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Auteur : Christophe Estrada
Date de saisie : 14/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 9782330002121
GENCOD : 9782330002121
Sorti le : 08/02/2012
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Automne 1776, Aix-en-Provence s'anime : ces messieurs du parlement font leur rentrée, après avoir passé les mois d'été dans leur villégiature. Le chevalier Hilarion, envoyé en mission par le jeune roi Louis XVI pour asseoir son autorité dans la province, retrouve avec plaisir la marquise d'Espinouse, sa vieille tante. Le roi, en signe d'apaisement, vient de rétablir les parlements du royaume.
Les salons, de nouveau, ouvrent leurs portes à une jeunesse que l'on dit plus dissipée, plus insolente, plus violente que jamais. Ce n'est pas le vicomte Hercule de Rognac, qui affiche ouvertement son arrogante supériorité, qui démentira la rumeur.
Mais bien vite, le temps n'est plus aux réjouissances ni aux plaisirs mondains. De la scène de théâtre où triomphe la Vitali, le drame se déplace dans les rues les plus sordides de la cité : le corps de l'amant de la séduisante comédienne, fils d'un parlementaire influent, est découvert dans une impasse où l'assassin s'est plu à une mise en scène particulièrement odieuse. Crime crapuleux ? Vengeance ? Règlement de comptes ? Et si la réponse se trouvait à Toulon, d'où arrive le bruit des frasques des fils de bonne famille qui servent le roi dans les garde-marines ?
Tandis que la noblesse d'Aix enterre ses morts, Hilarion, chargé officieusement de l'enquête, doit affronter un monstre qui le défie en signant ses crimes : les corps sont tous abandonnés dans les lieux les plus répugnants.
Néanmoins, le jeune chevalier Hilarion peut-il compter sur le lieutenant criminel Lebrest, si soucieux de défendre ses prérogatives face à une noblesse qui n'a que mépris pour lui ? La vérité, au demeurant, intéresse-t-elle ce bourgeois à qui ces messieurs du parlement ferment leurs portes ? Après tout, l'assassin ne paraît s'en prendre qu'à ces "aristos", auxquels Pierre, nouveau domestique du chevalier, semble vouer une haine farouche. Un valet rebelle qu'il faudra mettre au pas !
Fort de sa réputation d'investigateur et de duelliste, Hilarion, tout à la fois cruel et précieux, est un personnage bien déconcertant. Dans l'ombre du vieux palais comtal, il découvrira la corruption des coeurs et devra faire face à ses propres démons.
Né à Paris et après une enfance à Grasse, Christophe Estrada entame des études de lettres à Paris (Sorbonne-Nouvelle). Il se consacre à la poésie (quelques publications en revues) et séjourne plusieurs années au Caire, où il enseigne. Il vit actuellement à Reims.
Toulon, le 22 septembre 1776
Le soleil avait depuis longtemps disparu derrière l'horizon quand trois hommes sortirent de l'auberge à l'enseigne des Trois Maures. Le maître des lieux avait fermé la porte derrière eux et soufflé ses bougies et la lanterne éclairant l'entrée. Ils descendirent la rue jusqu'au premier quai. Deux d'entre eux portaient l'uniforme réglementaire des élèves garde-marines. Le troisième était habillé avec élégance. Mais la cravate desserrée laissait pendre avec négligence le jabot et l'une des manchettes était maculée de vin. Dans la rade, une dizaine de vaisseaux, immobiles, élevaient leur mâture vers le ciel étoile. Plus loin, tartanes, brigantins ou chaloupes encombraient le port de pêche. L'arsenal à l'ouest avait cessé toutes ses activités : les forges et les pompes s'étaient tues ; charpentiers et calfats avaient déposé leurs outils. Une vague odeur de goudron poussée par le vent du soir se diffusait dans la ville endormie. Il était tard et ils n'avaient rencontré âme qui vive ; les marins cuvaient entre les bras de filles ou étaient retournés à bord. Pourtant l'homme au jabot s'était retourné deux fois sur le chemin, et d'un rapide coup d'oeil avait, sans succès, fouillé l'obscurité.
