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Auteur : Jonathan Coe
Traducteur : Josée Kamoun
Date de saisie : 26/07/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Folio
Prix : 8.10 €
ISBN : 978-2-07-044692-6
GENCOD : 9782070446926
Sorti le : 15/03/2012
Maxwell Sim est un loser de quarante-huit ans. Voué à l'échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l'échec à l'âge adulte (sa femme le... quitte, sa fille rit doucement de lui), il s'accepte tel qu'il est et trouve même certaine satisfaction à son état. Mais voilà qu'une proposition inattendue lui fait traverser l'Angleterre au volant d'une Toyota hybride, nantie d'un GPS à la voix bouleversante dont, à force de solitude, il va tomber amoureux.
Son équipée de commis-voyageur, représentant en brosses à dents dernier cri, le ramène parmi les paysages et les visages de son enfance, notamment auprès de son père sur lequel il fait d'étranges découvertes : le roman est aussi un jeu de piste relancé par la réapparition de lettres, journaux, manuscrits qui introduisent autant d'éléments nouveaux à verser au dossier du passé. Et toujours Max pense à la femme chinoise et à sa fille, aperçues dans un restaurant en Australie, dont l'entente et le bonheur d'être ensemble l'ont tant fasciné.
Va-t-il les retrouver ? Et pour quelle nouvelle aventure ? Brouillant joyeusement les cartes de la vérité et de l'imposture, Coe l'illusionniste se réserve le dernier mot de l'histoire, qui ne manquera pas de nous surprendre. Plus d'une génération va se reconnaître dans ce roman qui nous enchante avec un humour tout britannique, bien préférable au désespoir.
Né en 1961, à Birmingham, en Angleterre, Jonathan Coe a fait ses études à Trinity Collège à Cambridge. Il a écrit des articles pour le Guardian, la London Review of Books, le Times Literary Supplement... Il a reçu 1e prix Femina Étranger en 1995 pour son quatrième roman, Testament à l'anglaise (Folio n° 2992) et le prix Médicis Étranger en 1998 pour La Maison du sommeil (Folio n° 3389). La femme de hasard est son premier roman.
Quand j'ai vu la Chinoise et sa fille qui jouaient aux cartes à leur table, au restaurant, avec en toile de fond les lumières miroitant sur les eaux du port de Sydney, je me suis mis à penser à Stuart, et à la raison pour laquelle il avait dû renoncer à conduire.
J'allais dire «mon ami Stuart», mais sans doute n'est-il plus mon ami. Il semblerait que j'aie ainsi perdu quantité d'amis ces dernières années. Non pas que je me sois fâché avec eux, nous avons simplement décidé de ne pas rester en contact. Car c'est bien d'une décision qu'il s'agit, d'une décision consciente : il n'est guère difficile de rester en contact avec les gens, de nos jours, ce ne sont pas les moyens qui manquent. Mais avec l'âge, je crois qu'il y a des amitiés qui paraissent de plus en plus superflues. On se prend à se demander : A quoi bon ? Et c'est là qu'on arrête.
Pour en revenir à Stuart et son problème au volant, il avait dû cesser de conduire parce qu'il était sujet à des bouffées d'angoisse. C'était un bon conducteur, prudent, consciencieux, il n'avait jamais eu d'accident. Mais de temps en temps, au volant, il lui venait des crises ; petit à petit elles se sont aggravées, et rapprochées. Je me souviens du jour où il m'en a parlé pour la première fois ; c'était au déjeuner, à la cantine du grand magasin d'Ealing où nous avons été collègues un ou deux ans. Je me dis que je devais l'écouter d'une oreille distraite, parce que Caroline était à notre table, et qu'entre nous les choses prenaient un tour intéressant ; si bien que je n'avais pas la moindre envie d'entendre Stuart parler de ses phobies au volant. C'est sans doute pourquoi je n'y ai jamais repensé, jusqu'à ce moment, des années plus tard, au restaurant sur le port de Sydney, où tout m'est revenu. Si j'ai bonne mémoire, son problème était le suivant : alors que la plupart des gens qui regardent les voitures passer sur une route à grande circulation ne voient là qu'un système normal et fonctionnel, Stuart y percevait une série d'accidents évités de justesse. Il voyait les voitures se précipiter les unes contre les autres à toute vitesse pour se manquer de peu, phénomène qui se répétait sans cesse, à longueur de journée. «Toutes ces voitures qui frôlent l'accident, me disait-il, comment font les gens pour supporter ça ?» Cette perspective a fini par être au-dessus de ses forces, et il a dû cesser de conduire.
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