Dans sa course jusqu'au pouvoir, il franchit tous les obstacles avec une aisance qui impressionna jusqu'à ses adversaires. Passé les portes du palais de l'Élysée, il parut soudain n'être plus capable d'en vaincre aucun. Sans détermination claire, sans disposition à la cohérence ni aucune idée du collectif, son crédit s'effondra brusquement, ce qui anima sa rancoeur et ne servit en rien notre liberté. Il estima trop l'intrigue et considéra trop l'argent. A aucun moment il ne sembla capable d'atteindre cette hauteur qui distingue le grand homme du commun. Dans les affaires étrangères, il tomba dans des imprudences ; dans celles du pays, il commit des injustices. La continuité des projets de la patrie parut en quelques mois une chose au-dessus de ses capacités. Chacun comprit vite qu'il avait plus de ruse que de bon sens, plus de goût pour la force que de passion pour l'honneur, plus de précautions pour les intérêts particuliers que d'attentions pour le bien public, plus de désir défaire que de capacité à faire. En toute chose, il arriva trop tard, réveille-matin rouillé d'une modernité vieillotte. Il faut qu'il parte.
S. L.
Romancier et essayiste, Sébastien Lapaque a dernièrement publié chez Actes Sud Les Identités remarquables (roman, 2009) et Au hasard et souvent (journal, 2010).
Les courts extraits de livres : 01/02/2012
Extrait de la préface à la deuxième édition
Hélas, je n'ai pas à me corriger. Lorsque ce livre a été publié à Paris en avril 2008, des journalistes se sont appliqués à lui trouver des défauts. Celui-là a jugé qu'il était l'oeuvre d'un traître ; celui-ci l'a soupçonné de vouloir renouer avec le collectivisme ; cet autre a estimé qu'il ignorait le caractère protéiforme des convictions du maire de Neuilly devenu président de la République et capable, selon les nécessités de l'instant, de se faire libéral, gaulliste, jacobin étatiste ou girondin européiste. Et pourquoi pas physiocrate ou planificateur pendant qu'on y est ?
Quatre mois après la parution d'il faut qu'il parte, la crise des subprimes aux États-Unis et la décomposition financière afférente ont laissé croire aux philistins que les démonstrations de ce livre étaient caduques. A entendre certains, les hommes et les femmes au pouvoir en France avaient assez de passé et de pensée derrière eux pour oublier leurs rêves de révolution libérale et chercher les moyens d'arraisonner la Grande Machine devenue folle. Dans un discours écrit à la plume d'oie par Henri Guaino, (...)