«Je continue ô mon Pays
ma lente marche de poète
un bruit de chaîne dans l'oreille
un bruit de houle et de ressac
et sur les lèvres un goût de sel et de soleil»
Anthony Phelps est né en 1928 en Haïti, où il contribue à fonder le mouvement Haïti Littéraire. Opposant à la dictature de Duvalier, il connaît la prison et l'exil. Établi à Montréal, il livre une oeuvre de premier ordre qui fait de lui l'un des écrivains haïtiens les plus connus en Amérique. Traduit dans de nombreuses langues, deux fois lauréat du Prix de Poésie Casa de las Américas de Cuba, le voici enfin publié en France.
Le choix de l'éditeur
Qui est Anthony Phelps ? Les uns diront qu'il est l'auteur d'un livre culte, Mon pays que voici, véritable hymne à sa terre natale, Haïti. D'autres verront en lui l'un des grands écrivains de la Caraïbe, exilé au Québec, une figure phare des cinquante dernières années. Pour moi, son second éditeur de poésie en France après Pierre-Jean Oswald, il est aussi un formidable passeur de mémoire, un homme de parole et de coeur, un ami. Nomade je fus de très vieille mémoire... L'anthologie personnelle que nous publions donne à lire le meilleur de son oeuvre poétique. Le livre s'ouvre sur un recueil publié en 1961 et se clôt sur Une plage intemporelle, paru à Montréal en 2011. Entre ces deux dates, une douzaine de titres invitent le lecteur à suivre le fil sans cesse ramifié d'une vie en poésie. Qu'il évoque son enfance heureuse en Haïti ou l'Amérique métisse qui l'a accueilli, qu'il dénonce les dictatures ou célèbre l'amour, Anthony Phelps est le poète d'un chant profond dont le souffle ne s'est jamais épuisé.
Les courts extraits de livres : 11/02/2012
Te voici devant moi comme un fruit mûr à point
gorgée de sève et sans défense.
Il ne suffit que d'allonger la main pour s'en saisir.
Te voici devant moi
comme un fruit trop chargé qui n'attend que de fondre
grappe aoûtée sans bruit à l'ombre des regards.
Et l'appel retentit
du geste tant de fois consommé dans le vide
du geste qui délivre et confirme le germe.
Et tu es là et je suis là.
Voici que je te tiens entre mes bras
comme une amphore
et ta forme ovoïde vibre sous mes caresses.
Voici que mes mains entourent ton visage
délicatement
comme on lève une coupe de cristal.
Écoute
il ne suffit que de frôler
et le verre résonne et le chant se propage.
Voici que l'ombre enrichit le décor
abolit la certitude d'un seul coup
comme le verre qu'on vide entre deux étapes.
L'homme se réfugie à la fausse clarté des lampes
s'entourant de vivantes chairs.
Le silence renaît susceptible de formes
librement dans l'air au ciseau se propose
et l'éternelle chevauchée des sons augmente.