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Auteur : Jules Amédée Barbey d'Aurevilly
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Belles lettres, Paris, France
Collection : Barbey d'Aurevilly, oeuvre critique, n° 1
Prix : 60.00 € / 393.57 F
ISBN : 978-2-251-44249-5
GENCOD : 9782251442495
«Voici le premier volume d'un ouvrage qui doit en avoir beaucoup d'autres si la vie, avec ses ironies et ses trahisons ordinaires, permet à l'auteur de réaliser, au moins en partie, l'idée qu'il a en lui depuis longtemps. Cette idée serait de dresser dans un cadre, qui prendrait chaque année plus de profondeur et d'espace, l'inventaire intellectuel du XIXe siècle. Ce serait, en un mot, de faire pour la littérature du XIXe siècle ce que La Harpe, plus ambitieux que puissant, essaya de faire pour la littérature française tout entière [...]. Malheureusement, il fallait, pour réaliser l'idée de La Harpe, être un géant de critique et d'érudition, et cette plante-là ne pousse guères dans le pot, à fleurs de rhétorique, d'un Athénée... Je ne veux pas dire du mal de La Harpe. On n'en a que trop dit... [...] Mais enfin La Harpe a manqué, avec talent, ce qu'il voulait faire, et il fallait réussir.
L'Auteur des Oeuvres et des Hommes réussira-t-il ?»
Barbey d'Aurevilly
... Barbey d'Aurevilly (1808-1889) était une figure du monde de la presse. Né sous le signe du Sagittaire, disait-il, comme pour justifier son goût du paradoxe et ses flèches contre les «ridicules du temps», Barbey avait commencé à rassembler ses articles sous le titre de les OEuvres et les hommes. Vingt-six volumes parus, auxquels s'ajoutent cinq de critique dramatique, et qui n'étaient accessibles qu'en bibliothèque ou dans la librairie ancienne. Grâce à l'équipe Barbey d'Aurevilly (universités de Franche-Comté et de Toulouse) qui a déjà offert une remarquable correspondance de l'écrivain, les Oeuvres et les hommes est en cours de publication dans une édition de référence dirigée par Pierre Glaudes et Catherine Mayaux... Pour reprendre à Antoine Compagnon sa formule, Barbey est l'antimoderne par excellence. Antidémocrate, admirateur de Joseph de Maistre et de Saint-Benoît Labre, mais aussi pourfendeur du «bourgeoisisme» Barbey est d'une lecture révélatrice pour qui cherche à comprendre l'histoire intellectuelle du XIXe siècle...
Mon cher Barbey,
Quand je vous vois, avec vos moustaches de dompteur du Bouglione, vous avez l'air d'un fauve désoeuvré. Le XIXe siècle vous allait comme un gant, mais vous l'avez trop vite dévoré. Trop facile. C'est le XXe qu'il vous aurait fallu ; là vous eussiez donné toute votre mesure... Je viens de vous lire dans la toute récente et admirable édition de vos oeuvres critiques. Vous êtes un écrivain du dimanche, comme Sainte-Beuve l'était du lundi : rien pour le discret, l'oblique, le détail ; tout pour le Gloria ou le De Profundis, Te Deum plutôt que messe basse. Avec vous, c'est l'abîme, du Ciel ou des Enfers, sinon rien... Vous êtes un formidable détestateur, un formidable admirateur, vous aimez moins bien. Tant qu'il s'agit de culbuter dans le ridicule M. Eugène Poitou, nain qui objecte à Balzac, vous êtes à votre affaire ; ce sont les subtilités du désir qui vous troublent... Comme c'est intéressant d'observer que vous n'arrivez pas à dire franchement du mal de Sainte-Beuve ! La demi-teinte vous déroute ; mais en même temps comme vous êtes incapable de biaiser, vous tenez «Volupté» pour un grand livre, à l'égal d'un Flaubert, d'un Stendhal, d'un Poe... Mais parlons net, mon cher Barbey. Je vous le dis en 2005 : vous avez gagné. Vos lignes sur Balzac me le disent après plus d'un siècle et demi ; sur Balzac et sur tant d'autres. Ce tableau du XIXe siècle que vous avez voulu peindre, avec ses médiocres et ses géants, il peut se regarder en face. Mes contemporains se doutent-ils que ce tableau leur est un miroir tendu ? J'en doute. Il faut dire qu'au-delà de trente ans en arrière ils ne voient plus rien... Le plus amusant est que vous qui avez connu les dernières lueurs d'un monde qui n'est plus, vous seriez peut-être surpris du nôtre, tant il lui ressemble, au génie près...
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