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.. Auschwitz, enquête sur un complot nazi

Couverture du livre Auschwitz, enquête sur un complot nazi

Auteur : Florent Brayard

Date de saisie : 14/02/2012

Genre : Histoire

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : L'Univers historique

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-02-106033-1

GENCOD : 9782021060331

Sorti le : 19/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 14/02/2012

On le sait depuis les procès de Nuremberg : la «solution finale de la question juive» était un secret d'État partagé par les plus hautes élites nazies qui connaissaient pertinemment le sort des Juifs européens déportés à l'Est : la mise à mort systématique, à Auschwitz ou à Treblinka.
Si l'on en croit son Journal, néanmoins, Goebbels constituait une exception. Le ministre de la Propagande avait certes été informé du massacre des Juifs soviétiques puis polonais. Pour autant, il crut pendant longtemps que les Juifs déportés depuis l'Allemagne étaient concentrés à l'Est dans des ghettos, en attendant une future transplantation. Or ils étaient assassinés. Intime de Hitler et figure majeure du régime, Goebbels était-il le seul à ne pas savoir ?
S'appuyant sur une très large documentation, Florent Brayard fait dans cette enquête le pari inverse : la singularité du cas Goebbels invite en réalité à repenser le secret qui entoura Auschwitz. Car les archives révèlent de nombreuses anomalies, passées souvent inaperçues, qui montrent que la «solution finale» fut durablement présentée au sein de l'appareil d'État comme une simple transplantation.
De fait, même dans le Reich nazi, le meurtre de tous les Juifs européens constituait un acte hautement transgressif, que Hitler et Himmler avaient préféré cacher - autrement dit, un complot. La conférence de Wannsee en janvier 1942 ne fut donc pas le moment où ce meurtre systématique avait été révélé : il fallut pour cela attendre octobre 1943 et les fameux discours de Himmler à Posen.
De l'aveu même de l'orateur, tout, ou presque, était alors achevé.

Historien, chercheur au CNRS, Florent Brayard est l'un des meilleurs spécialistes du nazisme et du génocide des Juifs. Il a notamment publié La «solution finale de la question juive». La technique, le temps et les catégories de la décision (Fayard, 2004).



  • La revue de presse Marc Semo - Libération du 2 février 2012

Florent Brayard affine l'analyse du déroulement de la Shoah en dévoilant le black-out initial de la direction nazie, soucieuse de ménager l'opinion sur le sort des Juifs allemands et d'Europe de l'Ouest...
L'étude de Florent Brayard, historien et chercheur au CNRS, veut montrer que le secret entourant Auschwitz et l'extermination fut au début si bien gardé qu'un proche de Hitler comme Josef Goebbels, le patron de la propagande du régime, pouvait encore croire en mars 1942, comme en témoigne son journal, que les Juifs allemands étaient seulement déportés...
Ce silence du début autour de l'extermination des Juifs allemands montre que le régime, même à son apogée, craignait les réactions de son opinion. En octobre 1943, seul Himmler, lors d'un discours à Posen, dévoila devant un aréopage de dignitaires la réalité de la totale extermination, y compris celle des enfants, «car en les laissant grandir, ils auraient pu devenir des justiciers contre nos enfants». De l'aveu même de l'orateur, la Solution finale était déjà alors presque achevée.


