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Couverture du livre Mon tour du

Auteur : Éric Fottorino

Date de saisie : 09/05/2012

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 22.50 €

ISBN : 9782070134199

GENCOD : 9782070134199

Sorti le : 23/03/2012

Eric Fottorino au micro de Jean Morzadec


  • Les présentations des éditeurs : 09/04/2012

Longtemps j'ai rêvé du Monde. J'y serais entré même à genoux ! Depuis mon premier article, paru en 1981 - j'étais encore étudiant -, jusqu'à mon départ, en février 2011, près de trente années se sont écoulées.
Je me souviens de tout. La rue des Italiens, les séances de Bourse au palais Brongniart, mes premiers reportages. Je revois les affamés d'Éthiopie, le visage de Mandela, la trogne de Noriega. Je revois les kolkhozes d'Ukraine, le marché aux grains de Chicago, les élégantes du Viet Nam. J'entends la voix de Jacques Benveniste, qui croyait à la mémoire de l'eau, Jane Birkin parlant de Gainsbourg, tant de silhouettes, tant de reportages. Le journalisme fut mon pain de tous les jours. Je suivis d'un coeur léger ses mots d'ordre : voyager, rencontrer, raconter. Puis recommencer.
Élu directeur, j'ai plongé dans l'aventure collective. Il a fallu garder confiance quand les dettes s'accumulaient, et que le Net ébranlait la galaxie Gutenberg. Il a fallu réinventer ce journal dans l'urgence et la douleur, sans gros moyens, avec la foi du charbonnier. Il a fallu aussi approcher le pouvoir et le tenir à distance. La mer était souvent agitée.
J'ai tout revu, tout revécu. J'ai tout aimé ou presque, sachant avec Cioran qu'il faut parfois avaler l'amer avec le sucré. J'ai quitté Le Monde mais Le Monde ne m'a pas quitté.

É. F.



  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 9 mai 2012

L'auteur a du talent, le sens du croquis, la plume assassine. «On ne devient pas l'ami d'Alain Minc. On est au mieux l'obligé d'un marionnettiste.» A la fin du livre, Fottorino défend sa vérité, bec et ongles. Le récit vire à l'épopée tragi-comique, révélatrice des moeurs du petit monde économico-politico-médiatique. Rude leçon, pour l'auteur comme pour le lecteur.


  • La revue de presse Bruno Frappat - La Croix du 11 avril 2012

Éric Fottorino, dans ce volumineux et passionnant «récit» consacré à ses années Monde, journal qu'il dirigea de 2007 à 2011, donne une des clés du journalisme qui a justifié bien d'autres vocations que la sienne : «Le jeune introverti que j'étais a guéri sa timidité par le journalisme.» Le journalisme comme thérapie, comme drogue, c'est affaire entendue, et l'arrogance que l'on reproche à certains n'est que le masque de carnaval d'une inaptitude répandue à agir. Nous sommes des yeux prolongés par des plumes. Et Dieu sait si celle d'Éric Fottorino, dans sa double capacité de journaliste et d'écrivain, excelle !...
Une galerie de portraits, ébouriffante et sans concession, traverse ce long récit. D'innombrables personnages tournent autour de ce journal, mythe dévorateur qui attire des gens de toutes sortes, des glorieux de toute nature...
Le constat lucide qu'il tire de tout cela, comment ne pas le comprendre : «C'était là mon destin au Monde : y entrer pour ce qu'il était et que j'aimais, le quitter pour ce qu'il était devenu et que je n'aimerais pas, bien que je fusse l'artisan forcé de sa métamorphose.» Il faudrait bien une victime expiatoire pour que le collectif du Monde fasse payer à quelqu'un la perte de l'indépendance, la fin des illusions de plusieurs époques et la vanité, désormais, d'une morgue journalistique autosuffisante. Ce serait lui. On le révoquerait donc, sans le regarder. On le libérerait. Et sa plume aussi, avec ce pavé régalant.


