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Auteur : Maryline Desbiolles
Date de saisie : 13/09/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Fiction et Cie
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-02-081725-7
GENCOD : 9782020817257
Depuis quelque temps le personnage de ma grand-mère italienne, ce que je savais d'elle, mais surtout ce que je ne savais pas, pas bien, me tirait par la manche, faisait des apparitions dans mes livres. J'ai voulu voir de plus près. Je suis allée à Turin, où elle s'était rendue dans les années 30, en plein régime mussolimen, pour accoucher de son deuxième enfant, accompagnée du premier-né, Primo, qui disparut alors mystérieusement. Je suis allée à Annecy où l'empoigna un autre drame, à la Libération, en pleine fête du 14 Juillet. A Annecy où elle est morte au début du troisième millénaire. Je n'ai jamais eu le sentiment de me retourner, de fouiller un passé confit auquel je devais rendre hommage. C'était un mouvement qui m'emportait, qui m'inventait, mes origines étaient au-devant de moi, et elles avaient éternellement le goût de la première fois. Maryline Desbiolles
Maryline Desbiolles publie des livres depuis presque vingt ans. Lorsque la Seiche parut en 1998 (Le Seuil), nous fûmes tellement épatés que nous avions cru à un premier roman, peut-être pour ne pas se reprocher d'avoir manqué le vrai premier, Une femme de rien (1987, Mazarine). Nous l'avions manqué. On ne nous y reprit plus, nous avons suivi Desbiolles avec Anchise, le Petit col des loups, Amanscale, nous l'avons laissée s'éloigner un peu l'an passé sans la perdre du regard avec le Goinfre. Et voici qu'elle inaugure la deuxième dizaine de ses livres avec ce Primo, comme si tout recommençait.
Tout commence. Se mettre à écrire, c'est parfois tourner autour d'un pot, dix ans, vingt ans, un pot-au-noir, comme disent les marins, cette région de brumes opaques, inextricable et dangereuse, ils s'en approchent, les marins, la redoute, s'y jettent parce qu'il faut bien traverser les mystères, c'est la bouteille à l'encre. Et de cette encre-là s'écrivent des livres douloureux, non pas qu'ils fassent souffrir, pas seulement, au contraire, ils portent la douleur et se referment sur elle pour nous en consoler un peu... Primo, c'est le nom d'un enfant mort à trois ans, disparu sans laisser ni dépouille ni linceul, le premier né de sa grand-mère maternelle, en 1932 tandis qu'elle accouchait à Turin de Renato, le suivant, avant d'en perdre un autre, Jean-Claude, treize ans plus tard, le 14 juillet 1945, à Annecy. C'est cela aussi s'intégrer pour des émigrants italiens, on commence par appeler son fils Primo, et le quatrième Jean-Claude. Et c'est Renato qui survit, tant bien que mal, mettons qu'on l'appellera René.
Maryline Desbiolles n'était pas née, bien sûr, de ces histoires elle n'aurait pas à souffrir, c'était du temps d'avant, elle en a seulement eu vent, et c'est ce vent qui l'encombre, qui ne l'empêche pas, mais qui l'encombre... Primo est un roman, parce que tout ce qui est dit est vrai, et tout ce qui est vrai n'est pas sûr, mais reconstitué, par la mémoire, par deux voyages à Turin pour ne pas trouver trace de ce Primo de trois ans perdu Dieu sait comment pendant qu'on accouchait de l'autre, parce que tout cela est écrit dans une langue d'écrivain qui n'était certainement pas celle d'une grand-mère immigrée mais celle d'une petite fille qui n'a pas tout compris, qui n'a rien demandé et qui voulut savoir, qui refusa qu'on jette les livres «par la rivière», qui en écrivit de beaux pour se faire la plume et qui cette fois traverse le pot-au-noir, cette région de brumes opaques qui nimbe de trop petits cadavres...
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