  • Les courts extraits de livres : 14/02/2012

Extrait de l'introduction

J'ai quarante et un ans. Un an ou deux encore, le temps d'écrire ce livre, et je ne pourrai faire autrement que le constater : j'aurai passé plus de la moitié de ma vie à travailler directement ou indirectement sur la politique nazie de persécution et d'extermination des Juifs. Étrange et amer constat, en vérité. On le comprendra sans peine (c'est-à-dire qu'on le sentira confusément sans chercher à entrer dans les détails) : il n'est pas toujours facile de travailler sur un tel sujet. Une collègue a eu un jour une expression superbe pour décrire l'influence de ces recherches-là sur celui qui les conduit : tout se passe comme si «l'objet contaminait l'historien, en faisait un être lugubre, vivant dans le mal et dans la mort, interdit des plaisirs de la vie, les grands comme les petits». Sans doute certains d'entre nous font-ils exception, mais il me semble que c'est la règle ou, si l'on veut, le prix à payer. On se dit qu'il est trop élevé, qu'un jour prochain, on changera de sujet. Et malgré tout, on continue. Mais, au fil de cette épreuve au long cours (où l'on doit bien cependant trouver des satisfactions de divers ordres), on parvient parfois à réaménager son approche. On ruse, ou, sans s'en rendre compte soi-même, on s'abuse.
Je travaillais pour ma part à un «essai sur le témoignage des bourreaux». Je projetais de proposer tout à la fois une méthode d'analyse pour ces sources trop importantes pour que l'on continue à les solliciter comme on le fait trop souvent - à la hache - et de revenir sur quelques-uns des sujets historiques ou épistémologiques qui m'intéressent et que je crois, à tort où à raison, centraux. Mais ce qui revenait de manière lancinante était la question suivante : pourquoi Eichmann, lors d'une mission à Minsk en mars 1942, s'était-il approché de la fosse où des unités de polices tuaient des Juifs par milliers, et approché si près que son manteau de cuir en avait été maculé de sang et de fragments de cervelle ? Pourquoi avoir relaté cet épisode qui l'incriminait, alors qu'il n'était attesté par aucun témoin, aucune archive ? Pourquoi un tel récit qui le plaçait au coeur de l'acte de tuer quand, concernant tous les autres sites d'extermination qu'il avait inspectés, il racontait à chaque fois s'être tenu aussi loin que possible de l'endroit où cela se passait ? Le camp de Belzec était désert lors de sa visite ; à Chelmno, il avait refusé de regarder par un oeilleton dans le camion à gaz ; il avait vu les installations de gazage à Auschwitz de l'extérieur, quand elles n'étaient pas en fonctionnement. Que voulait dire Eichmann ou que disait-il malgré lui en racontant si souvent et avec tant d'insistance ce massacre ? On saisit aisément l'enjeu d'une telle question et le défi qu'il y aurait à parvenir à une réponse étayée, ou du moins recevable, dans un univers documentaire irrémédiablement placé sous le signe de la perte, de la lacune.


  • Les courts extraits de livres : 14/02/2012

Extrait de l'introduction

J'ai quarante et un ans. Un an ou deux encore, le temps d'écrire ce livre, et je ne pourrai faire autrement que le constater : j'aurai passé plus de la moitié de ma vie à travailler directement ou indirectement sur la politique nazie de persécution et d'extermination des Juifs. Étrange et amer constat, en vérité. On le comprendra sans peine (c'est-à-dire qu'on le sentira confusément sans chercher à entrer dans les détails) : il n'est pas toujours facile de travailler sur un tel sujet. Une collègue a eu un jour une expression superbe pour décrire l'influence de ces recherches-là sur celui qui les conduit : tout se passe comme si «l'objet contaminait l'historien, en faisait un être lugubre, vivant dans le mal et dans la mort, interdit des plaisirs de la vie, les grands comme les petits». Sans doute certains d'entre nous font-ils exception, mais il me semble que c'est la règle ou, si l'on veut, le prix à payer. On se dit qu'il est trop élevé, qu'un jour prochain, on changera de sujet. Et malgré tout, on continue. Mais, au fil de cette épreuve au long cours (où l'on doit bien cependant trouver des satisfactions de divers ordres), on parvient parfois à réaménager son approche. On ruse, ou, sans s'en rendre compte soi-même, on s'abuse.
Je travaillais pour ma part à un «essai sur le témoignage des bourreaux». Je projetais de proposer tout à la fois une méthode d'analyse pour ces sources trop importantes pour que l'on continue à les solliciter comme on le fait trop souvent - à la hache - et de revenir sur quelques-uns des sujets historiques ou épistémologiques qui m'intéressent et que je crois, à tort où à raison, centraux. Mais ce qui revenait de manière lancinante était la question suivante : pourquoi Eichmann, lors d'une mission à Minsk en mars 1942, s'était-il approché de la fosse où des unités de polices tuaient des Juifs par milliers, et approché si près que son manteau de cuir en avait été maculé de sang et de fragments de cervelle ? Pourquoi avoir relaté cet épisode qui l'incriminait, alors qu'il n'était attesté par aucun témoin, aucune archive ? Pourquoi un tel récit qui le plaçait au coeur de l'acte de tuer quand, concernant tous les autres sites d'extermination qu'il avait inspectés, il racontait à chaque fois s'être tenu aussi loin que possible de l'endroit où cela se passait ? Le camp de Belzec était désert lors de sa visite ; à Chelmno, il avait refusé de regarder par un oeilleton dans le camion à gaz ; il avait vu les installations de gazage à Auschwitz de l'extérieur, quand elles n'étaient pas en fonctionnement. Que voulait dire Eichmann ou que disait-il malgré lui en racontant si souvent et avec tant d'insistance ce massacre ? On saisit aisément l'enjeu d'une telle question et le défi qu'il y aurait à parvenir à une réponse étayée, ou du moins recevable, dans un univers documentaire irrémédiablement placé sous le signe de la perte, de la lacune.


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