire ouvrière. Sa première publication est un livre d'histoire, Chagrin lorrain, unanimement salué par les spécialistes, et qui fait aujourd'hui référence. Suit un roman, L'Age - Déraison, véritable biographie imaginaire de Johnny H.
En 1982, il rejoint la rédaction parisienne de Libération où il dirige le service culturel. Trans - Europe - Express publié au Seuil rassemble quelques uns de ses meilleurs articles. C'est l'époque où Georges Duby, président de la 7 puis de la toute nouvelle Arte, lui demande de rejoindre le comité des programmes de la nouvelle chaîne culturelle, aux côtés de Boulez, Bourdieu, Florence Malraux et quelques autres. Pendant un an, il anime un talk - show culturel et politique, Dialogue, réalisé par Maurice Dugowson. En 1985, il quitte le journalisme pour se consacrer à ses livres. Il collabore pourtant à L'Observateur pendant dix ans et crée avec Gérard Voitey la maison d'édition Quai Voltaire qu'il lance au printemps 1987. C'est sous sa bannière qu'il publie Tanger puis L'Enthousiasme (Prix populiste 1988). Engagé dans tous les combats de son temps, il lance un appel pour soutenir la publication des Versets sataniques de Salman Rushdie, consacre un an à soutenir la résistance libanaise engagée contre le terrorisme syrien. Chronique du Liban rebelle, publié chez Grasset, témoigne du courage des Libanais abandonnés par les nations occidentales et surtout l'Amérique. Puis s'engage aux côtés d'une poignée d'intellectuels pour soutenir les Bosniaques. Il publie sous le deuxième mandat du président Mitterrand un livre critique à l'encontre de sa politique étrangère, Mitterrand et nous. Il renoue avec le roman en 1989, publiant coup sur coup Les Tambours du monde et La Part du diable. Roger Stéphane, qui a déjà décidé de se suicider, lui fait promettre de terminer un livre d'entretiens laissé inachevé sur les premiers Français Libres. Un film de quatre heures diffusés sur FR3 et un livre publié par Grasset, tous les deux sous un titre identique, Des hommes libres, scellent la promesse tenue. C'est ensuite chez Nil qu'il publie des textes sur la littérature et des écrivains, Les Fêtes partagées, qui reçoit le Prix Liberté littéraire à Genève, puis trois portraits de ville, Tanger, Alexandrie, Istanbul, où il célèbre la mer de nos origines, la Méditerranée, puis un portrait de Johnny, où il dessine la trajectoire de la rock star, fait le tableau d'une époque et d'une génération. En 1999, commissaire de l'exposition L'Appel du Maroc, à l'Institut du Monde Arabe, il dirige la rédaction du catalogue. Daniel Rondeau a reçu le grand prix Morand de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre. Il vit semi cloîtré dans une maison en Champagne depuis six ans, où il s'est installé pour travailler à son nouveau roman.
Parlons franc, on a toutes les raisons de ne pas aimer le roman de Daniel Rondeau. Il est outrageusement promu par tout Paris, on le donne vainqueur à tous les prix de saison, et voici que M. Villepin le défend à la télévision. Pauvre auteur, qui le protégera de ses amis ? Vous imaginez comme on se sent à l'aise de soutenir un livre paré de ce bandeau virtuel : «Ouvrage recommandé par le ministre de l'Intérieur» ? Après l'avoir ouvert, on sait pourtant qu'on tient dans les mains un très grand livre: il ne faut pas dix pages pour que toutes ces aigreurs anticipées soient balayées par son souffle puissant. A quoi cela tient-il ? A cette ampleur - 1000 pages embrassant un siècle de notre histoire ? A la beauté de la langue qui étouffe un peu, au début, par sa richesse de Littré-en-20-volumes et qui finit par enivrer ? A la limpidité de la narration ? On en croise des personnages, des vrais et des faux, des silhouettes et des grands de ce monde, dans ce voyage en deux guerres et un Mai-68, mais on suit toujours, haletant et ému, le chemin droit de cette idée simple : raconter les destins croisés de deux hommes, le père et le fils... Tout chez Rondeau sonne vrai. Comment a-t-il fait ? C'est un mystère qui force l'admiration... Voilà la grandeur de ce livre, il dégage une force hypnotique et grisante, il n'est pas fait pour qu'on en discute, il est écrit pour qu'on s'y fonde.
Près de 1000 pages où des tranchées de Verdun à l'agit-prop en usine à Pont-à-Mousson, en passant par les barbelés de Buchenwald ou encore Woody Allen prostré devant un plat de spaghettis à New York, tous les grands tableaux allégoriques du XXe siècle sont conviés à se produire sur la scène de ce Puy-du-Fou germanopratin qu'est le nouveau roman de Daniel Rondeau. Que les amateurs de nuées grandioses, de sentences marmoréennes et de saine morale républicaine ne se laissent toutefois pas décourager. Avec «Dans la marche du temps», ils auront leur quota de valeureux poilus «se caillant les miches» dans les tranchées, de général de Gaulle descendant en libérateur les Champs-Elysées et de vols d'aigles dans les «grands espaces de l'Utopie et de la Mort». Quant aux autres, on leur conseillera aussi de l'ouvrir afin de prendre le pouls de ce goût français qui, depuis la rentrée, célèbre bruyamment cette volumineuse saga ouvriériste comme une résurrection du grand roman à la Zola contre les autofictionneurs mal peignés et autres nihilistes houellebecquiens... L'atmosphère de «Dans la marche du temps» enchantera les amateurs de granges humides sous pluie de Toussaint, de traces de godillots dans la neige et de tintements de grelots à l'abreuvoir... Faute d'ouvrir des perspectives neuves sur l'engagement communiste, le livre n'omet pas le «froissement des ailes du désir». Un autre versant important de «Dans la marche du temps». Sur ce terrain, les scènes d'amours ancillaires échevelées du père...
