Correspondant de guerre, Euclides da Cunha raconte la répression, en 1896-1897, du soulèvement de Canudos conduit par son chef mystique Antonio Conselheiro, et il construit un mythe fondateur des plus complexes. Dans ce livre inclassable où le paysage, le climat et la flore sont des acteurs fondamentaux de la guerre, il fait passer le souffle de l'épopée et renvoie dos à dos deux barbaries : le mysticisme retardataire et la modernité aveugle...
«E. da Cunha a écrit un livre baroque. C'est un chef-d'oeuvre. Cinquante ans avant L. Febvre et F. Braudel il nous dit que l'histoire est une géographie et il le dit avec style. (...) Il tient qu'une géographie martyre engendre un peuple martyr.» Gilles Lapouge
«Une traduction en français de ce beau livre qui tient de l'épopée, du traité de géographie humaine, de l'essai d'ethnographie a été publiée, je le regrette car j'allais entreprendre la traduction de ce livre difficile sous le titre de Sauvagerie.» Blaise Cendrars
Euclides da Cunha est né en 1866 dans l'État de Rio. Militaire positiviste, anticlérical, abolitionniste, républicain, libéral et en littérature acquis aux théories naturalistes, il démissionne et devient journaliste. C'est à ce titre qu'il va assister à la campagne de Canudos. Hautes Terres (Os Sertões) sort en 1901 et connaît un succès immédiat. Après cette publication il est nommé à la tête d'une commission d'exploration de l'Amazonie. Le 15 août 1907, il est tué par l'amant de sa femme.
La revue de presse Wajdi Mouawad - Le Monde du 9 février 2012
Hautes terres, d'Euclides da Cunha, écrit entre 1897 et 1901, est une oeuvre phare de la littérature brésilienne. Elle donne naissance au mythe nécessaire pour que tout un peuple puisse soulever les croûtes du silence sur les ecchymoses de la mémoire. Rhizomateuse, elle entremêle les aspects historiques, anthropologiques, poétiques, géologiques et romanesques de son époque. De chapitre en chapitre, ils prolifèrent, s'intercalent, se rappellent les uns aux autres pour mieux cerner l'étonnante identité de ce peuple dont les origines sont dévoilées ici à travers un événement majeur que l'auteur nous relate : la guerre des Canudos...
Des trois parties de ce livre unique, la première est la plus dépaysante. "La terre". C'est elle qu'il faut lire en gardant courage et en ne s'étonnant pas de ne croiser nul humain sur le chemin des pages, puisqu'il ne s'agit que de larges descriptions géologiques de la terre où aura lieu la lutte. C'est magnifique, comme cette averse qui s'évapore dans l'air avant de toucher le sol sous l'effet de la chaleur et remonte vers les nuages pour chuter aussitôt. Elle prouve, au-delà de tout, le pouvoir de la langue sur la complexité des événements : il y aura toujours des mots qui sauront dire la brutalité sublime de la nature, ses sécheresses, ses ruissellements et ses dérives, ses tremblements et ses brûlures, puisqu'ils sont, depuis que la parole existe, métaphore de l'humanité en marche.