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.. Voyages aux confins du droit : entretiens

Couverture du livre Voyages aux confins du droit : entretiens

Auteur : Jean Benoist | Norbert Rouland

Date de saisie : 04/02/2012

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Presses universitaires d'Aix-Marseille, Aix-en-Provence, France

Collection : Inter-normes

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-7314-0803-4

GENCOD : 9782731408034

Sorti le : 30/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 11/02/2012

Norbert Rouland a été membre de l'Institut Universitaire de France, où il a créé la chaire d'anthropologie juridique (1999-2009). Il est Professeur à l'Université d'Aix-Marseille où il a créé et dirige un Master de droit des activités artistiques.

Jean Benoist, médecin et anthropologie a été successivement chef de laboratoire à l'Institut Pasteur puis professeur aux universités de Montréal et d'Aix-Marseille III

La démarche de ce livre sort de l'ordinaire. Tout d'abord, il dessine les itinéraires de Norbert Rouland et de Jean Benoist, qui confluent vers l'anthropologie ; le premier, à partir du droit, le second venant de la médecine. Ils se situent donc aux lisières de leurs disciplines d'origine, portant sur elles un regard à la fois intérieur et éloigné. Ils nous font partager leurs doutes, leurs certitudes et leurs interrogations. Pour l'essentiel, leurs points de vue convergent. Il leur arrive aussi de différer, ce qu'ils ne cherchent pas à masquer ou éluder. Cela de manière très vivante, puisque la forme choisie est celle d'entretiens, où Jean Benoist questionne Norbert Rouland.
Mais cet ouvrage présente une autre originalité, inhabituelle dans les écrits universitaires. Il montre la subjectivité des choix théoriques du chercheur, et la manière dont les événements de sa vie privée influent sur sa production scientifique. Ces aspects sont en général celés au lecteur. Norbert Rouland a décidé de transgresser cette habitude. Il nous livre les motivations personnelles qui l'ont guidé du droit vers l'anthropologie. Cette franchise donne un caractère humain et souvent émouvant à sa démarche scientifique.


  • Les courts extraits de livres : 11/02/2012

I - Un chemin vers le droit

JEAN - Cette «maison du droit» dont vous parliez, et que, une fois que vous y êtes entré, vous n'avez jamais voulu quitter, vous a-t-elle toujours attiré ? Son choix vient-il d'une vocation, ou d'une empreinte familiale, ou bien de quelques rencontres qui vous ont influencé ? Comment s'est amorcé puis poursuivi l'itinéraire qui vous a lié au droit ?

NORBERT - Quand j'étais enfant, je voulais devenir astronome. Ce qui n'avait rien à voir avec le droit, mais en revanche, je l'ai compris après, pouvait expliquer mon attirance vers l'anthropologie : la quête d'un ailleurs. Sur un plan anecdotique, j'ai retrouvé il y a quelques années le carnet sur lequel ma mère avait noté mes premiers mots : y figurait la formule : «Au revoir». Au fond, ne résume-t-elle pas tout l'itinéraire anthropologique : partir vers Tailleurs pour revenir chez soi, mais autre. Au point que parfois on ne peut plus reconnaître ses proches...
Y a-t-il un ailleurs plus absolu que celui du cosmos ? Au point que nous y cherchons avec espoir des semblables, sinon des identiques : on a répertorié 706 exoplanètes au 9 décembre 2011, dont certaines pourraient peut-être avoir connu le mystérieux enclenchement conduisant à l'apparition d'êtres vivants.
Je pense aussi bien entendu à la physique quantique ; aux trous noirs, ces singularités où le temps lui-même s'inverserait ; à la courbure de l'espace par la gravitation, etc. Je songe également à la fameuse réflexion d'Einstein, s'étonnant que l'univers puisse obéir à des lois, qu'en outre nous sommes susceptibles de comprendre.

Mais pour en revenir à la petite enfance, cette première passion a très vite connu ses limites : une inaptitude radicale aux mathématiques. Après quoi, mon choix s'est porté vers la médecine et plus particulièrement la chirurgie, probablement à cause de son côté théâtral. Mais sans doute aussi de son caractère démiurgique : le chirurgien n'intervient peut-être pas pour créer, mais en tout cas pour façonner un ordre, sauver un organisme du chaos. Une attirance vers l'ordre, donc... Le droit n'était peut-être pas si loin que ça, finalement. En tout cas, une fois de plus la mauvaise fée mathématique a donné un coup de baguette sur mes rêves. J'avais réussi mon baccalauréat de philosophie, en 1966. Je suis donc allé m'inscrire à la Faculté de médecine de la Timone, à Marseille. Là, la secrétaire m'a demandé de quel baccalauréat j'étais titulaire. Sans penser à mal, j'ai répondu : «Philosophie». En quelques secondes, mon destin a été fixé : elle a refusé de m'inscrire. N'oublions pas que c'était l'époque à laquelle les mathématiques commençaient à devenir un moyen de sélection dans les études de médecine...
Que faire ? En tout cas, après le baccalauréat, il fallait choisir. J'avais des certitudes. Certaines positives, d'autres négatives. Mes deux parents étaient juristes. Ils avaient eu la sagesse de ne pas exercer de pressions sur moi, bien que mon père, que j'aimais tant, rêvât de me voir prendre sa suite, d'autant plus qu'il possédait une importante étude d'avoué : après quelques années de droit, je n'aurais eu qu'à enfiler des pantoufles toutes chaudes. J'aurais assez rapidement gagné beaucoup plus d'argent que dans une carrière universitaire. Mais spontanément, à propos de l'argent, j'ai toujours eu en tête la définition de l'Évangile : «Bon serviteur, mauvais maître». Trente ans après, j'y crois toujours. De plus, quelques mois avant le baccalauréat, j'avais ouvert avec une certaine répulsion un Code civil posé sur son bureau. Je ne me souviens plus des articles que j'y ai lus, mais j'en ai retiré la conviction que je n'étais absolument pas fait pour le droit.


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