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.. Vie animale

Couverture du livre Vie animale

Auteur : Justin Torres

Traducteur : Laetitia Devaux

Date de saisie : 02/03/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 9782879298207

GENCOD : 9782879298207

Sorti le : 12/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 03/02/2012

«On en voulait encore. On frappait sur la table avec le manche de nos fourchettes, on cognait nos cuillères vides contre nos bols vides; on avait faim. On voulait plus de bruit, plus de révoltes. On montait le son de la télé jusqu'à avoir mal aux oreilles à cause du cri des hommes en colère. On voulait plus de musique à la radio; on voulait du rythme; on voulait du rock. On voulait des muscles sur nos bras maigres. On avait des os d'oiseau creux et légers, on voulait plus d'épaisseur, plus de poids. On était six mains qui happaient et six pieds qui trépignaient; on était des frères, des garçons, trois petits rois unis dans un complot pour en avoir encore.»

La famille, c'est la jungle. Les parents s'aiment, se battent. Au milieu du chaos, trois enfants tentent de grandir. La meute observe les fauves. Quand le père danse, les petits l'imitent. Quand la mère dort, ils apprennent à rester silencieux. La vie animale est âpre. Mais l'imaginaire est sans limites. Avec ce premier roman impressionnant, Justin Torres impose une langue, un rythme, un lyrisme électrique.

Né en 1981 dans l'État de New York, Justin Torres a publié des textes dans la revue Granta et dans le New Yorker. Vie animale, révélation de la rentrée littéraire aux États-Unis, est son premier roman.



  • La revue de presse André Clavel - Lire,février 2012

Si l'Amérique des marginaux et des laissés-pour-compte est souvent une jungle, Torres y a entraîné cette famille qui, elle, ressemble à une meute. Le "on" qui lui sert de messager raconte le quotidien dans un joyeux désordre...
Comment grandir dans un tel monde ? Comment échapper à la horde ? Comment passer du "on" à ce "je" qui finit par prendre la parole à la fin ? Réponse dans ce premier roman où Dickens croise John Fante et Michael Collins.


  • La revue de presse Sabine Audrerie - La Croix du 25 janvier 2012

Résistons à la facilité de rebaptiser cet éblouissant roman Le Livre de la jungle, qui met pourtant en scène trois enfants presque sauvages malgré leur environnement urbain de Brooklyn...
Infiniment talentueux, l'Américain Justin Torres, qui signait l'an dernier à 30 ans ce premier roman, raconte leur quotidien au fil de chapitres semblables à des nouvelles ou à de véritables contes de fées, ceux où l'on sait que l'ogre et les maléfices ne sont jamais très loin...
Quelle énergie dans l'écriture de Justin Torres, dont l'univers ne ressemble à aucun autre. Quelle beauté dans sa langue à la fois simple et imagée, servant l'imaginaire très riche qui vient combler les manques et embellir ce qui gêne ou rebute, offrant des échappées dans un monde parallèle de rêves et de contes.


  • La revue de presse Eric Neuhoff - Le Figaro du 19 janvier 2012

L'enfance est une jungle. Trois frères observent leurs parents qui se déchirent. Ma est blanche et minuscule. Paps est gigantesque et portoricain. Elle travaille de nuit dans une brasserie et vit en perpétuel décalage horaire. Le petit déjeuner est prêt au moment du dîner et il faut se brosser les dents en plein après-midi. Le père perd ses boulots comme on perd ses clés...
Les phrases battent la mesure avec le pied. Il flotte sur les pages de ce premier roman un naturel à la John Fante. L'imaginaire est un refuge. Il baigne les souvenirs d'une lumière étrange, pare le passé de couleurs vives...


  • La revue de presse Thomas Stélandre - Libération du 12 janvier 2012

S'il fallait rapprocher le premier roman de Justin Torres d'un autre livre, c'est du côté d'un album pour enfants qu'on irait chercher. Where the Wild Things Are de Maurice Sendak (Max et les Maximonstres, en V.F.), soit la célèbre histoire de ce gamin turbulent que sa mère prive de dîner et qui, dans sa chambre, imagine une forêt ; un océan cogne à sa fenêtre, et le voilà parti pour un pays peuplé d'effrayantes créatures, qu'il aura tôt fait de soumettre à son pouvoir, se débrouillant même pour devenir leur roi. La sauvagerie de la jeunesse, les mondes qu'on s'invente...
Du New York Times à Esquire, la naissance de cette voix dont la singularité frappe dès le premier paragraphe a été saluée. Elle nous parvient dans la belle traduction de Laetitia Devaux. Peu importe les quelques tics, puisque la langue, le rythme, sont là, «et derrière le rythme, le beat».


