Doit-on disqualifier le bon sens ? Les intellectuels autoproclamés l'affirment.
D'Erasme à Orwell pourtant, la plupart des écrivains et des savants ont de tout temps accordé de la valeur au sens commun. Contrairement aux intellectuels, les hommes d'étude et de réflexion veulent sauvegarder les droits du bon sens. Lui seul préserve de l'esprit de système et de son cortège d'idées problématiques, fragiles ou fausses. Entre la connaissance courante et la compréhension scientifique, s'agite le demi-savoir irraisonné des intellectuels.
C'est à partir du XXe siècle que le bon sens se trouve délégitimé et Pierre Bourdieu fut, dans le dernier quart de ce siècle, l'une des figures les plus flamboyantes de ce parti des intellectuels qui stigmatisent le sens commun. Trois explications principales se superposent : le retour d'une idéologie politique anti-préjugés, l'hostilité de certains cénacles contre les lieux communs, et un parti pris pseudo-scientifique dépréciant la perception spontanée.
Les enjeux de la controverse du sens commun sont multiples. Il est lié, par exemple, avec le sens moral et avec le sens civique. Retracer cette dispute du bon sens revient à établir une généalogie de la liberté d'esprit, face à une mentalité dogmatique régulièrement réactivée par un personnage bien connu de la philosophie et de la littérature : le pédant ou faux savant, le Trissotin de Molière. Ce petit manuel de survie nous invite à redécouvrir la pensée classique et à sourire d'un des principaux ridicules du temps.
Il offrira un peu d'air frais à l'honnête homme qui souhaite résister à l'ignorance et à l'arrogance des intellectuels. L'ampleur des connaissances mobilisées et l'acuité des analyses proposées destinent ce livre passionnant à s'imposer dans la durée comme une référence incontournable.
Jeune chercheur en sciences politiques associé au GEODE (CNRS-Paris-X), Marc Crapez a ouvert par ses travaux de nouveaux horizons.
Après un livre décapant sur le XIXe siècle et les idéologies (La Gauche réactionnaire, Berg International), il a bouleversé l'interprétation des origines de la gauche et de la droite, provoquant sur cette question majeure un débat toujours en cours (Naissance de la Gauche, Michalon). Il prépare actuellement un volume sur les intellectuels et le totalitarisme.
La revue de presseÉric Conan - L'Express
Avec son plaidoyer pétillant d'érudition en faveur du «bon sens», Marc Crapez nous offre une entreprise de salubrité publique bienvenue mais téméraire, tant la détestation de cette notion - aussi baptisée «sens commun» - semble brevet de pensée juste chez nombre d'intellectuels... Par un florilège de citations, Marc Crapez montre que les penseurs classiques discutaient le bon sens mais le respectaient. Comme Erasme et Descartes, Montaigne doutait que ceux qui éprouvent du dédain pour la connaissance ordinaire puissent accéder à la compréhension savante. Molière raillait la «fausse science» des Trissotin «vides de sens commun». Et Tocqueville préférait les gens simples aux demi-savants vivant en vase clos, «à l'écart du bon sens»...