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Toute une vie

Couverture du livre Toute une vie

Auteur : Jan Zabrana

Traducteur : Marianne Canavaggio | Patrik Ourednik

Date de saisie : 27/08/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Allia, Paris, France

Collection : Petite collection

Prix : 6.00 € / 39.36 F

ISBN : 978-2-84485-190-1

GENCOD : 9782844851901

  • Les présentations des éditeurs : 14/05/2006

Toute une vie est le journal que Zabrana a tenu tout au long de son existence et dont Patrik Ourednik a extrait et traduit les passages les plus représentatifs. A la fois intime et littéraire, ce document est en quelque sorte un journal de "captivité intérieure", où Zabrana, persécuté et réduit au silence par le régime communiste, consigne tout ce qu'il lui est interdit de publier. Avec un mélange d'humour et de désespoir, de férocité et de tendresse, sans plus de complaisance pour ses "confrères" compromis avec le pouvoir que pour lui-même, Zabrana offre le portrait sans fard d'une existence brisée par le siècle et les moyens qui permettent de résister à ses atrocités.

Jan Zabrana est né en 1931 en Moravie. Il s'inscrit à la Faculté de Lettres classiques de Prague avant d'être rapidement exclu pour "inaptitude politique à l'étude". Il travaille comme ajusteur-mécanicien dans une usine de construction de wagons de chemin de fer. En 1955, il devient traducteur professionnel du russe et de l'anglais. Il exercera ce métier jusqu'à sa mort en 1984. II a publié de son vivant quelques romans policiers et des recueils de poésie.



  • La revue de presse Morgan Boedec - Vu sur chronicart.com en janvier 2006

«Zabrana ne meurt pas mais son quotidien et son écriture, bordés et cernés par la mort et la mise à l'écart de ceux qu'il aime ("Ce qui était vivant est mort, et ce qui était mort ressort par toutes les fentes"), tiennent encore debout grâce ses séances de lectures. Traducteur du russe et de l'anglais (Pound, Ginsberg), il dévore dans ces deux langues les Mémoires de Mandelstam. Il aime aussi Pasternak et Bounine, "l'un des rares écrivains qui a réussi au vingtième siècle à mourir les mains propres". Entre deux souvenirs de sa mère, brillants de sincérité et d'émotion, il dresse le bilan d'une littérature tchèque engluée dans une situation d'"apartheid" : d'un côté, les auteurs agréés par l'Union des écrivains qui vomissent livre sur livre en toute complicité avec "ceux qui ont dû interdire, liquider tous les autres pour pouvoir régner" ; de l'autre, les écrivains brisés par la censure, publiés sous forme de samizdat ou exilés à l'Ouest et qui forment pour lui une génération sacrifiée ("tous sont mes frères"), une mémoire sinistrée qu'il ne confine pas aux seuls frontières tchèques. Les censures du régime castriste et les errances idéologiques de Sartre ou de Pound sont aussi dans sa ligne de mire...»


  • La revue de presse Claude Arnaud - Le Point du 15 décembre 2005

...Une apocalypse lente. La valeur de ce journal unique tient au pessimisme foncier de Zabrana. Par-delà la critique du «mensonge déconcertant», c'est le pathétique même de l'humanité que le traducteur tente d'approcher à travers ses notes et aphorismes, d'une acidité redoutable. Qu'ils portent sur ses confrères, dont la lâcheté ne cesse de l'inspirer, jusqu'en Occident - terribles aperçus sur la conduite d'Eluard -, sur les femmes qui auront croisé sa vie ou sur ces hommes qui, pour s'être accommodés du système, tremblent devant le soulèvement de 1968, la plupart relèvent de cette tradition moraliste qu'un Chamfort ou un Schopenhauer auront illustrée. Traité en sous-homme par le régime communiste, Zabrana est le premier à dire son fait à l'humanité, aux Américains, qu'il rejette autant que les Russes, ou à sa propre personne, aussi critiquée que le régime. Il y a du Cioran chez ce Tchèque - un Cioran sans littérature et avec dictature, plus désespérant donc. On ne peut imaginer témoignage plus poignant sur la médiocrité du «socialisme réel» : la mort l'emporte sur le vivant, à chaque page de cette apocalypse lente. La révolution de velours aurait-elle même eu les faveurs de Zabrana-le-misanthrope s'il avait vécu jusque-là ? Tant de vestes s'y sont retournées qu'on peut en douter...


