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Auteur : Richard Lourie
Traducteur : Sylvie Finkelstein
Date de saisie : 26/08/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Noir sur blanc, Lausanne, Suisse
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-88250-166-0
GENCOD : 9782882501660
Comment Andreï Sakharov (1921-1989), le père de la bombe atomique soviétique, personnalité adulée par le régime, en arrive-t-il à être condamné à vivre isolé dans une ville fermée aux étrangers ? L'ouvrage met en lumière le destin remarquable d'un homme dont l'intégrité personnelle, la souffrance et le courage forcent l'admiration.
C'est cette existence hors du commun que nous retrace ici Richard Lourie, traducteur des mémoires de Sakharov. À partir d'une multitude de documents - dont les dossiers longtemps secrets du KGB et la correspondance personnelle de Sakharov -, il nous raconte l'histoire d'une vie étroitement liée à celle de son pays. Sakharov a contribué à transformer l'Union soviétique en superpuissance en même temps qu'il l'a forcée à rendre compte au monde entier de ce qu'elle faisait endurer à ses citoyens.
Cette première biographie complète, intelligente et détaillée, d'une lecture aisée, rend justice aux multiples facettes de ce personnage complexe. C'est aussi une véritable mine d'informations sur le destin de l'Union soviétique.
Richard Lourie, spécialiste des affaires russes, a fait un doctorat en études russes à l'université de Berkeley en Californie et vit à New York. Romancier et journaliste, il effectue de fréquents séjours en Russie et contribue aussi bien à la presse américaine que russe. Il est également traducteur du russe et du polonais, notamment de poésie. Il est l'auteur de Moi, Staline (Noir sur Blanc, 2003).
«André Sakharov était un personnage hors norme. Ce grand physicien et parfait honnête homme, père de la bombe thermonucléaire soviétique était à la fois, un démocrate convaincu, un défenseur des droits de l'homme, un dénonciateur des dangers de l'armement nucléaire et le farouche partisan d'une irréaliste «convergence» entre les systèmes capitaliste et «socialiste», tout en étant, d'un certain point de vue, un patriote soviétique.»
Un détail symbolique illustre ce qui subsiste aujourd'hui de l'héritage de Sakharov : en janvier 2004, le centre Sakharov a organisé une exposition raillant modestement l'Église orthodoxe. Six «militants» orthodoxes ont un jour envahi l'exposition et y ont tout saccagé et détruit. Le président du centre Sakharov, Samodourov, a porté plainte contre les auteurs du saccage. Un dignitaire orthodoxe a porté, à son tour, plainte contre lui et le centre Sakharov pour insulte à la religion nationale. Que croyez-vous qu'il arriva ? C'est le président du Centre Sakharov qui a été condamné à une lourde amende. Des religieux de diverses confessions, dont un rabbin américain, ont chaudement et publiquement appuyé l'action en justice d'une Église orthodoxe à l'antisémitisme historique toujours vivace qui a osé même demander l'interdiction du centre Sakharov, accusé de semer la haine. Cette solidarité des dignitaires religieux repose sur un raisonnement simple souligné par le rabbin d'outre-Atlantique : railler une religion, c'est les moquer toutes. Elles doivent donc se serrer les coudes. Blasphémer contre elles est aussi grave qu'hier critiquer le KGB...»
La première chose qui frappait chez Sakharov, c'était le sourire "doux, enfantin et confiant qui ne le quittait pratiquement jamais". Une de ses camarades à l'Académie des sciences l'avait déjà remarqué dans les années 1940, alors que les deux étudiants lavaient les carreaux de la célèbre institution. Ce sourire, il l'avait encore quand il travaillait à la fabrication de la bombe thermonucléaire soviétique dans une base secrète de l'Oural, quand il recevait dans son petit appartement de Moscou tout ce qui appartenait au monde de la dissidence et des minorités opprimées d'URSS, ou quand il sommait Gorbatchev de renoncer au monopole du Parti communiste.
C'est ce destin hors du commun que raconte avec force détails l'universitaire et journaliste américain Richard Laurie. Comment un scientifique brillant, "complètement loyal envers l'idéologie officielle", est-il devenu le symbole de la lutte pour les droits de l'homme d'abord dans l'Union soviétique figée dans la gérontocratie brejnévienne puis à l'époque de la perestroïka gorbatchévienne ?... Richard Laurie ne se contente pas de raconter la vie d'un savant qui commence à avoir des doutes sur la finalité de son travail et son environnement politique. Il attache une attention minutieuse à la situation de l'Union soviétique dans laquelle évolue son héros. Les premiers accrochages entre Sakharov et les dirigeants soviétiques sont provoqués par les interrogations que suscitent chez nombre de scientifiques les conséquences humaines de l'arme atomique. Sakharov s'oppose à Khrouchtchev sur la poursuite des essais nucléaires. Le secrétaire général le décore pourtant lui-même de sa troisième médaille de héros du travail socialiste.
Ses doutes dépassent peu à peu les limites de son activité scientifique... Richard Laurie regarde avec tendresse cet homme au sourire timide et aux yeux clairs qui était assez fou pour s'extraire du carcan des honneurs soviétiques et pour revendiquer pour tous les peuples de l'empire, les Russes y compris, le droit à la liberté.
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