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.. Mon Pouchkine

Couverture du livre Mon Pouchkine

Auteur : Marina Tsvetaeva

Traducteur : André Markowicz

Date de saisie : 07/02/2012

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Babel, n° 1093

Prix : 6.50 € / 42.64 F

ISBN : 9782330002718

GENCOD : 9782330002718

Sorti le : 08/02/2012

  • Les présentations des éditeurs : 07/02/2012

En février 1937, alors qu'une nouvelle vague de terreur fait disparaître sous la torture des millions de personnes, le pouvoir soviétique célèbre le centenaire de la mort de Pouchkine. "Notre Pouchkine", "Pouchkine le révolté", "Pouchkine le révolutionnaire", tels sont les titres des journaux qui se partagent la une avec les annonces des grands procès. Dans le même temps, en France, toute l'émigration russe se réunit et fête aussi Pouchkine, mais un autre Pouchkine, celui de la Russie orthodoxe, la Russie dite éternelle.
Face au "nous" soviétique et au "nous" orthodoxe, seule, Marina Tsvetaïeva dit "je". Son essai est l'un des plus grands textes jamais écrits sur l'enfance et la littérature. Cette tentative désespérée de rendre du vivant à la vie devait sceller son isolement et son destin tragique.

Née à Moscou en 1892, Marina Tsvetaïeva est l'auteur d'une oeuvre poétique qui a marqué le XXe siècle. De retour en Union soviétique en 1939 après de longues années de séjour en Europe et notamment à Paris, elle et les membres de sa famille sont séparés, arrêtés, déportés. Tous les siens ayant été fusillés, elle se pend en 1941.


  • Les courts extraits de livres : 07/02/2012

Ça commence comme un chapitre du livre de chevet de nos mamans et de nos grand-mamans - Jane Eyre - le mystère de la chambre rouge.
Dans la chambre rouge, une armoire mystérieuse.
Mais avant l'armoire mystérieuse, autre chose : un tableau dans la chambre de ma mère - Le Duel.
La neige, les branches noires des arbustes, deux hommes tout noirs qui en raccompagnent un troisième - ils l'ont pris sous les aisselles - jusqu'au traîneau - et un autre encore, de dos, qui s'en va. Pouchkine, celui qu'on emmène. D'Anthès, celui qui s'en va. D'Anthès a provoqué Pouchkine en duel, c'est-à-dire qu'il l'a attiré sur la neige, et là, près des arbustes noirs et nus, il l'a tué.
Sur Pouchkine, j'ai d'abord appris qu'on l'a tué. Après j'ai appris que Pouchkine est un poète et que d'Anthès est un Français. D'Anthès a détesté Pouchkine parce qu'il n'arrivait pas à faire des poèmes, il l'a provoqué en duel, c'est-à-dire qu'il l'a attiré sur la neige, et il l'a tué - un coup de pistolet dans le ventre. J'avais trois ans, je comprenais que le poète a un ventre et - je pense à tous les poètes que j'ai pu connaître - ce ventre, qui est souvent mal nourri, et dans lequel on a tué Pouchkine, je ne m'en souciais pas moins que de son âme. Le duel de Pouchkine a fait naître en moi la soeur. Je dirai plus : il y a quelque chose de sacré pour moi, dans le mot "ventre" ; même le plus simple "mal au ventre" m'emplit d'une compassion bouleversée qui exclut tout humour. Ce coup de feu, c'est nous tous qu'il a blessés au ventre.
Pas un mot sur Gontcharova - je n'ai appris son existence qu'à l'âge adulte. Aujourd'hui, ma vie vécue, c'est avec chaleur que je salue ce silence de ma mère. Le drame bourgeois avait la grandeur du mythe. D'ailleurs, dans ce duel, il n'y avait pas de triangle. Ils étaient deux : l'unique - et le premier venu. Les deux seuls personnages des poèmes de Pouchkine : le poète - et la foule. La foule, en uniforme de chevalier-garde - a tué le poète. Les Gontcharova, les Nicolas Ier, ils ne manquent jamais.


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