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Auteur : Claude Pujade-Renaud
Date de saisie : 06/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Babel, n° 1091
Prix : 8.50 € / 55.76 F
ISBN : 9782330002725
GENCOD : 9782330002725
Sorti le : 29/01/2012
C'est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d'une force et d'une séduction remarquables. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l'ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le "braconnier " Ted dévore la vie. Bientôt ses amours avec Assia Wevill vont sonner le glas d'un des couples les plus séduisants de la littérature.
Réinventant les voix multiples des témoins - parents et amis, médecins, proches ou simples voisins -, Claude Pujade-Renaud porte sur ce triangle amoureux un tout autre regard : elle traverse les apparences, dévoile les déchirements si mimétiques des deux jeunes femmes, déchiffre la fascination réciproque et morbide qu'elles entretiennent, partageant à Londres ou à Court Green la tumultueuse existence du poète.
L'ombre portée des oeuvres, mais aussi les séquelles de leur propre histoire familiale donnent aux destins en miroir des "femmes du braconnier" un relief aux strates nombreuses, dont Claude Pujade-Renaud excelle à lire et révéler la géologie intime.
Nouvelliste et romancière, Claude Pujade-Renaud a reçu le grand prix de la Société des gens de lettres en 2004. La quasi-totalité de son oeuvre est disponible chez Actes Sud.
ZOO
Londres, octobre 1955
Le zoo de Regent's Park est en émoi. L'homme aux allures de bûcheron, toujours vêtu de noir, quitte la plonge de la buvette. Sa journée de travail est terminée. Il allonge le pas, fauve sortant enfin de sa cage. Avant la fermeture - dans une demi-heure -, il accomplit rituellement le tour des enclos. Et la rumeur frémit, grossit. Le zébu le dit à l'émeu, et l'émeu au gypaète, et le gypaète à la girafe, qui transmet au buffle, qui transmet au boa : Attention, c'est un prédateur ! Amplifiées par les perroquets, les criailleries se faufilent entre les barreaux, sous les feuillages, dans le bassin des otaries, dans l'odeur rauque de la fauverie.
L'homme s'arrête devant le jaguar. Qui n'a pas peur. Ils se regardent, longuement. S'estiment. Une coulée dense. Une verticalité puissante. L'homme se détourne, s'assoit sur un banc, tournant le dos à la bête tachetée. Il sort un carnet de sa poche (à gauche elle est déformée par un morceau de cheddar et un quart de brandy ; à droite par un galet, un couteau et un tome de Shakespeare). Le jaguar bâille. Avant de partir, l'homme relit ce qu'il vient d'écrire : Les poèmes sont des animaux qu'il faut traquer et capturer.
GALOP
Cambridge, 12 décembre 1955
Sam avait beau être un étalon, il ne cherchait pas à manifester sa puissance. Lorsqu'il était parti en balade avec cette fille inconnue, sur une petite route de terre proche de Cambridge, il s'attendait à une promenade de santé, décontractée. La fille, ce fut très vite évident, ne connaissait rien aux chevaux. Dix minutes après le départ, Sam s'était légèrement dégonflé, comme à l'ordinaire, et la cavalière n'avait même pas ressanglé. Il avait sitôt compris : une novice, ignare. Elle laissait les rênes longues puis, par à-coups, tiraillait dessus. Nerveusement, mais sans brutalité. Bien incapable de transmettre le moindre message... Sam laissait faire, amusé. Après avoir tourné l'angle d'un bois, il avait pris le trot, rien de saccadé, juste un petit trot, histoire de s'échauffer. La fille bringuebalait, tressautante, tour à tour molle et crispée. Au moindre écart, elle chuterait. Mais Sam, ce jour-là, était d'humeur aimable, fair-play. Il n'amorça aucune incartade. Négociant en douceur un virage, il s'engagea dans l'allée cavalière traversant le bois. Une belle allée, rectiligne, au sol souple, idéale pour lancer le galop. Sam ne s'en priva point, sans violence ni malignité cependant. Aussitôt la selle, dont les sangles n'avaient pas été resserrées, tourna, et la cavalière avec. Par un invraisemblable miracle, elle parvint à s'accrocher. Au poitrail par les jambes, à l'encolure par les bras. Surpris par l'incongruité de la situation, Sam coucha les oreilles, accéléra légèrement.
(...)
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