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Auteur : Bernardo Carvalho
Traducteur : Geneviève Leibrich
Date de saisie : 12/07/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque brésilienne
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-86424-550-6
GENCOD : 9782864245506
En août 1939, l'anthropologue nord-américain Buell Quain se suicide au cours d'un de ses séjours chez les Indiens Kraho, en Amazonie. Il avait 27 ans, venait de recevoir une lettre qu'il a brûlée et en a laissé quelques autres. Les circonstances exactes du suicide n'ont jamais été élucidées. Obsédé par cette information, l'auteur commence une enquête. Un impressionnant réseau de coïncidences s'accumule autour de lui au fur et à mesure qu'il progresse, se mêlant au souvenir de son père qui commerçait avec les Indiens de ces régions où il emmenait le petit garçon pendant les vacances scolaires. En contrepoint, on peut lire les lettres d'un ami de Buell Quain, témoin de son désespoir. Il y révèle les contradictions et les désirs d'un homme seul sur un territoire étranger, confronté à ses propres limites ainsi qu'à une altérité absolue. Le lecteur ne peut éviter la référence au Conrad du Coeur des ténèbres. Dans un style lumineux, ce roman exceptionnel est construit en une série de glissements constants entre fiction, invention, souvenirs et réalité. Ses personnages, prisonniers des circonstances, entretiennent des liens précaires et névrotiques avec une réalité imprévisible. Ce roman a obtenu deux des prix les plus prestigieux du Brésil : le Prix Machado de Assis et le Prix Jabuti.
Bernardo Carvalho est né en 1960 à Rio de Janeiro. Il a été le correspondant de La Folha de Sao Paulo à Paris et à New York. Il est l'auteur de Aberration (nouvelles) et des romans Les Ivrognes et les Somnambules, Les Initiales (Rivages) et Mongolia (Métailié).
«Carvalho, comme Buell Quain, a lui-même goûté aux affres de la forêt dans son enfance brésilienne. Le récit de sa propre vie, jalonné d'expéditions menées par son père, propriétaire agricole et pilote excentrique, contamine l'enquête et le rapproche un peu plus de Quain, ce fantôme qui le persécute tel Le Horla de Maupassant. "Le rêve des uns est la réalité des autres. On peut en dire de même des cauchemars" : en écho aux plus sombres récits de noirceur réaliste, Carvalho glisse, vogue entre terre ferme et coeur des ténèbres, dans la lignée de Conrad ou de Blaise Cendrars. Enquête dérivant vers l'introspection funèbre, le récit manie avec malice l'opacité des preuves, la langue cachée des témoignages et les pouvoirs de la visibilité ("Les yeux sont incapables de voir"). On n'en attendait pas moins de la part du trilingue Carvalho, auteur de Mongolia en 2004, un roman nourri au grain de la solitude et des grands espaces. Au Brésil, deux prix littéraires, le prix Machado de Assis et le prix Jabuti, ont récompensé ce nouveau roman...»
Roman à la lecture ensorcelante, Neuf nuits est un génial montage, mêlant la fiction, l'archive, l'histoire, l'ethnologie, le reportage. La photo de couverture de l'édition française, où l'on voit le jeune Bernardo Carvalho, 6 ans, donner la main à un robuste indien du Xingu - prononcez «Chinegou» -, est un document privé.
Elle accompagne quelques autres souvenirs personnels, où l'auteur évoque son père, la visite qu'ils firent de Brasilia, leurs vacances en Amazonie... /...Mêlé à cette matière autobiographique, le souvenir de Buell Quain, un anthropologue américain qui s'est suicidé en août 1939 au cours d'un séjour chez les indiens Krahô, fournit le véritable mobile du livre. Que s'est-il passé pour que ce brillant élève de Ruth Benedict, papesse de l'école américaine d'anthropologie à l'université de Columbia, en soit arrivé à se tuer ? Quels ressentiments, quels échecs, quelles frustrations, quel enchaînement de dépits ?
Par un subtile jeu de mise en abyme, Bernardo Carvalho, journaliste à la Folha de Sao Paulo pour laquelle il fut correspondant à Paris et New York, mais surtout écrivain confirmé dont c'est le cinquième livre traduit en français, se raconte enquêtant pour écrire son roman...
Sur la couverture de Neuf nuits, un petit garçon blanc, bien peigné et vaguement intimidé, tient la main d'un gigantesque Indien vêtu d'un pagne et de quelques bijoux. Le gamin n'est autre que Bernardo Carvalho, photographié lors d'un séjour chez les Indiens Kraho, en Amazonie. Ce cliché en noir et blanc est déjà une invitation au voyage, une façon d'indiquer que, dans ce livre, tout peut être vrai puisque Bernardo était là, avec son air emprunté et ses six ans tout juste fêtés. Le récit commence par le suicide d'un anthropologue. Il venait de recevoir une lettre. Est-ce la raison de sa mort ? Le romancier veut dénouer les fils de ce fait divers et commence une enquête. Il y trouvera ses propres souvenirs, la trace de son père, des lettres qui disent la solitude des hommes et leur désarroi devant l'amour et la mort... Depuis ses premiers textes, l'écrivain brésilien cherche à mêler rêve et réalité, fantasmes et mémoire... Neuf nuits retrouve cette construction faite de glissements permanents et s'apparente à l'autobiographie sans la nommer...