  • La revue de presse Alexandra Laignel-Lavastine - Le Monde du 27 octobre 2005

Journal de captivité intérieure d'un écrivain tchèque persécuté, Toute une vie fait partie de ces chefs-d'oeuvre méconnus qui continuent de nous parvenir de la nuit totalitaire. Ou plutôt "post-totalitaire", ainsi que Vaclav Havel qualifia les deux décennies qui suivirent l'écrasement du "printemps de Prague" en 1968. C'est en effet sur la période dite de la "normalisation" que portent les extraits qui composent l'édition française de Toute une vie. "J'ai enfin acquis la certitude qu'il est possible de courir tous les risques de la liberté ­ - mais que celui de son absence n'est pas supportable." Ainsi s'ouvre cette étonnante chronique d'une existence brisée par le communisme. Car Zabrana ne consentira pas au moindre compromis, ni avant ni après l'échec du "socialisme à visage humain", alors que le Parti se portera à l'avant-garde de la médiocrité, de l'obéissance et de la peur. A cet égard, ces carnets recèlent aussi une très subtile description de la répression qui, dans les années 1970, réduira au silence tout ce que la culture tchèque comportait d'esprits indépendants... L'auteur de Toute une vie ne voit en effet pas du tout pourquoi il devrait se réconcilier avec ceux qui l'ont étouffé, dépouillé de sa jeunesse et finalement privé de "toute forme d'existence humaine". C'est dire si ce journal, au ton souvent désespéré mais jamais aigri ­ - le fameux humour noir des Tchèques ? ­ - constitue en même temps une immense leçon de courage et d'intégrité... Par cet esprit de résistance, Jan Zabrana, qui n'était pas plombier mais ajusteur mécanicien, vient nous rappeler quelques-unes des valeurs fondamentales qui firent à un moment donné la grandeur de la culture européenne. Une culture qui situait sa tâche la plus haute dans l'avènement d'une vie pour la liberté, et non pas dans l'entretien d'une vie bornée par l'horizon de sa piètre subsistance. "Je n'ai jamais admis leur victoire, dit-il. Je n'ai jamais reconnu ma défaite." Nous pouvons nous en féliciter. Nous pourrions avoir honte.


  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 1er septembre 2005

Un petit livre chargé de colère jusqu'à la gueule nous arrive du fin fond de la Tchécoslovaquie des années 70. Mais il n'y a pas que rage et dégoût dans Toute une vie, il y a le coeur, et une foi paradoxale, gagnée à force de creuser dans les livres : «La littérature est la mémoire de l'humanité, et c'est pourquoi elle donne du fil à retordre aux tyrans de tout poil, aux Etats policiers soi-disant socialistes et même aux simples menteurs et imbéciles.» C'est dit par un Européen qui revendique une «mémoire formidablement vivante des meurtres, trahisons, lâchetés, de la solitude et du silence glacial des années 50», a connu les pires périodes de censure, n'a pas plus confiance dans l'avènement de la société de consommation, se moque bien des Américains et de «leur niaiserie nouille»... On ne passe pas Toute une vie sans rire. Voyez ce panneau sur la route, ramassé pour l'herbier de la cocasserie socialiste : «En raison de travaux sur la voie de déviation, la route nationale est momentanément réouverte.» Voyez les cousins russes vitupérés, pour la collection de fléchettes empoisonnées : «Voznïessenski, Evtouchenko : deux fesses du même cul.»

Il se sent à l'abri dans les mémoires de Nadejda Mandelstam, dans le Docteur Jivago. Il vénère Bounine. «Bounine a dit un jour que quand on se marie, on cesse d'être intéressant.» L'âpreté de Jan Zabrana est politique, mais pas seulement.


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