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.. Je me voyais déjà...

Couverture du livre Je me voyais déjà...

Auteur : Chefdeville

Date de saisie : 16/02/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 9782842636975

GENCOD : 9782842636975

Sorti le : 07/03/2012

  • Les présentations des éditeurs : 18/01/2012

Alors que j'étalais la partie supérieure d'une affiche annonçant la tournée d'été de Dany Brillant, j'avais réalisé un peu tard que je n'avais pas le bras assez long, ce qui n'était pas une découverte en soi. Et j'avais basculé par-dessus le garde-fou de la nacelle, avant de me réveiller immobilisé sur un lit d'hôpital.
- Tu n'as même pas tenu deux minutes en haut de t'affiche s'était moquée Aline en dessinant une tête de mort sur mon plâtre.

Avec Je me voyais déjà..., Chefdeville alias Serguei Dounovetz nous débite en jubilant les hauts morceaux d'une vie pure épinards : de l'énergie, sans guère de beurre. Nanti d'un père ukrainien, ashkénaze communiste et ancien FTP-MOI, d'une mère bourguignonne et catholique et d'une ex-copine dodue et rêche du contact, Aline, il est, comme de juste, polardier dans l'âme. Pour le reste un temps ceci, un temps cela : rockeur volontaire, machino municipal chez Montpellier et associés, chauffeur de stars, résident littéraire. De quoi arroser le prochain avec une giclée de chapitres dûment juteux : on commence dru avec un sit-in terroriste en plein coeur d'une exhibition des ballets Béjart; passage de seconde avec deux concerts des Pink Floyd et des Stones où notre homme charrie les caisses, astique des cymbales et joue à l'anglophone madré ; on touche la troisième avec maints convoyages VIP : Mick Jagger en auto-stoppeur, Philippe Noiret en grand seigneur bougonnant, Annie Girardot qui ne voit vraiment pas pourquoi elle se presserait. Mais, tout cela, c'est la boîte à gants, notre homme en a encore plein le coffre arrière : le récit tanguant du festival polar de Frontignan-servir-frais avec en vedette l'auteur Henry Joseph qui affiche un taux de sang dans l'alcool inquiétant, une résidence littéraire dans le Nord français bien complète de sa Wild Bunch d'auteurs, une descente dans les locaux parisiens du Poulpe où l'éditeur parle de Rudolph Hess au milieu d'une collection de crânes. De la joie, tout ça, Je me voyais déjà..., mais tu y es, mec, et depuis le début. «Les vrais durs ne dansent pas» a dit quelqu'un. Ben si, la preuve !

Je me voyais déjà... est le nouvel opus de Chefdeville, après L'Atelier d'écriture (2009). Sous le nom de Dounovetz (Serguei pour les intimes), il a publié plusieurs romans noirs dont Moviola (1994) et Odyssée Odessa (2012) aux éditions Le Dilettante.

Rockeur en voix d'extinction, Chefdeville a mis sa guitare au clou. Rangé des voitures, il se fait son cinoche en écrivant des polars sous le nom de Serguei Dounovetz avant d'échouer chez les intermittents du spectacle. Le récit d'un artiste loser mais optimiste qui se voyait déjà...


  • Les courts extraits de livres : 18/01/2012

J'avais programmé le radio-réveil tôt le matin, mais c'était inutile, je n'avais pas fermé l'oeil de la nuit. La veille, Aline avait pris ses cliques et ses claques et j'entendais encore le bruit décroissant des roues de sa Samsonite sur le carrelage à damier. Elle m'avait lâché sans filet au moment le plus inopportun. Et ce n'était pas une formule toute faite, une figure de style pour faire trapéziste. Je venais de me fader un mois d'hôpital suite à une mauvaise chute, un accident très bête. Alors que j'étalais la partie supérieure d'une affiche annonçant la tournée d'été de Dany Brillant, j'avais réalisé un peu tard que je n'avais pas le bras assez long, ce qui n'était pas une découverte en soi. Et j'avais basculé par-dessus le garde-fou de la nacelle, avant de me réveiller immobilisé sur un lit d'hôpital.
- Tu n'as même pas tenu deux minutes en haut de l'affiche, s'était moquée Aline en dessinant une tête de mort sur mon plâtre.
- Pourtant, je ne lui faisais pas beaucoup d'ombre à Dany Brillant, j'avais répondu à ma gonzesse replète.
- Va savoir, avec ton bide, avait-elle rétorqué.
Une chose était sûre, Aline ne m'avait pas planté à cause de mon ventre. Quand on a posé pour Botero, on ne peut décemment pas rejeter les rondeurs de l'autre. Pour couronner le tout, avant de se faire la valise, elle avait barboté mon paquet de Samson et fini la dernière dose de café. Et ça, ce n'était pas vraiment fair-play. Découvrir un dimanche matin que l'on n'a plus de copine, plus de café, plus de tabac à rouler, ça commence à peser dans la vie d'un intermittent du spectacle en passe d'être radié par les Assedic. Mais à la guerre comme à la guerre, je mis de l'eau dans ma Krups asthmatique en utilisant le filtre usagé de la veille. Le caoua avait la couleur du thé mais ce n'était pas du thé, pas même un ersatz de café, c'était juste imbuvable. Je me forçai pourtant à avaler la mixture, histoire d'avoir quelque chose de chaud dans le buffet, en essayant d'imaginer mon existence sans spectacle. Mais j'avais beau tourner l'hypothèse dans tous les sens, j'arrivais toujours au même constat. La vie sans ce cirque ne m'intéressait pas, pire, elle m'était tout bonnement intolérable.


  • Le courrier des auteurs : 16/02/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un auteur de roman noir, qui a publié une vingtaine de polars sous le nom de Serguei Dounovetz. Depuis peu, je me suis lancé dans le récit autobiographique sous le pseudonyme de Chefdeville (le nom de ma mère). Depuis une douzaine d'années, je vis de ma plume, anime des rencontres scolaires et des ateliers d'écriture avec des publics en grande difficulté.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le rapport à la célébrité. Le principal protagoniste est un auteur de roman policier sans succès, qui travaille comme intermittent du spectacle pour survivre. Machiniste pour le théâtre et chauffeur dans le showbiz, il côtoie des stars dans leur quotidien, subit parfois leurs caprices, assiste à leur gloire et aussi à leur déchéance. Chronique douce et amère sur la difficulté d'exister d'un artiste en manque de reconnaissance.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
- Tu n'as même pas tenu deux minutes en haut de l'affiche, s'était moquée Aline en dessinant une tête de mort sur mon plâtre.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un morceau de Country-Rock de Johnny Cash.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'humour des situations, la poésie libertaire, et le style, s'ils y sont sensibles.


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