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Auteur : Antonio Pennacchi
Traducteur : Nathalie Bauer
Date de saisie : 15/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Liana Levi, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-86746-585-7
GENCOD : 9782867465857
Sorti le : 05/01/2012
Les Peruzzi : dix-sept frères et soeurs, une tribu. Des paysans sans terre, tendance marxiste, à la tête dure et au sang chaud. Parce qu'un certain Benito Mussolini est un ami de la famille, ils abandonnent le rouge pour le noir. En 1932, avec trente mille autres affamés, ils émigrent dans les marais Pontins, au sud de Rome, où démarre le chantier le plus spectaculaire de la dictature. Huit ans sont nécessaires pour creuser un gigantesque canal, assécher sept cents kilomètres carrés de bourbiers infestés de moustiques et bâtir des villes nouvelles. Enfin, les Peruzzi deviennent propriétaires de leurs domaines. Mais tandis que l'histoire emporte les aînés dans le tourbillon des conquêtes coloniales et de la Seconde Guerre mondiale, au Canal, les abeilles d'Armida, l'ensorcelante femme de Pericle, prédisent un sombre avenir.
Entre chronique et farce, Pennacchi signe un roman époustouflant où la saga d'une famille sur trois générations croise un demi-siècle de l'histoire italienne.
Antinio Pennacchi est né en 1950 à Latina, la première ville édifiée dans les marais Pontins, au sein d'une famille qui inspire toute son oeuvre. Expulsé du MSI (le parti néofasciste) à l'âge de dix-sept ans, il s'engage dans différents courants d'extrême gauche. Ouvrier en usine pendant trente-cinq ans, il reprend des études après son licenciement et publie neuf livres dont Mon frère est fils unique, adapté au cinéma en 2007. De Canal Mussolini, lauréat du prix Strega 2010, il dit : «Ce livre est la raison pour laquelle je suis venu au monde.»
C'est l'aventure d'un pays qui tourne parfois à la commedia dell'arte, où les voyous séduisent les femmes les plus belles et les enfants les plus naïfs. Antonio Pennacchi (né en 1950) en a fait un western familial dont il est l'ultime rejeton, né pour raconter un monde qui rêvait d'égalité sociale et se retrouve en guerre du côté de Hitler et des lois antijuives. Il fallait du culot, et un vrai talent de conteur, pour oser dire l'inavouable, et en outre rendre hommage au monde paysan. Pennacchi a obtenu en 2010 le prestigieux prix Strega pour ce Canal Mussolini : une sorte d'Autant en emporte le vent à l'italienne, où Scarlett se prénomme Armida et sait dresser les hommes politiques comme ses enfants et ses abeilles...
Antonio Pennacchi raconte avec style la condition de milliers d'italiens poussés par la misère à suivre Mussolini dans ses folies...
De l'exode des Peruzzi, les "bouffeurs de polenta", Pennacchi a fait une sorte de western, une épopée pathétique au bout de laquelle ils seront dispersés par la Seconde Guerre mondiale, entre l'Afrique et l'Europe. Au-delà de leur histoire, c'est l'Italie du Duce, ses illusions et ses égarements idéologiques que dépeint Canal Mussolini, avec une précision remarquable.
Canal Mussolini, prix Strega 2010, raconte comment la famille Peruzzi s'est retrouvée fasciste au lendemain de la Première Guerre, comment elle a déménagé définitivement en 1932, a quitté le Nord pour s'installer dans les marais Pontins, où, grâce au Duce, il lui fut permis, pour la première fois de son existence, d'être propriétaire de ses terres. C'est une épopée qui se termine avec la naissance du narrateur, après la Seconde Guerre...
Tous les courants, des réformistes aux syndicalistes révolutionnaires, et aux socialistes que sont d'abord Mussolini et les siens, sont présentés, expliqués. Le gouvernement de Giolitti (censé avoir inventé la démocratie chrétienne), l'affaire Matteoti, les guerres coloniales et les autres, la relation de Mussolini avec le roi («Bon, occupe-toi du gouvernement»), avec Hitler («D'accord, Dolph, on rest'ra à l'écart»), l'arrivée des Américains, qui apportent «la liberté et la démocratie, je n'ai pas dit le contraire», mais surtout le DDT : les événements sont passés au crible de la sagacité et de la drôlerie populaires, via le regard d'un narrateur qui n'a pas qu'une vague idée de la dialectique. Mais qui, jamais, ne dévie de son chemin.
On a souvent dit qu'il y avait 45 millions de fascistes en Italie pendant la guerre, et qu'il y a eu 45 millions d'antifascistes au lendemain du conflit. Se souvenir de cela, le raconter au plus près, est-ce cela qu'on appelle révisionnisme ?...
Et puis le lecteur est assez avisé, me semble-t-il, pour avoir sa propre vision des choses, quitte à corroborer sa lecture par d'autres textes. C'est le mérite d'un bon livre que celui de susciter une réaction, de pousser à chercher un peu plus loin. La littérature n'a pas à se plier au politiquement correct. Ce "beau danger", comme le disait Foucault, pour les écrivains comme pour les lecteurs, reste l'une de nos plus belles libertés.
Dans cette fresque épique et picaresque - qui adopte parfois les tonalités de la légende ou celles d'un réalisme magique typique de la tradition paysanne -, l'histoire des Peruzzi croise celle de Mussolini, de ses origines révolutionnaires jusqu'à sa chute, en passant par son alliance avec Hitler. Sauf qu'ici l'Histoire est toujours proposée à la manière des montreurs de marionnettes, jamais en manque d'ironie et de raccourcis burlesques. Surtout, à la vérité historique, Pennacchi préfère systématiquement la mémoire personnelle...
Ce que l'auteur fait apparaître en tout cas dans Canal Mussolini, c'est qu'à l'époque une partie de la population italienne s'opposait à une autre - fascistes contre antifascistes. A cet égard, le livre renvoie aux travaux des historiens italiens qui, depuis une vingtaine d'années, en introduisant l'idée de guerre civile, visent à sortir du mythe fédérateur de l'après-guerre selon lequel le pays se serait soulevé massivement contre le régime. Notons que tous ces débats n'ont pas nui au grand succès de ce roman, que le journal italien Il Corriere della Sera n'a pas hésité à qualifier de "livre magnifique".
Il faut reconnaître cela à Pennacchi : prendre pour sujet un succès de l'agronomie moderne est culotté. Son coup de génie est d'en faire une version transalpine de la conquête de l'Ouest, entre humour et burlesque. D'en faire un western spaghetti sophistiqué. Ou plutôt un western polenta, en référence au plat des Italiens du Nord...
Il faut savoir gré à Antonio Pennacchi, ex-ouvrier néofasciste, de raconter avec autant de subtilité l'histoire du régime, depuis les origines, où prolétaires agricoles et syndicalistes révolutionnaires, tous anciens combattants traumatisés par la grande boucherie, communiaient dans le culte du Fascio, jusqu'à la déroute finale, sous les décombres de la république de Salo. Et de ne rien omettre des ridicules, des dévoiements, de la brutalité, mais aussi des espoirs du règne du Duce. Enfin, il faut donner un coup de chapeau (de paille) à Nathalie Bauer, la traductrice. Quel bel exploit que de conserver toute sa vivacité et sa drôlerie à ce roman...
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