- Pourquoi avez-vous conservé vos uniformes ? demanda-t-il mécontent. Les gardes de la sénéchaussée et de l'arsenal peuvent à tout moment nous repérer.
- Rien à craindre. Il suffit d'éviter la rue Trabuc.
- Que diable ! N'avons-nous pas nos épées et plutôt deux fois qu'une ! dit le troisième en se glissant une main entre les cuisses.
- Pense au morceau de choix qui t'attend. Le cul est tendu, rond et serré, et la peau de pêche.
- Où le trouverons-nous ? demanda la troisième ombre.
- Après la rue Bourbon.
A leur droite s'élevait la chapelle de l'école qu'ils longèrent jusqu'au bâtiment de l'horloge, évitant la ruelle qui séparait la corderie du bureau de la majorité. Sur le toit coiffé d'une terrasse, un soldat surveillait nuit et jour l'arsenal et les rues voisines. La rue débouchait sur l'extrémité occidentale du quai, longée au nord par une série de bâtisses basses et décrépies. On disait que certaines servaient de rendez-vous aux dames de la noblesse qui y rencontraient leurs amants. Le quartier silencieux lâchait des odeurs pestilentielles que ne parvenait pas à dissiper l'humidité de la nuit. Les ordures ménagères s'amoncelaient au seuil de chaque porte. Le ruisseau au milieu de la voie charriait ses eaux grasses. L'un des militaires se pinça le nez de dégoût.
- C'est ici !
Le plus grand des garde-marines désigna la maison qui terminait la rue au bout du quai. Plus basse que ses voisines, elle n'était haute que d'un étage.
- Qui l'habite ?
- Un charpentier de l'arsenal et sa famille.
Le deuxième garde tira de sa poche une montre cerclée d'argent et d'ivoire.
- Il ne devrait pas tarder, dit-il.
Les trois hommes s'étaient rangés derrière une pyramide de cordes d'amarrage, épaisses comme le poignet. Soudain, une fenêtre du rez-de-chaussée s'éclaira. Puis la porte s'ouvrit et un adolescent d'une quinzaine d'années sortit. Il s'arrêta sur le seuil, tourna la tête à droite puis à gauche et s'en alla d'un pas nonchalant vers le port. Sa chemise blanche flottait dans la nuit au-dessus d'une culotte plus sombre serrée autour des cuisses.
- C'est lui, murmura l'un des hommes.
- Tu n'avais pas menti ! C'est un joli bougre !
1) Qui êtes-vous ? !
Pour l'état civil, je suis Christophe Estrada. Mais il m'est bien difficile de répondre plus précisément. Par prudence et sans doute par pudeur (ou inversement) j'évite de me poser la question.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Je parlerai plutôt de "thèmes". La filiation et l'identité sont les fils conducteurs de ce roman. Des questions qui travaillent autant l'individu que la société que je décris. Et au-delà, le thème plus traditionnel de la vengeance.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"- La justice, Monsieur, ne s'applique qu'à ceux qui ne peuvent s'y soustraire... Elle les punit car ils n'ont point de parents pour les protéger et leur éviter l'humiliation de l'injustice."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Certains titres de l'album "Yanqui U.X.O" du groupe "Godspeed you ! black emperor", sur lesquels plusieurs pages du roman ont été écrites. Écouteurs sur les oreilles, et accompagnement vocal "maison".... à la grande stupéfaction de mon épouse !
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Peut-être une autre idée du XVIIIème siècle ! J'ai voulu montrer la violence et les tensions d'un monde qui se désagrège peu à peu. Hilarion est à mes yeux le symptôme de ces mutations douloureuses pour une société à laquelle il appartient par ses origines aristocratiques. Je rappelle néanmoins qu'il ne s'agit pas d'un" livre d'histoire" mais bien d'un" roman policier" sur fond historique... !
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