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Auteur : Olivier Adam
Date de saisie : 28/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-87929-504-6
GENCOD : 9782879295046
Etretat.
Sur le balcon d'une chambre d'hôtel, un homme veille. Au bout de son regard : les falaises éclairées d'où s'est jetée sa mère, vingt ans plus tôt. Le temps d'une nuit, le narrateur déroule le film de sa vie, cherche dans sa mémoire rétive les traces de cette mère disparue. Il fouille son enfance, revient sur sa jeunesse perdue, sur son père brutal, son frère en fuite, ses années à Paris. Ce qu'il puise dans ses souvenirs : un flot d'images, de sensations, de lieux, d'apparitions.
Et cette question : comment suis-je encore en vie, qui m'a sauvé ? Dans ce roman qui semble faire table rase du passé pour mieux le ranimer, Olivier Adam convoque tous les thèmes et les personnages qui lui sont chers. Ainsi rassemblés, ils donnent à Falaises un souffle et une ampleur romanesques rares.
Il fallait sans doute qu'Olivier Adam attende d'être reconnu, considéré comme l'un des jeunes écrivains français les plus prometteurs, après quatre livres, pour écrire ce roman, Falaises. Et peut-être aussi qu'il atteigne ses 30 ans et qu'il ait un enfant. Tenter le décodage autobiographique de ce texte - totalement, un peu, beaucoup - n'est pas très intéressant. On apprend d'emblée que le narrateur et l'auteur ont le même âge, et très tard qu'ils portent le même prénom ce qui ne prouve rien.
Autobiographie ou non, la question demeure la même, si l'on est écrivain : comment parler d'une jeunesse saccagée, de l'obsédante image de la mère qui s'est donné la mort, en évitant le sentimentalisme et le pathos ? Comment être assez fort pour s'abstenir de flatter le goût du malheur, si courant, qui assure souvent le succès public ? Et, s'il s'agit d'autobiographie, comment faire pour qu'elle ne ressemble pas à une confession ? Olivier Adam a su répondre à toutes ces questions et ce retour sur enfance est une belle réussite... Comme toujours, Olivier Adam a la phrase assez brève et très précise. Son style est déjà reconnaissable. Econome d'adjectifs, soucieux d'éviter l'excès de psychologie, le commentaire, l'étalage. Avec un grand talent pour le portrait, le croquis même, et la description. Comme dans son très réussi Poids léger, ses personnages gardent toujours une distance avec ce qu'ils sont obligés de vivre d'affligeant...
Olivier avait 11 ans et il faisait beau. C'étaient presque des vacances. Avec son frère aîné, Antoine, il était monté dans le taxi du père, une Ford Granada grise qui s'était arrêtée à la porte de la clinique psychiatrique où sa mère les attendait, transparente et muette, après y avoir été internée pendant plusieurs mois. Et puis le taxi était parti directement pour Etretat, célèbre pour ses falaises à pic et son aiguille creuse... C'était il y a vingt ans. Olivier Adam, aujourd'hui, en a 31. Il est l'auteur de plusieurs romans et nouvelles, dont «Poids léger» et «Passer l'hiver», qui ont déjà établi la réputation ombrageuse de cet écrivain très doué, très sensible... Mais le plus beau cadeau... c'est son style, d'une justesse de miniaturiste, un style compassionnel sans être larmoyant, attentionné sans être caritatif, léger sans être léger. Un style à hauteur d'homme. Le secret de cet art, Olivier Adam le donne dans «Falaises»... Le très beau livre d'Olivier Adam ressemble à un de ces galets qu'on trouve sur la Côte d'Albâtre, d'apparence si lisse, si pure, et pourtant sans cesse bousculés par la mer déchaînée, par la mère déchirée.
De son enfance, Olivier Adam ne conserve guère de souvenirs précis. Juste des «blocs de sensations, d'images, d'odeurs» sur lesquels il travaille livre après livre. Le dernier, Falaises, ne fait pas exception, vibrant au contraire de tous les motifs qui nourrissent son inspiration. La banlieue, tout d'abord, territoire improbable «sans périphérie ni centre» où il est né il y a trente et un ans. Son «paysage originel». La nostalgie des relations enfantines - entre frères particulièrement -, où le lien s'impose de lui-même sans qu'aucun mot soit nécessaire. Et la difficulté, plus tard, de trouver la bonne distance avec les autres, avec le monde, avec le temps, présent et passé... Olivier Adam raconte, une fois encore, le destin de personnages en fuite... Jusqu'à faire revenir les fantômes de ses romans précédents... Falaises apparaît ainsi comme le point d'aboutissement de ses précédents textes. Construit au cordeau, totalement habité par l'auteur, écrit au plus près des personnages et des sentiments, traversé de détails d'une justesse fulgurante, il exprime comme jamais cette tragique lucidité de l'éphémère, cette peur de tout ce qui s'enfuit, au coeur de tous ses livres. Avec une émotion à nulle autre pareille. Car il y a derrière cette tendresse désespérée, cette mortelle attention aux autres et aux détails qui griffent, une incommensurable humanité qui vous submerge soudain, vous ramène à vos propres souvenirs, à ce sentiment universel du temps qui passe et rabote.
Au début de l'année écoulée, la lecture de «Passer l'hiver», un recueil de nouvelles d'un jeune auteur dont nous ignorions tout, déclencha un spleen indéfectible dont les effets mirent longtemps à se dissiper. Neuf courts récits où des personnages crépusculaires avançaient dans la vie tels des somnambules dans une nuit sans lune. A l'instar de ses pères spirituels - Raymond Carver et John Fante -, Olivier Adam prouvait alors une grande maîtrise dans l'art de la short story. Ses deux précédents romans, «A l'ouest» et «Poids léger», avaient déjà démontré qu'il n'était pas manchot.
Adam revient avec «Falaises», un roman fort ambitieux qui a convoqué les plus fins limiers de l'establishment littéraire, perturbés par la question désormais inévitable : diantre, serait-ce de l'autofiction ?... Adam a depuis toujours déclaré la guerre à la complaisance et à la connivence apitoyée avec son lecteur. Ses romans sont faits de larmes, de sueur et de sang. L'univers sans pitié qu'il décrit est un carambolage permanent de désillusions face au pari d'un monde meilleur. Tout cela est livré avec une clairvoyance hallucinée par un jeune homme qui sait, depuis René Char, que «la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil».
Pour s'en convaincre, il suffit d'arpenter ces «Falaises». Lorsque la mère du narrateur, de retour de l'asile psychiatrique, termine sa chute «comme un pantin de caoutchouc, corps et crâne fracassés, couverts de sable noir», Antoine, le frère d'Olivier, est atteint de sidération. Il plonge dans un coma étrange dont il ne sortira que pour entendre ces mots : «Maman est morte.» Les pages de la cérémonie à l'église sont d'une puissance dramatique telle que les plus cyniques auraient mauvaise grâce à faire la moue... «Falaises» est avant tout une quête éperdue du souvenir de la mère mais aussi le constat désespéré de l'incompréhension définitive entre un père et son fils...
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