Les idées générales font de faux bilans historiques. Il n'est pas aujourd'hui de bachelier qui ne les répète, sans savoir ce qu'elles supposent d'amnésie : le XXe siècle commença par un carnage et s'épanouit dans les totalitarismes, les politiques d'extermination, les illusions révolutionnaires, avant que de finir dans la débâcle des derniers despotes. L'affaire est entendue. Cette mémoire intellectuelle est fausse, non par ce qu'elle dit, mais parce qu'elle ne dit rien, en reculant devant la mort, le temps réel, les passions, l'amour et la haine de la liberté, la douleur, l'égarement, l'héroïsme, le sublime et le grotesque. Un roman, seul, pouvait sauver cette matière historique, ressusciter les héros et les salauds, restituer aux humbles leur dignité, rendre leurs vrais noms aux choses qui comptent. C'est ce que fait souverainement le roman de Daniel Rondeau, éditorialiste à L'Express, en révélant la matière du XXe siècle, sa chair concrète ébranlée par l'esprit, sa longue marche, Dans la marche du temps. Le livre commence et finit à Bonifacio. Il débute par les scènes crépusculaires de la vie d'Augustin, musicien nonchalant, ancien militant des années 1970. Il s'achève par un dîner qui réunit Augustin et son père, pour un soir accordé à la paix d'un ciel étoilé. Nous passons de l'Histoire à ce qui est plus haut que l'Histoire mais la guide et l'oriente de façon invisible... Comme saint Augustin, Rondeau a cette conviction dont souriront les habiles : deux amours ont créé deux cités. La cité de Dieu est certitude infinie de liberté. La cité adverse est soumission à la mort et aux puissances... Les vrais mérites de ce livre, qui le font émerger à cent coudées au-dessus de la production romanesque dont nous sommes accablés, tiennent à son écriture, qui va de très belles symphonies de la nature et de l'Histoire jusqu'au burlesque, de scènes à la Goya à des tableaux à la Daumier. Le livre, une fois sa lecture commencée, ne nous lâche plus. C'est qu'il nous libère des abstractions de la fausse intelligence, du malsain repentir d'être nés en ce siècle, tout en montrant les vies partagées, en nous montrant tels que nous sommes, sous l'injonction de toujours prendre la relève du temps qui s'annonce, sans pouvoir abdiquer une Histoire dont nous sommes faits ni tirer un trait sur elle.
Daniel Rondeau, 56 ans, noble éditorialiste à L'Express, retiré dans un ermitage en Lorraine, revisite son passé d'ancien gauchiste. Il faut expliquer aux lycéens zidanesques ce que furent les aspirations ardentes et les espérances rouges, rappeler que les modèles n'étaient pas médiocres, les Gide, les Malraux.
Rondeau, qui «en a dans le ventre», comme on dit, prend de la hauteur. Il regarde le champ de bataille immense de la France au XXe siècle, un peu comme si Hegel observait à la lunette cette nation livrée aux boucheries de 14-18, aux carnages de Verdun, à la honte de Vichy. Il partage en frère les fêtes populaires dans les guinguettes de 36, tape sur l'épaule des communistes, fraternise aussi bien avec les ouvriers de Lip qu'avec les mineurs de Thorez. Il fait les poches de l'Histoire dans le grand vestiaire France. Il ne recule devant aucun morceau de bravoure. Avec Sartre, et comme nous tous, il reprend les chemins de la déroute de 40, qui ne sont pas ceux de la liberté, mais qui mènent à des fils de fer barbelés enneigés... Que faut-il admirer ? Le travail acharné ? L'insurrection drue d'un Rondeau qui ne veut pas être simple témoin de l'Histoire mais premier rôle ? Ou bien le travail de brodeuse de presse mené à l'ancienne, à la Roger Martin du Gard ?
Non. C'est autre chose. La puissance du livre réside dans cette connivence secrète et minérale avec la terre lorraine. Rondeau se cloître vers Nancy dans l'infusion du temps, dans la rumination des fantômes désolés qui hantent les nuées, les pluies sur les champs nus, ce délabrement d'Argonne ou d'Avocourt, collines barrésiennes crépusculaires, étendues plates démeublées de leurs Poilus. Ils forment le fond lancinant et spectral du roman.
En même temps qu'il ressuscite le XXe siècle, Rondeau l'enfouit aussi dans un trou de ténèbres. Il écrit ou il prie ? Plus qu'une éclatante re-création du passé, ces pages sentent l'oraison du soir. Il y a une énergie folle à arracher au néant autant de personnages pour finalement les placer dans un décor qui les absorbe. Une subite odeur de caveau monte alors aux narines. Le parfum Rondeau : salpêtre et ossements... La visite de l'ossuaire de Douaumont est sans doute la scène originelle, la scène clé de ce livre.
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