... Neuf nuits danse sur les cendres vivaces de l'enfance et des ancêtres de l'auteur, sur leur expérience intime de l'Amazone... On y trouve des thèmes et des manières de conter propres à Carvalho : une quête dans laquelle les personnages et le récit s'enferrent ; une narration gigogne, où chaque recherche ouvre sur des découvertes et de nouveaux personnages qui n'annoncent rien, sinon des pressentiments et de nouvelles recherches ; une manière à la fois enfantine et intellectuelle de s'enchanter par la construction des mystères qui l'angoissent, d'autant plus qu'ils ne seront jamais éclaircis ; enfin, une mélancolie face à la destruction de plus en plus rapide du monde par les hommes.
Neuf nuits pourrait s'intituler Amazonia, tant on y est, ou Tristes tropiques, si le titre n'était déjà pris. Tout est magique, méandreux, hostile, et pourtant comique. Comme Aguirre, le lecteur remonte l'histoire en radeau, à la recherche d'un El Dorado qui n'existe que parce qu'on le cherche ; c'est suffisant pour aller au bout du monde et du livre... Le point de départ (et finalement d'arrivée) du livre, son fil rouge, est le suicide réel dans la forêt amazonienne, le 2 août 1939, de l'anthropologue américain Buell Quain... Quand il se taillade les veines devant ses guides indiens effarés puis se pend, Quain a 27 ans... La mort de Quain obsède le narrateur. Lui aussi cherche à comprendre pourquoi il s'est tué, et d'une façon si sauvage. Il rencontre des anthropologues, recherche la famille du mort, parvient à lire certaines des sept lettres qu'il a écrites avant d'en finir, croit comprendre que la raison de sa mort est expliquée dans une huitième, mystérieuse, qu'il ne trouvera pas... Le sens de cette quête est tout simplement qu'elle doit avoir lieu. Organisée autour d'un personnage manquant (Quain) et d'un espace menacé (la forêt amazonienne), elle est l'occasion de souvenirs, de sensations, d'histoires, de rêves...
Chez Bernardo Carvalho, la réalité ne dépasse pas la fiction. Ni l'inverse. Sans doute cet écrivain brésilien de 45 ans, dont Neuf Nuits est le quatrième roman traduit, a-t-il appris de son expérience de correspondant à Paris et à New York que l'imaginaire et le réel, l'événement et la fable ne cessent de dialoguer ensemble depuis la nuit des temps. Et que pour tenter de comprendre l'un - le fait réel -, on peut avoir recours à l'autre - le roman -, qui, porté à son excellence, est un art du mentir vrai.
Ainsi en est-il dans Neuf Nuits, quête et enquête de Carvalho sur le suicide de Buell Quain, un jeune anthropologue nord-américain de 27 ans qui mit fin à ses jours en août 1939, lors de son séjour d'étude chez les Indiens Kraho, en Amazonie.
Pourquoi cette mort violente et inattendue ?... Bernardo Carvalho tisse ensemble tous les fils découverts au cours de son exploration. Fils du réel que le journaliste enquêteur parvient à nouer en cherchant et trouvant des traces et des preuves... Fils plus subtils, plus fragiles tirés de confidences et de témoignages avec leur part d'erreur et de mensonge. Mais le tissu du récit serait bien lâche et troué sans la trame fine et forte de sa rêverie, de son angoisse, de son intuition, de son expérience personnelle. Carvalho ne peint pas son propre coeur en l'attribuant à un autre, mais il va jusqu'au bout de sa propre quête. Et là, au fond de ce malaise ancien où se mêlent son histoire personnelle, celle de Quain, celle de cette discipline trouble qu'est la recherche anthropologique de terrain, il laisse sourdre une voix anonyme, les confidences écrites d'un improbable et merveilleux témoin qui raconte la fin d'un homme et la fin d'un monde...
Ils s'appelaient Joao et Ismael. Les deux Indiens qui l'accompagnaient, deux jeunes gens qu'il avait enrôlés pour le guider quand il a quitté le village le 31 juillet, ont raconté à Manoel Perna, l'ingénieur de Carolina et le seul ami de l'ethnologue dans la ville, qu'à la tombée du soir le deuxième jour de leur équipée, alors qu'ils avaient encore presque quatre-vingt-dix kilomètres de marche devant eux selon la version officielle, Quain Buele, comme ils l'appelaient dans la langue des Blancs, ou encore Camtwyon, comme ils l'avaient baptisé en langue krahô, voulut passer la nuit près d'un marais, il a demandé à s'arrêter, disant qu'il était fatigué et qu'il ne pouvait pas aller plus loin. D'après les Indiens, l'ethnologue ne manifestait aucun symptôme de maladie physique. Sa prostration était psychologique et durait déjà depuis plusieurs jours, depuis qu'il avait reçu la dernière lettre de chez lui.
Dans la lettre qu'il a envoyée à dona Helofsa le 12 août 1939 pour confirmer le télégramme qu'il lui avait déjà adressé la veille pour lui annoncer le suicide de Quain, Manoel Perna écrit, à propos de l'anthropologue : "Il est regrettable que sa disparition ait eu lieu de façon aussi douloureuse. Nous ignorons encore les motifs de ce geste.
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