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.. Goudemalion : Jean-Paul Goude, une rétrospective

Couverture du livre Goudemalion : Jean-Paul Goude, une rétrospective

Auteur : Collectif

Date de saisie : 31/01/2012

Genre : Arts

Editeur : La Martinière, Paris, France

Prix : 40.00 € / 262.38 F

ISBN : 9782732447377

GENCOD : 9782732447377

Sorti le : 03/11/2011

Jean-Paul Goude, au micro de Jean Morzadec


  • Les présentations des éditeurs : 31/01/2012

Jean-Paul Goude est l'un des «faiseurs d'images» les plus brillants de notre époque.

De sa collaboration avec le magazine new-yorkais Esquire, à son dernier travail pour les Galeries Lafayette, Goude a constamment surpris et provoqué, bouleversant les codes publicitaires avec entre autres, ses images inoubliables de Grace Jones. Goude a ainsi dirigé les campagnes de Chanel, Perrier et Kodak... On se souvient aussi de l'extraordinaire chorégraphie pour la Parade du Bicentenaire de la révolution française.

Sexy, irrévérencieux et plein d'humour, ce livre pétillant d'énergie créative, rassemble la plus grande collection jamais vue sur son oeuvre : croquis, peintures, extraits de magazines, story-boards, documentation pour la conception des spectacles...

Environ 600 images, dont beaucoup sont inédites, y sont présentées, mises en page par Goude lui-même.

En parallèle du lancement de l'ouvrage, une rétrospective sera présentée au musée des Arts Décoratifs à Paris, du 9 novembre 2011 au 25 mars 2012.


  • Les courts extraits de livres : 31/01/2012

GOUDEMALION

par Edgar Morin

Jean-Paul Goude a, par sa mère, du sang culturel du Queens et de Broadway. Mais il n'est pas seulement new-yorkais par cette ascendance. Il l'est aussi comme le sont devenus depuis les années 1960 tant de jeunes Français, par attraction, fascination pour la Ville des Villes, et qui sont devenus eux-mêmes new-yorkais à New York. Il est même hyper-new-yorkais, ce que ne peuvent être les New-Yorkais de New York, chacun enraciné dans sa communauté, son quartier, sa zone d'origine. Ce sont des jeunes venus du vieux continent qui, eux, plongent et surfent dans les différents New York - Village, Harlem, Bronx, etc. - et copulent avec la ville dans sa multiplicité inouïe qui en fait le microcosme de notre monde. La marque simultanée de tous ces New York qui constituent New York incite à une vision des choses et à un art de juxtapositions, assemblages, patchworks, rencontres aléatoires et néo-surréalistes. (Car le surréalisme vit à New York, comme vision, passion et ethos spontanés, il sort de tout et de rien, des rues, des façades, des bars, des shows, des têtes somnambules qui dans le métro se frontent sans se regarder.) Comme l'a dit Héraclite, «le plus bel arrangement est semblable à un tas d'ordures assemblées au hasard». C'est là le principe inconscient de l'art new-yorkais. Goude est un artiste dont l'art s'est formé à New York. Puis il a continué ailleurs, ici, un peu partout. C'est l'artiste post-new-yorkais.

La formation new-yorkaise incite à se fier à son imagination, à exprimer ou traduire ses fantasmes apparemment les plus bizarres, à ignorer les canons esthétiques admis. C'est cela qui a permis à la très riche (parce que toujours irriguée par les rêves d'enfance et les fantasmes d'adolescence) imagination de Jean-Paul Goude de le guider pour qu'il la guide à son tour vers sa réalisation. «Il réalise ses fantasmes», dit-on. Mais il les réalise en utilisant dessin, design, photo, tissus, habillages, fards, chair, mouvements du corps, et enfin surtout le corps lui-même. Il travaille en combinant artefacts et êtres de chair. II réalise dans l'éphémère, pour l'éphémère, mais l'impression de cet éphémère devient durable et permet l'entrée au musée de ce qui, à l'origine, était contraire à toute muséification. Mais c'est aussi sans doute parce qu'à l'origine le mot musée signifiait «temple des muses» : effectivement, les oeuvres les plus marquantes de Goude sont nées de la sacralisation de ses muses devenant, sous l'effet de son travail, mythes. Goude a transfiguré les femmes qui l'ont transfiguré. Elles irradiaient déjà d'elles-mêmes une aura fabuleuse. Elles étaient déjà, par quelque aspect, divines. Mais ne pensons pas que Goude fut leur Pygmalion qui civilisa des beautés sauvages en leur apportant la bonne éducation. Au contraire, il a révélé la sauvagerie et l'animalité tout en sacralisant et exaltant leurs corps et visages divins. Le Pygmalion légendaire était un roi de Chypre qui sculpta une statue à laquelle Aphrodite donna vie, puis qui épousa cette créature. Goudemalion, lui, sculpte une statue à partir de la femme qu'il épouse. Mais il n'en fait pas une statue de pierre, il en fait plus qu'une statue de chair douée d'âme, il en fait un être mythique où se transfigure la substance vivante, sans cesser d'être vivante, en créature de rêve et de légende. Ainsi Goude transforme et transfigure ses fantasmes, qui tournent tous autour du même trou noir de beauté féminine : il les transfigure en mythe. Et s'il réussit trop bien, alors il échoue : la femme réelle refuse cette sorte de «statufication» que lui confère le mythe, et elle se sépare de Jean-Paul Goude. Ainsi en est-il dans la vie, où le ratage et la réussite n'ont pas de frontières.

Pour exprimer le sentiment que me donne cet apport mythologique de Goudemalion, je ne peux que citer cette phrase de Georges Bataille : «La vie se joue... Ce qui n'était que figure de rêve devient le mythe. Et le mythe vivant, le mythe-mensonge figure la destinée et devient l'être.» Cette phrase est extraite de l'Apprenti Sorcier, terme qui, au sens littéral, convient très bien à Jean-Paul Goude.


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