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Auteur : Nicholas Evans
Traducteur : Nathalie Cunnington
Date de saisie : 17/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Romans étrangers
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-226-23848-1
GENCOD : 9782226238481
Sorti le : 01/02/2012
Rejeté par des parents trop âgés, placé dans un pensionnat austère, Tom Bedford pourrait être un personnage de Dickens. Sa seule échappatoire : rêver de cowboys et d'Indiens.
Le jour où Diane, sa soeur aînée et star montante du cinéma, épouse Ray Montane, acteur vedette d'une série western, tout semble s'éclairer pour le petit garçon qui part rejoindre le couple en Amérique. Mais à Hollywood, le bonheur est souvent de courte durée...
Il faudra bien des années et un nouveau drame pour que Tom se résolve enfin à affronter ses démons, ses blessures invisibles...
L'auteur de L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux explore, dans ce roman puissant et profondément émouvant, la violence cachée derrière le mythe de l'Ouest américain, la quête désespérée de l'amour et de l'identité, les failles des héros et les conséquences dévastatrices des secrets de familles longtemps étouffés.
«Evans est un formidable conteur. Ses livres sont si captivants qu'on les lit comme on regarde un grand film hollywoodien.»
Daily Mail
Après une carrière de journaliste, puis de producteur et réalisateur de documentaires pour la télévision britannique, l'Anglais Nicholas Evans se lance dans l'écriture. Son premier roman, L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, publié en 1995, a connu un succès international avec plus de 15 millions d'exemplaires vendus dans le monde, roman qui fut ensuite porté à l'écran par Robert Redford. Depuis, il a enchaîné les succès avec notamment Le cercle des loups et Le coeur des flammes. Nicholas Evans vit à Londres et parle parfaitement français. Les blessures invisibles est son cinquième roman.
Comment ne pas être touché par Tommy qui, dans les années cinquante, à l'âge de huit ans, est victime de châtiments corporels dans un pensionnat anglais ? Les descriptions de la cruauté des enseignants, mais aussi de celle des élèves entre eux, rappellent l'atmosphère des romans de Dickens. Cette justesse de ton s'explique facilement quand on sait qu'à cette même époque, l'auteur était lui aussi pensionnaire outre-Manche...
Pas étonnant si, une fois adulte, Tommy reste marqué par les traumatismes de son enfance. Les stigmates du passé éclairent d'une lumière sombre ses difficultés avec sa femme puis avec son fils. Nicholas Evans écrit notamment des pages poignantes sur une relation père-fils houleuse. Et ne boudons pas notre plaisir s'il opte pour un happy end à l'américaine. Une façon de rappeler que dans la fiction, comme dans la vie réelle, la possibilité du bonheur, malgré les épreuves, n'est pas un mythe.
SEMPER FORTIS
LE GARÇON S'AVANÇA dans le couloir, les yeux fixés devant lui sur la croupe large qui, en ondulant, faisait bouger la ceinture à laquelle étaient accrochés des menottes, une matraque et un trousseau de clés cliquetant au rythme des pas du gardien. Il y avait des taches de sueur au dos de la chemise bleue de l'homme qui se frottait sans cesse le cou avec sa main. C'était la première fois que le garçon était autorisé à pénétrer dans cette partie de la prison. Les murs étaient nus, passés à la chaux, dépourvus de fenêtres. Seules des boîtes fluorescentes accrochées au plafond et mouchetées d'insectes morts éclairaient l'endroit. L'air était lourd, chaud, saturé de l'odeur de vieux chou. Au loin, on entendait des voix, des cris, des rires, l'écho du bruit métallique des portes. Quelque part, une radio diffusait le dernier tube des Beatles, «A Hard Day's Night».
D'habitude, les visites hebdomadaires du garçon se déroulaient dans le long couloir jouxtant la salle d'attente. Il était généralement le seul enfant, et les gardes, qui commençaient à le connaître, se montraient gentils et bavardaient avec lui quand ils l'emmenaient jusqu'à l'une des cabines de parloir. Il devait alors s'asseoir devant la séparation vitrée et attendre qu'ils ouvrent la porte métallique du fond et fassent entrer sa mère. Il y avait toujours deux gardes armés. Jamais il n'oublierait le choc qu'il avait eu la première fois qu'elle était apparue, menottée et entravée, dans cette affreuse robe marron, les cheveux coupés court comme ceux d'un garçon. Il avait ressenti une douleur dans la poitrine, comme si on voulait lui arracher le coeur.
En entrant, elle parcourait du regard la rangée de cabines et souriait en le voyant. Le garde la faisait avancer, l'installait sur la chaise en face de lui et lui ôtait ses menottes. Alors, elle embrassait la paume de sa main, l'appuyait contre la paroi vitrée, et il faisait de même.
Mais aujourd'hui, c'était différent. Ils allaient se retrouver dans une pièce seuls tous les deux, sans vitre pour les séparer. Ils pourraient se toucher. Pour la première fois depuis pratiquement un an. La première et la dernière fois.
Suivant le garde, il se retrouva au coeur de la prison, dans un labyrinthe de couloirs en ciment jalonnés d'une bonne dizaine de portes fermées par des barres et des doubles verrous. Celle devant laquelle ils se tenaient à présent était en acier, avec une petite fenêtre en verre armé. Le garde appuya sur un bouton. Apparut alors derrière la fenêtre le visage d'un de ses collègues, une femme cette fois-ci. La porte s'ouvrit dans un bourdonnement. La femme avait de grosses joues luisantes de sueur.
«Alors comme ça, c'est toi, Tommy ?» lui dit-elle en souriant.
Il fit signe que oui.
«Suis-moi. C'est juste à côté.»
Elle passa devant lui.
«Ta mère nous a beaucoup parlé de toi. On peut dire qu'elle est fière. Tu viens d'avoir treize ans, c'est ça ?
- Oui.
- Un ado, quoi. Eh ben. Moi aussi j'ai un garçon de treize ans.
Et c'est pas toujours facile avec lui.
- C'est ici, le couloir de la mort ?»
Elle sourit.
«Non, Tommy.
- Alors c'est où ?
- Ne pense pas à ça.»
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