  • La revue de presse Michel Schneider - Le Point du 29 mars 2012

Les scènes politiques de la guerre des Monde n'épuisent pas l'immense intérêt de ce récit presque au jour le jour des années passées dans le quotidien qui est la drogue quotidienne des élites, à la fois honnie et nécessaire : querelles de pouvoir, lâchetés de ceux qui pourtant n'ont rien à perdre que leur honneur, mélange de sournoiserie de bedeaux et de manipulation de gauchistes quand Le Monde tangue entre les écueils du sectarisme et de la complaisance. Fottorino dit son amour pour la liberté de la presse et le journalisme ("l'idée de partir, de découvrir, de transmettre"). Il transmet sa vision d'un Monde cruel où domine la violence matérielle et intellectuelle. Il est rare qu'un homme blessé ne cède ni à la rancoeur ni à la rancune et réponde à ses adversaires sans jamais les traiter en ennemis. Un journaliste, selon Fottorino, doit dire que le roi est nu, ne pas faire de politique, mais exposer dans leur vérité ceux qui la font...


  • Les courts extraits de livres : 03/04/2012

IL ÉTAIT UNE FOIS...

Un matin de 1986, dans la fraîcheur encore vive du mois de mars, le jour se levant à peine, je vis surgir dans une étroite coudée du boulevard des Italiens l'austère façade de l'immeuble du Monde. Mon coeur battait à grand fracas. J'avais mal au ventre et pourtant j'avançais d'un bon pas. Sans doute même courais-je un peu sans le vouloir, déjà aimanté, déjà pressé, attiré aussi par l'oeil cyclopéen de la grosse horloge que dominaient les lettres gothiques du Monde, par les larges aiguilles d'acier plantées telles des banderilles dans la chair du temps. Je savais pourquoi j'étais là. Pourquoi j'avais voulu de toutes mes forces travailler dans un quotidien, dans ce quotidien. Le mot «journaliste» contenait dans sa plénitude le mot «jour». Et c'est ce fil des jours que je voulais remonter à la manière d'un funambule.
La France comptait encore pas mal de journaux d'information. Mais Le Monde était unique en son genre. Parce qu'il était un quotidien du soir (comme alors La Croix et ce qui restait de France-Soir). Parce qu'il était une institution, une référence, la gloire du journalisme, d'un certain journalisme trempé au bain rigoriste d'une sourcilleuse indépendance. Il exerçait un magistère. Il était parfois craint, toujours respecté, il en imposait. Il m'en imposait. Le jeune homme de vingt-cinq ans que j'étais alors, mal assuré de son identité, venait trouver ici une assurance, une reconnaissance en filiation, une forme de renaissance. Ce journal, privilège insigne, allait m'adopter, publier sous mon nom des articles, des reportages. Il allait me prouver que j'existais bien et que j'avais ma place quelque part. Et quelle place ! J'en tremblais ce matin-là. C'était le jour, le grand jour. J'étais journaliste au Monde, et je mesurais déjà l'effet que cette révélation produirait à jamais. «Ah ! vous êtes journaliste ? Et où donc ?» La réponse «au Monde» sonnait, sonnerait toujours comme un coup de cymbale, brillerait comme un talisman, déclenchant chez l'interlocuteur un frisson de respect, d'envie, un empressement à vous raconter, à vous traiter au mieux pour vous gratifier des meilleures informations, celles qu'on obtient par la confiance, la confidence, et la notoriété de son «organe de presse». Souvent il me suffirait, saluant mes interlocuteurs, de dire seulement : «Le Monde», sans même énoncer mon propre nom, pour forcer l'attention.
L'horloge donc. Que chaque journaliste poussant la porte du Monde avalait tout rond pour garder jusqu'au bouclage un chronomètre dans le ventre. Aux murs de chaque service une pendule auxiliaire surveillait l'avancée du travail, et dans le vaste bureau du directeur, au premier étage, un cartel noir et or surmonté d'un angelot armé d'une faucille indiquait que le temps à chaque instant était compté, qu'il faudrait lâcher sa copie dans les meilleurs délais pour ne pas mettre le journal en retard. A midi dernier carat, l'affaire devait être pliée. Le temps était la grande affaire du quotidien du soir qui avait succédé justement au journal Le Temps, interdit de paraître pour faits de collaboration. Le Monde était né sur ses décombres, en décembre 1944, par la volonté du général de Gaulle et grâce au volontarisme sceptique mais inflexible du fondateur, Hubert Beuve-Méry.


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