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Auteur : Peter Cunningham
Traducteur : Francis Kerline
Date de saisie : 21/06/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.50 €
ISBN : 978-2-07-244878-2
GENCOD : 9782072448782
Sorti le : 08/03/2012
Je l'ai dévoré dans l'après-midi. Oui oui dévoré. Cela veut tout dire...un vrai régal de lecture. Un roman comme j'aime. Là je n'ai rien deviné. Je n'ai rien détesté. J'ai lu chaque mot avec avidité. Quelle belle histoire !
Je ne vous en dirai pas grand chose... Juste que c'est en Irlande, qu'il y a la mer... et qu'un jour un notaire reçoit deux paquets et un testament provenant d'une cliente qui vient de mourir. La très belle Iz. Ces deux paquets contiennent chacun un manuscrit. Il doit les lire et les détruire. Et... et lisez-le ! Lisez-le ! Lisez-le ! Vous l'aimerez cette Iz. D'emblée. Une vraie femme dans toutes ses émotions et ses réactions parfois stupides souvent passionnées. Oh la la je voudrais vous dire pourquoi mais je préfère vous laisser le plaisir de découvrir tout tout tout...
Quel bonheur de lire un très bon roman !
Suite au décès d'une de ses clientes, Dick Caod, notaire de son état, se retrouve dépositaire de deux surprenants manuscrits. Il s'agit moins de deux récits parallèles que d'une plongée dans l'inconscient d'un être obsédé par un secret. La première partie intitulée «Hector» s'ouvre sur l'année 1945 lorsque Iz, une jeune femme au passé énigmatique, arrive à Sibrille, près de la ville de Monument. Elle vient vivre dans le phare du village aux côtés de son époux, Ronnie Shaw. Très peu de temps après leur installation, dont l'origine est entourée de mystères, survient la naissance de son fils Hector. Il est sa seule source de bonheur, alors qu'elle se heurte sans cesse à l'infidélité de son mari. Cependant Hector finit par s'enrôler dans l'armée. Débute alors le second cahier, nommé «Iz». Il revient sur les années qui ont précédé la rencontre avec Ronnie, et révèle le secret qui a conduit Iz à Monument. La délicatesse de l'écriture, la force des descriptions et un charme nostalgique laissent une impression durable.
Peter Cunningham est né en Irlande en 1947. Écrivain et journaliste depuis 1979, il vit actuellement à Kildare. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Trio à coeur, paru aux Éditions Calmann-Lévy en 2000.
1945
J'en avais tellement entendu parler que, comme pour tout ce qu'on attend avec ferveur, je m'étais préparée à être déçue. «Tu es prête ? demanda Ronnie Shaw, et je souris.
- J'espère que ça en vaut la peine», dis-je.
Nous franchîmes une colline, nous nous arrêtâmes et sortîmes. Pour dire le vrai, je fus ébahie par tant de mer et si peu de terre. Sous mon regard, par l'un de ces miracles de la lumière, la mer scintillait comme si toute l'argenterie du monde y était engloutie à fleur d'eau.
«Alors ? demanda Ronnie.
- C'est magnifique.
- Je le savais ! Je savais que tu dirais ça !»
Il me prit par la taille et me souleva dans les airs. «Ronnie !
- Je vois la mer !» cria-t-il en nous faisant tournoyer. Nous hurlions tous deux.
«Ronnie, tu vas me faire tomber !
- Je vois la mer ! cria-t-il encore tandis que je m'accrochais à lui en riant joyeusement. Je vois la mer !»
Aujourd'hui on trouverait étrange - voire inexplicable -qu'une femme de vingt-trois ans n'ait pas vu d'avance la maison et le lieu où elle est destinée à vivre mais, dans l'Irlande d'alors, l'essence était strictement rationnée, les trains irréguliers et l'on n'entreprenait de longs voyages qu'en cas de force majeure.
La voiture de Ronnie, une MG Midget de la fin des années 30, avait couiné et cahoté pendant les six heures de notre périple vers le sud ; à notre arrivée au bord des quais de Monument, toutes les surfaces resplendissaient et rutilaient sous l'effet d'une pluie récente, les averses avaient poli et dynamisé la campagne en damier des alentours, dont le chatoiement reflétait tout le spectre des couleurs de l'été. Quand nous bifurquâmes juste avant le village pour suivre la «levée», la chaussée littorale remblayée, la pluie recommença et l'unique essuie-glace de l'auto balaya le pare-brise avec une détermination féroce.
La vaste propriété des Shaw se dressait derrière le vieux phare dans un jardin foisonnant d'hortensias. Un terrain de croquet aux arceaux blancs parfaits s'étendait dédaigneusement sur un petit promontoire. Quand nous sortîmes, des cris soudains retentirent au-dessus de nous : des mouettes volaient en cercle dans la lumière éclatante. Ronnie porta ma main à sa joue.
«Notre phare, dit-il avec une telle fierté que mon affection pour lui redoubla. Qu'est-ce qui te fait rire ?
- C'est le plus merveilleux phare du monde !» m'esclaffai-je en marchant à son bras sur la levée.
À notre droite, sur de hautes falaises jaunes, un troupeau paissait. L'averse jetait un voile de buée sur les eaux peu turbulentes, de sorte qu'on ne voyait plus de différence entre la pluie et la mer. Ainsi demeurerait la mer pour moi durant mes premiers temps à Sibrille, telle que je l'avais découverte, car, bien qu'elle pût déclencher des fureurs propres à engloutir le phare lui-même ou, le lendemain, rester lisse comme un miroir, elle m'évoqua toujours, l'été, des bruines chaudes et légères.
(...)
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