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Auteur : Gérard Oberlé
Date de saisie : 08/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-246-79071-6
GENCOD : 9782246790716
Sorti le : 01/02/2012
De longtemps, je chéris les livres, les vins, les cigares, les chiens et les vauriens. Jamais je n'ai eu à me plaindre de ces préférences, car j'ai largement été payé de retour, ce qui n'eût peut-être pas été le cas si je m'étais passionnément adonné aux duchesses, minets, cigarettes, whiskies et petites sauterelles. Que votre maman vaque en paix, adorable Emilie, aujourd'hui je me bornerai à vous transmettre le virus des livres.
Pendant plusieurs années, Gérard Oberlé a correspondu avec Emilie, jeune élève d'un collège dans lequel il était venu présenter ses livres.
Lettre après lettre, sur un ton bienveillant, intime et complice, l'écrivain aborde à sauts et à gambades toute sorte de sujets : ici l'amour, là le tutoiement, là encore le latin, le gigot ou l'été...
Ce sont des leçons de vie, des lettres sur le vice, c'est une éducation facétieuse et un autoportrait éclaté.
Un roman épistolaire hubilatoire.
Gérard Oberlé est l'auteur chez Grasset de Retour à Zornhof (Prix Découvertes Le Figaro Magazine, Prix des Deux magots, 2004), Itinéraire spiritueux (Prix Mac Orlan, Prix Edmond de Rotschild, Prix Rabelais, 2006), d'un recueil de chroniques musicales (La vie est ainsi fête, 2007), et des Mémoires de Marc-Antoine Muret (2009). Expert en livres anciens, il est aussi chroniqueur à Lire.
Il vagabonde, brocarde, s'attendrit, prodigue sa folle érudition, manie la langue avec de salutaires audaces et surtout jamais ne sépare l'esprit du corps...
Ce festin aux goûteuses saveurs autobiographiques est un ravissement.
Chacune des chroniques qu'a livrées Gérard Oberlé du printemps 2004 à l'automne 2010 est une pièce d'horlogerie unique et inimitable où, au mot et au signe de ponctuation près, entrent autant de science que de fantaisie, chacune empêchant l'autre de prétendre à quelque avantage abusif. A présent réunies, elles ne font que mieux miroiter l'arrière-plan autobiographique, l'étendue et l'inattendu d'une érudition toujours sollicitée à propos, la poésie, la sensualité, la férocité et la touchante gratitude du moins pédant, quoique vertement précieux, de nos pédagogues.
Monsieur Demoustier et son Émilie
Avril 2004
Lorsque votre lycée m'a invité à vous entretenir de l'influence de la lecture sur mes jeunes années, j'étais loin de me douter que ma causerie susciterait un tel enthousiasme.
Ça faisait pas mal de vendanges que je n'avais pas mis le pied dans une salle de classe. Mon flirt avec l'Éducation nationale remonte au début des années 60 - vos parents n'étaient pas nés ! - quand j'enseignais les déclinaisons latines et grecques à des lycéens lorrains. Une expérience qui n'aura duré qu'un trimestre et demi, juste assez pour me dégoûter, non point de la pédagogie, mais du système en vigueur à l'époque. Un jet d'encre dans le faciès d'un inspecteur a mis fin à la carrière de «pauvre fesseur» que cet agent de l'autorité académique pensait m'infliger : «Un professeur ne fait pas son cours assis sur son bureau, il ne tutoie pas ses élèves même s'il est à peine plus âgé qu'eux, un professeur met une cravate...» et autres consignes d'adjudant-chef.
Quand votre classe m'est apparue, j'ai tout de suite compris que les règles du dressage avaient changé. Votre professeur avait bien préparé la rencontre et quand je me suis posé devant vous, vous en saviez plus sur moi que moi sur vous. J'étais «l'écrivain», vous aviez étudié quelques-uns de mes textes. Jeune romancier dont l'âge est déjà avancé, le label écrivain me déconcerte encore quelque peu. Ayant exercé toutes sortes d'activités, dont certaines avouables, j'avoue que l'appellation écrivain me fait un peu l'effet d'une farce. Certes j'écris, et j'ai la chance d'être publié, mais dans le «paysage littéraire français», je ne suis sans doute qu'un dilettante, et je pourrais tout aussi bien m'imposer comme ramasseur de champignons sauvages, vendeur d'orviétan bibliophilique ou inspecteur des menhirs.
Notre rencontre m'a épaté et copieusement revigoré. Mes préjugés sur une jeunesse que je croyais surtout formée par la télé se sont évanouis devant la pertinence des questions posées par vos camarades, et par les propos passionnés que nous avons échangés pendant ces deux heures.
1) Qui êtes-vous ? !
Un rat des champs qui écrit des livres destinés à ses semblables, mais que les rats des villes devraient goûter aussi. Un oncle d'adoption comme en rêvent les jeunes gens et les jeunes filles.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La liberté, la liberté en pensée, en parole et en actes.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Émilie, si deux voies toutes tracées s'offrent à vous, optez plutôt pour la piste secrète, le chemin des écoliers ou pas de piste du tout. Partez à l'aveuglette sur des sentiers peu battus. Vous peinerez sans doute, mais au bout, quelle récompense, quelle liberté." p. 152
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un mélange de tangos de Carlos Gardel, de mélodies de Schubert et de ballades de Chet Baker.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le courage de dire NON à tout ce que la pub, les candidats, les décideurs, pédagogues, conseillers d'orientation, curés, éducateurs, moniteurs, coach et autres escrocs proposent à la jeunesse "pour leur plus grand bien".
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