Pour oublier un chagrin d'amour en même temps que pour échapper à un climat familial destructeur, Patrick Oxtoby, jeune mécanicien, s'exile dans la solitude d'une petite ville côtière d'Irlande. Il prend pension chez Bridget, veuve quadragénaire qui entretient avec ses deux autres locataires du moment un inoffensif marivaudage auquel le taciturne jeune homme n'est, pour sa part, guère rompu.
Conscient qu'il joue sa deuxième chance, Patrick tente de se faire accepter : de Bridget, qui souffle le chaud et le froid ; de son nouveau patron, méfiant, qui le met à l'écart ; de Georgia, la serveuse, qui rejette ses avances. Autant d'échecs minuscules qui ont bientôt raison de sa bonne volonté.
Une petite soirée festive organisée par Bridget déclenche la catastrophe : heurté dans les sentiments inconscients qu'il éprouve pour cette femme, écoeuré par la vulgarité masculine et l'accablante veulerie féminine dont il est témoin ce soir-là, Oxtoby opère un tragique passage à l'acte. En prison l'attend à présent une nouvelle descente aux enfers.
Récit de l'échec infligé à un individu dans sa tentative désespérée pour changer de vie, C'est ainsi brosse le portrait d'une société sans pitié à l'égard d'individus que leurs affects meurtris privent de langage et, dès lors, de toute possibilité de rencontrer enfin l'Autre, faute de savoir créer un lien avec leurs semblables.
Née en 1968 à Londres, de parents irlandais, M.J. Hyland a longtemps vécu en Australie et a exercé la profession d'avocate. Elle vit aujourd'hui à Manchester. Chez Actes Sud ont déjà paru : Le Voyage de Lou (2005 ; Babel n° 1092) puis Dans tes yeux (2006), chaleureusement salué par J. M. Coetzee et finaliste du prestigieux Man Booker Prize 2006.
Les courts extraits de livres : 01/02/2012
Je pose mes sacs sur le pas de la porte et je frappe trois coups. Je ne tambourine pas comme un flic, mais ce n'est pas non plus comme si j'avais honte de frapper.
La lumière du porche s'allume et la propriétaire ouvre. Elle est plus jeune et plus jolie que je ne m'y attendais.
- Bonsoir, dis-je. Je suis Patrick.
- Je n'y croyais plus.
Il est dix heures passées et j'avais dit que je serais là à six heures. La bouche sèche, j'essaie de sourire, aussi aimablement que possible.
- J'ai raté la correspondance.
Je ne voulais pas mentir, c'est elle qui m'y a obligé.
- Entrez donc.
Nous nous faisons face dans l'entrée. Moi, dos à la porte, elle, dos à l'escalier. Il faudrait que je dise quelque chose mais rien ne vient. Je repose mes sacs et mes mains pèsent des tonnes au bout de mes bras.
- Il va falloir attendre demain pour rencontrer les autres pensionnaires, dit-elle. Ils sont sortis.
Elle attrape ses longs cheveux bruns et les ramène par-dessus son sein gauche à la manière d'une écharpe.
- Je vais vous débarrasser de votre manteau, dit-elle.