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Auteur : Oliver Harris
Traducteur : Stéphane Carn
Date de saisie : 27/06/2012
Genre : Policiers
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Seuil policiers
Prix : 21.90 €
ISBN : 9782021075915
GENCOD : 9782021075915
Sorti le : 03/05/2012
Nick Belsey, enquêteur à la brigade criminelle de Hampstead, vient de planter la voiture de patrouille dans un arbre. S'il n'y avait que l'alcool... Couvert de dettes, viré par son propriétaire, mal noté par ses supérieurs, il avance maintenant sur le fil du rasoir. À moins que sa nouvelle mission ne lui ouvre les portes de la fortune : un oligarque russe a disparu. Il lui suffit d'un geste pour rafler sa maison, sa Porsche et ses comptes en banque. Mais petite arnaque deviendra grande, et de l'opulence des belles demeures de Hampstead Heath aux ambitieuses magouilles que l'on concocte à la City de Londres, il n'y a qu'un pas. Que Belsey franchit malgré lui. Et bientôt, son problème n'est plus tant de détourner quelques fonds que de sauver sa peau...
Brillant et profondément original, Sur le fil du rasoir apporte une belle dose de vitamines au polar anglais, en sommeil ces dernières années. Avec un héros dont on ne sait s'il est corrompu ou loyal, mais au charme indéniable, et un superbe portrait de Londres, métropole interlope du XXIe siècle, où le crime d'antan est supplanté par ce qui rapporte vraiment gros : l'escroquerie financière.
Oliver Harris est né dans le nord de Londres en 1978. Après des études supérieures de lettres, il prépare actuellement sa thèse sur la psychanalyse et les mythes grecs, tout en écrivant des articles pour le Times Literary Supplément.
Le texte est vif, documenté, énigmatique. Et l'idée est belle, pour mettre en scène, depuis la City de Londres, le labyrinthe de la finance dérégulée, des sociétés écrans et des paradis fiscaux, que d'avoir imaginé ce bal des fantômes et des vampires insatiables. Le capitalisme du désastre version roman noir.
Le flic de " Sur le fil du rasoir ", d'Oliver Harris, ne rate l'occasion ni de faire de l'argent, ni de boire un coup...
Décalant les codes du roman policier, Sur le fil du rasoir surprend par son rythme et sa maîtrise et séduit par cet antihéros, avatar moderne et politiquement incorrect d'un Arsène Lupin à la sauce british. Surtout, le roman réveille Londres, trop longtemps oubliée comme grande ville de roman noir, capitale d'une mondialisation aussi étincelante que maléfique, où les quartiers financiers ont remplacé les faubourgs coupe-gorge de Dickens.
Hampstead et son fric dormaient à poings fermés en lisière du Heath. Les Mercedes et les gros 4x4, poudrés à frimas, grelottaient sous les platanes devant les immeubles victoriens assoupis. Les rues étaient sombres autour du Starbucks illuminé. Sur East Heath Road, les premiers banlieusards commençaient à descendre vers South End Green. Le constable Nick Belsey entendait leur bourdonnement, atténué par la distance. On distinguait encore le passage de chaque voiture ; il n'était donc pas sept heures. Il sentait sous lui le sol glacé. Il avait de la terre dans la bouche et marinait dans une odeur de sang et d'écorce pourrie.
Belsey reconnut autour de lui le paysage du Heath, le grand parc de Hampstead. Il était couché sous un bouquet de pins, au sommet d'une butte entourée d'ajoncs et séparée du reste du monde par une petite clôture métallique - sûrement pas le pire endroit où chercher refuge, si telle avait été son intention, se dit-il. Son manteau était étendu par terre là où il avait dormi. Une douleur pulsatile, trop diffuse pour qu'il puisse distinguer nettement sa source, lui cisaillait le cou et l'épaule droite. Son souffle répandait un petit nuage dans l'air glacé. Il se remit prudemment sur pied, secoua son manteau et l'enfila avant d'enjamber la clôture pour atterrir dans une prairie humide.
Devant lui, il voyait Londres s'étaler vers les coteaux du Kent et du Surrey. L'horizon commençait à pâlir. La ville avait l'air hébété d'un sans-abri émergeant du sommeil - Camden, puis le West End, et plus loin le «Square Mile» de la City. Il n'avait plus de montre. Il tira de ses poches une serviette tachée de sang et un prospectus pour une secte qui organisait des retraites spirituelles. Mais pas trace de ses clés, de son portable ni de son insigne de flic.
Il dévala lourdement une autre pente boisée jusqu'à un terrain de foot qu'il traversa, et suivit le sentier des étangs. Ses chaussures étaient trempées. Un liquide froid lui glougloutait entre les orteils. Il s'attarda sur le pont, près de la partie profonde de l'étang, cherchant du regard les nageurs matinaux. Personne. Il s'agenouilla sur le ponton de béton et se pencha pour se passer de l'eau sur la figure. Du sang ruissela sur ses mains, agitées d'un tremblement nerveux. Il se pencha de nouveau pour voir son reflet, mais n'aperçut qu'un onctueux mélange d'ombre et de lumière. Deux cygnes le regardaient.
- Salut ! leur lança Belsey.
Il attendit qu'ils aient fait demi-tour et se soient éloignés pour plonger la tête sous l'eau.
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