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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Mireille Havet
Préface : Béatrice Leca
Date de saisie : 23/08/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : C. Paulhan, Paris, France
Collection : Pour mémoire
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 978-2-912222-21-3
GENCOD : 9782912222213
«Par amour de l'aventure, de l'ombre qui masque et de l'équivoque, j'ai préféré le mardi-gras où l'on pleure sous son masque, à tous les jours, et me voilà grimée pour la vie en pantin que rien ne casse, en fantoche de bois. Horreur ! Puisque tu es si consciente, me direz-vous, ô mes rares amis, pourquoi ne pas t'arrêter, ne pas reprendre souffle, pourquoi ? Parce qu'il est déjà trop tard, ou bien trop tôt, vous dirai-je, parce que je suis contaminée, parce que maintenant l'ennui me terrasse dès que je m'arrête, dès que je me tais, et que la solitude m'est un supplice bien mérité que ma faiblesse et ma lâcheté ne supportent plus ! Il faudrait qu'un être qui ne serait pas un maître d'école m'aime et me sauve par l'amour, par le voyage, par le travail compris et partagé, par l'argent ! Alors je renaîtrais à moi-même et le bon grain reprendrait ! Alors j'oublierais la parade du vice, le sadisme de la souffrance, la morbidité des larmes et des déceptions profondes et soutenues. Mais seule ! je ne peux et je ne veux pas. Je ne peux plus ! et je ne veux plus ! Le manque d'argent continuel fait que je préfère ce milieu louche où l'on nage, où l'or s'attrape comme les maladies, où l'on revend, prête et trafique jusqu'à l'âme.»
28 septembre 1919
Sous une lunaire couverture bleue aux caractères argent, était publié il y a un an le premier volume du Journal de Mireille Havet (1898-1932). Ce fut une révélation. Consacré à une seule année cruciale, 1918-1919, première année de paix à Paris, il marquait au coin d'une certaine euphorie, la découverte d'une écrivaine «hors du placard». Ce vigoureux anachronisme dit simplement la stupéfaction de lire aussi clairement l'homosexualité, sinon assumée (encore un mot injuste) du moins affichée, de l'auteure du Journal et de vérifier à chaque page sa certitude tranquille quant à ses désirs, les plaisirs du corps et les désarrois du coeur. Le deuxième volume, celui des cinq années suivantes, 1919-1924, est nettement moins gai. Non que les pulsions de Mireille Havet se fassent moins claires. Au contraire, elles sont toujours là, de plus en plus fortes et précises, de plus en plus figuratives. Elles deviennent l'obsession majeure, contradictoire, tordue entre l'envie d'aimer une seule et le désir de faire mal en aimant toutes les autres. L'autre objet de ce Journal est l'écriture et le troisième, qui va tout envahir de ses vapeurs entêtantes, c'est la drogue. Généreuse trilogie, qui peu à peu décharne le texte d'autres préoccupations...
Rongée par la cocaïne, la tuberculose et le désespoir, elle est morte en 1932, dans un sanatorium de Montana. Elle avait à peine 34 ans. Mireille Havet a vécu très vite et très libre, sans s'épargner ni s'aimer, en se détruisant méthodiquement. Elle ne voulait pas vieillir... A la fin de l'adolescence, déjà elle avait perdu toutes ses illusions. Son père suicidaire avait sombré dans la folie à l'asile d'Epinay. Et son ami Apollinaire comptait parmi le million et de demi de soldats tombés pour la patrie. Mireille Havet entrait dans la vie entourée de cadavres d'hommes... Lorsque Claire Paulhan a publié, il y a deux ans, le premier volume de ce «Journal», ce fut un choc : il s'était donc trouvé, au début du siècle dernier, une garçonne pour raconter en détail ses aventures saphiques. Le deuxième couvre les années 1919-1924. Mireille Havet passe ses journées au Récamier et ses nuits à se faire «traiter en homme» par les femmes. Elle aspire la fumée noire de l'opium «à goût de châtaigne cuite et sucrée» et suce «de la coco comme un bonbon». Elle aime Marcelle Garros, Madeleine de Limur, et d'autres encore. Elle dit qu'elle a déjà épuisé tous les corps de femmes, toutes les débauches de la chair, tous les stupéfiants, tous les alcools, tous les voyages dans le Sud, et qu'elle n'a plus rien à espérer. Elle écrit que l'orage est en elle. Elle se sent «damnée». Elle se trouve «une âme d'assassin». Elle promet d'être «abracadabrante jusqu'au bout»...
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