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Auteur : Claude Mineraud
Date de saisie : 03/05/2012
Genre : Economie
Editeur : la Différence, Paris, France
Collection : Politique
Prix : 15.20 €
ISBN : 9782729119430
GENCOD : 9782729119430
Sorti le : 15/09/2011
L'éditeur Claude Mineraud au micro de Jean Morzadec
En dénonçant le capitalisme financier comme un terrorisme planétaire, Claude Mineraud désigne un système qui engendre la terreur politique - définition du terrorisme attestée depuis 1794, d'après le Robert.
Le capitalisme financier, nous dit-il, est né des faramineux besoins de financement de la haute technologie.
Les capitaux colossaux nécessaires à celle-ci ont entraîné la création d'un marché mondialisé et dérégulé qui a lui-même provoqué un mouvement de concentration et de spéculation autour des entreprises car de telles masses d'argent ne semblaient pouvoir prendre appui que sur des «géants» justifiant d'énormes chiffres d'affaires. En pratiquant le rachat ou l'absorption des entreprises de même type, les grands groupes, constitués en multinationales, et les investisseurs institutionnels, tels les fonds de pension, créent le cadre légal indispensable à une mécanique de fuite en avant exponentielle, tuant ainsi l'économie réelle et capturant les ressources vitales de la planète : l'eau, le pétrole, l'électricité, les terres des pays pauvres qu'ils affament, les condamnant à la misère et aux dictatures les plus abjectes.
Claude Mineraud assiste à neuf ans à la débâcle de 1940. La mort de son père l'oblige à interrompre ses études de philosophie à vingt et un ans et à assurer la survie de sa famille. À vingt-neuf ans, il crée sa première entreprise dans le courtage d'assurance dont le notariat français devient très vite le principal client. Sa position de clé de voûte d'affaires prospères lui permet de mesurer, in situ, les forces de destruction du capitalisme financier.
ENFANT DE NIETZSCHE ÉLÈVE DE THALÈS
Le professeur de philosophie du petit collège de province où j'ai fait mes études secondaires m'a vivement recommandé, le soir où, marchant dans la campagne comme nous l'avions fait si fréquemment, nous allions nous quitter - je rejoignais l'université - de lire La Naissance de la tragédie, le premier livre de Friedrich Nietzsche.
J'ai lu La Naissance de la tragédie.
L'un des traumatismes les plus violents de ma vie, le traumatisme d'une nouvelle naissance.
La révélation fulgurante d'une vision immédiatement perçue comme celle de l'inspiration décisive, jusque-là inhibée par la ligne d'horizon façonnée par l'enseignement. Le choc novateur et exaltant d'un hellénisme qui harmonise au lieu de segmenter et fractionner, qui dépasse la contradiction de l'instinct et de la culture, qui demande à Apollon de contrôler les ivresses de Dionysos, permettant au premier de conserver la noblesse du geste et du regard et, au second, de ne pas mourir de vivre trop.
La fusion de l'homme avec les racines, le tronc et les branches de l'arbre de vie, la découverte ardente et tellement heureuse que l'homme réinvente l'Olympe à chaque cri de désespoir comme à chaque respiration de joie, qu'il est plusieurs fois dieu quand il cherche et réussit, même confusément, à décrypter les pulsions qui le traversent, quand il travaille à tenir à distance leur préhistoire tout en préservant et en aimant en elles l'intensité qui transforme l'anarchie des fantasmes et la virtualité des rêves en une efficacité de bâtisseur. L'intuition décisive des forces qui bouleversent la haute mer, l'abordage des navires qui, maîtrisant la vague, hantent l'au-delà de la perception. Les paupières baissées, s'abandonner à l'eau murmurée et au feu jaillissant et multicolore de la beauté.
En se jetant dans le cratère du volcan le plus dangereux, celui des explosions et des cendres de la vie, Nietzsche a vu ce qu'aucun philosophe avant lui n'avait eu l'audace de scruter, d'approfondir et de saisir.
Si la lave l'a emporté, nous serons de plus en plus nombreux, dans les années à venir, à l'accompagner sur les chemins de la pensée grâce au terrain qu'il a lui-même défriché et ensemencé et, comme Zarathoustra l'avait prédit, à enrichir ses illuminations de nouvelles perspectives.
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un étudiant en philosophie dont le caractère et la réflexion se sont forgés à travers les différents métiers (assurance et conseil patrimonial) qu'il a exercés et qui, aujourd'hui, continue à mener aux Éditions de la Différence, auprès de Colette Lambrichs, le combat culturel, au final politique mais en dehors de toute appartenance politicienne, dans lequel il s'est toujours investi.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Après être resté à prédominance industrielle au cours des trois décennies qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, le capitalisme, surtout après l'éclatement de l'URSS et qu'aient été balayées les oppositions qui auraient pu canaliser ses pulsions, a perdu le fil conducteur du libéralisme en s'enfermant dans un processus de massification mondiale des entreprises. Cette massification a institutionnalisé le «règne de la quantité» par la superposition de strates qui, difficilement assimilables les unes aux autres, provoquent une obésité incontrôlable. Dans le même temps, la recherche incessante et toujours insatisfaite de la maîtrise de tels agglomérats a conduit le capitalisme à financer la mise en place de moyens techniques qui nécessitaient eux-mêmes une technologie de plus en plus pointue. Après avoir été financée par un capitalisme exclusivement soumis au quantitatif, cette haute technologie a pris elle-même le pouvoir sur le système qui l'avait engendrée et utilisé pour l'exercer des opérateurs financiers dont les applications robotisées, fonctionnant à la milliseconde, ont créé une bulle financière qui a asphyxié par ses soubresauts et ses inconséquences l'économie réelle. Ce capitalisme financier soumet à la logique irrépressible de ses engrenages et de ses pulsions de type strictement spéculatif, non seulement les hommes qui lui servent de manettes et de courroies de transmissions, mais aussi les États et leurs dirigeants. Ce capitalisme infecte la planète entière : dans les pays riches dont les gouvernants ou les responsables de grandes entreprises sont devenus des apparatchiks fantomatiques, il génère la peur et l'impuissance, il détruit le tissu et étouffe la créativité des petites et moyennes entreprises ; simultanément, il pille les ressources naturelles des pays pauvres, vouant leurs populations à une effroyable misère.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«La petite flamme peut-elle ne pas s'éteindre, malgré le pullulement, la superposition et le croisement des trafics d'influence, malgré la futilité et la jactance de politiciens affaissés sous le poids du mépris de leur peuple, d'économistes subalternes, de philosophes mondains, de pitoyables et autoproclamés «sociologues» ou «justiciers» du cirque médiatique, de responsables de grandes entreprises, carriéristes et sans projet, tous vecteurs d'un système qui les réduit à un état d'inexistence institutionnalisée en nourrissant temporairement leur égotisme ?» (pp. 131-132)
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Le concert donné par Keith Jarrett à la Scala de Milan, d'où est d'ailleurs tiré le générique des «Rendez-vous de la Différence», l'émission de radio diffusée sur Aligre FM 93.1, le premier dimanche de chaque mois, de 11h à 13h. Chaque émission réunit autour d'un même thème, choisi en fonction des nouvelles parutions, plusieurs auteurs de la maison.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le combat contre le capitalisme financier, à condition qu'on ne replie pas les banderoles après la manifestation pour rentrer à la maison et s'installer, avec l'impression du devoir accompli, devant l'abreuvoir de son poste de télévision.
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