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Auteur : Najwa Merched-Barakat
Traducteur : France Meyer
Date de saisie : 04/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Sindbad, Paris, France
Prix : 19.80 € / 129.88 F
ISBN : 9782330002435
GENCOD : 9782330002435
Sorti le : 08/02/2012
Membres d'une milice qui s'est illustrée pendant la guerre par ses exactions, Louqmane, artificier, l'Albinos, tortionnaire, et Najib, sniper, ont perdu avec le retour de la paix civile tout ce qui faisait leur vie : le plaisir de tuer, de torturer, de violer. L'Albinos fait la connaissance de Salam, une femme du quartier qui ne rêve que de se "caser", mais il est assassiné peu après leurs fiançailles quand est révélé son affreux passé de tortionnaire. Salam se rapproche alors de Louqmane, bien qu'il l'exècre ostensiblement et se plaise à l'humilier, mais finit par perdre ses illusions. Et c'est au tour de Najib, l'ancien sniper fou, de jeter son dévolu sur elle dans une relation sadomasochiste d'une rare violence. Entre-temps, espérant faire rapidement fortune, les trois amis se sont lancés dans la fabrication d'un produit miraculeux censé débarrasser la ville des cohortes de rats qui l'ont envahie...
Ce roman sur l'impossible réinsertion de trois anciens miliciens dont on ne connaîtra ni la confession religieuse ni l'appartenance politique dénonce en fait, bien au-delà de la situation proprement libanaise, aussi bien les horreurs de la guerre dite civile que la logique des rapports de domination homme-femme. Écrit dans une langue crue transgressant tous les tabous, il est certainement l'un des textes les plus audacieux de la nouvelle littérature féminin arabe.
Najwa M. Barakat est née à Beyrouth (Liban) en 1960. Elle vit depuis 1985 à Paris, où elle a fait des études de cinéma et travaillé comme journaliste dans la presse écrite, radiophonique et audiovisuelle. Elle a fondé en 2009 un atelier d'écriture, "Comment écrire un roman ".
Elle est l'auteur de cinq romans en arabe, dont Bas al-awâdim (Le Bus des gens bien, Stock, 2002) et d'un roman en français (La Locataire du Pot de Fer, L'Harmattan, 1997). Une traduction italienne de Ya Salam ! a paru en 2007 chez Epoché.
Dès les premières lignes de ce roman au verbe dru et cru, la folie plane autour de ces êtres sans repères, sinon ceux que la guerre leur a légués, et qui cherchent vaille que vaille à se réinsérer. Mais le peut-on lorsqu'on est né et que l'on a grandi avec pour seul horizon un conflit fratricide ? La réponse de la romancière et journaliste Nawja Barakat est aussi terrible qu'implacable. A l'image des rapports homme/femme qu'elle dépeint sans tabous. Et de tout ce récit hérissé de stupeur et d'effroi.
I
- Ce ne serait pas la ville qui ne se reconnaît plus ? dit un nuage.
- Et qui ne reconnaît même plus les autres ! répondit un deuxième.
- C'est vrai que ses habitants ont perdu la mémoire des larmes ? demanda un troisième.
Et de nombreux nuages s'amoncelèrent, se bousculèrent...
Pour regarder en bas avec curiosité.
II
Les premières heures de l'aube.
Comme si l'aube durait des heures, ou même plus que d'éphémères instants...
Louqmane ouvrit les yeux sur son réveil. Il se retourna dans son lit en mâchant lentement les restes d'aliments coincés dans ses dents. Louqmane n'avait pas besoin de réveil. Il se réveillait toujours quelques secondes avant la sonnerie. Avec hargne. Avec défi. A l'heure qu'il avait choisie. Simplement pour lui montrer que lui, Louqmane, n'avait pas besoin de ses services.
Depuis qu'il avait appris à fabriquer des explosifs, il avait en lui une horloge qui détachait comme une lame tranchante la chair du sommeil de l'os du réveil, à la demande. Il se servait de ses talents pour parader devant les copains. Il relevait avec succès tous les défis. Il atteignait toujours sa cible. A l'instant et à l'endroit voulus.
Fallait bien dire la vérité : si Louqmane avait vécu dans un pays digne de ce nom, peut-être - sans doute - serait-il aujourd'hui général. Si le feu de la guerre qui l'avait nourri avait brûlé encore, sa vie n'aurait pas cessé de couver sous la braise et ses cendres n'auraient pas été dispersées au gré du vent.
Un jour, comme ça, brusquement, on lui avait "coupé" sa guerre comme on coupe une corde, et sa vie s'était abattue, renversée cul par-dessus tête... inerte... comme victime d'un transport au cerveau... Oui, la vie de Louqmane se résumait peu ou prou à ça...
Louqmane palpa sa verge. Allez ! Debout, Camarade. Je te promets une journée pas comme les autres. Il glissa ses doigts sous le membre, le tapota, et le "Camarade" releva doucement le chef. Puis il se rejeta sur le ventre et s'endormit. Le Camarade n'avait pas envie aujourd'hui. Très bien. Louqmane non plus n'avait pas envie. Peut-être l'emmènerait-il chez Marina ce soir. Elle le lui avait bien proposé des dizaines de fois, non ?
(...)
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