  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 12 janvier 2012

En faisant le choix d'un livre fragmentaire, composé de chapitres qui pourraient être des nouvelles superbes si un fil souterrain ne les reliait, Justin Torres nous épargne le récit linéaire de premières années dans une famille que l'on qualifierait de "dysfonctionnelle", pour en tirer, à la place, ce roman syncopé et bouleversant. Il trouve le rythme juste pour dire le mélange d'amour, de haine, de colère et de joie qui constitue les liens familiaux, et dont les souvenirs d'enfance sont le socle. Le parcours de l'anonyme narrateur qui finit par s'affirmer en "je", après s'être différencié de ses frères par "l'amour des livres", a bien sûr quelque chose de naïf, et plus encore dans un premier roman. Il n'empêche. Vie animale a la puissance, la beauté et l'intensité lyrique d'un chant d'adieu - à l'enfance, aux siens. Un chant pour "bomber le torse", comme s'y exhorte le narrateur à la toute fin. Pour clamer sa fierté de ce que l'on a été, et celle de ce que l'on est devenu.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 11 janvier 2012

Elliptique, sensuel, aigu, Vie ani­male, premier roman de l'Amé­ricain Justin Torres (31 ans), s'impose d'emblée par sa tonalité incisive et mélancoli­que. Par sa façon neuve, poétique et crue de parler de l'enfance et de la f­ratrie, par le traitement singulier que le jeune auteur impose au motif romanesque pourtant ressassé de la famille, de l'apprentissage et de l'individuation - avec ce que cela induit de dé­sarroi et de violence, de sentiment de perte et de solitude.


  • Les courts extraits de livres : 03/02/2012

ON EN VOULAIT ENCORE

On en voulait encore. On frappait sur la table avec le manche de nos fourchettes, on cognait nos cuillères vides contre nos bols vides ; on avait faim. On voulait plus de bruit, plus de révoltes. On montait le son de la télé jusqu'à avoir mal aux oreilles à cause du cri des hommes en colère. On voulait plus de musique à la radio ; on voulait du rythme ; on voulait du rock. On voulait des muscles sur nos bras maigres. On avait des os d'oiseau creux et légers, on voulait plus d'épaisseur, plus de poids. On était six mains qui happaient et six pieds qui trépignaient ; on était des frères, des garçons, trois petits rois unis dans un complot pour en avoir encore.
Quand il faisait froid, on se battait pour des couvertures jusqu'à les déchirer en deux. Quand il faisait vraiment froid et que notre souffle formait des nuages glaciaux, Manny rampait avec Joël et moi dans notre lit.
«Un corps chaud, il disait.
- Un corps chaud», on acquiesçait.
On voulait plus de chair, plus de sang, plus de chaleur.
Quand on se battait, on se battait avec des bottes et des outils, des tenailles qui pincent, on attrapait tout ce qui nous tombait sous la main et on le jetait ; on voulait plus de vaisselle cassée, plus de verre brisé. On voulait plus de fracas.
Et quand Paps rentrait, on recevait des corrections. Il écorchait nos petites fesses rondes, qui devenaient rouges et vives à force de coups de fouet. On savait qu'il y avait quelque chose derrière la douleur, derrière la brûlure. Une chaleur piquante montait de nos cuisses et de nos fesses, un feu se consumait dans notre tête, mais on savait qu'il y avait autre chose, un endroit où Paps nous conduisait par ce biais. On le savait parce qu'il faisait ça méticuleusement, avec précision, en prenant son temps. Il nous éveillait ; il nous conduisait au-delà de la brûlure et de la blessure, mais cet endroit, on ne l'atteindrait que lentement.
Et quand notre père n'était pas là, on voulait être des pères. On chassait les animaux. On pataugeait dans la vase du ruisseau à la recherche de grenouilles et de serpents. On attrapait les bébés rouges-gorges dans leur nid. On aimait sentir le rythme de leur coeur minuscule, le battement de leurs ailes minuscules. On approchait leur minuscule tête d'oiseau de notre tête.
«Qui est ton papa ?» on demandait en riant avant de le jeter dans une boîte à chaussures.


  • Le courrier des auteurs : 03/02/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis Laetitia Devaux, la traductrice de cet excellent premier roman d'un jeune auteur au souffle littéraire intense.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'enfance et le passage à l'âge adulte.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Mais à certains moments, des moments tranquilles, quand notre mère dormait, quand elle n'avait pas dormi depuis deux jours et que tout bruit, tout craquement dans l'escalier, toute porte qui claque, tout rire étouffé, toute voix, risquait de la réveiller, ces matins d'un calme cristallin, quand on voulait la protéger, cette oie égarée qui trébuchait, qui s'épanchait sans cesse, avec ses maux de dos, ses maux de tête et son allure fatiguée, tellement fatiguée, cette créature déracinée de Brooklyn, cette grande gueule qui larmoyait dès qu'elle nous disait qu'elle nous aimait, avec son amour compliqué, exigeant, sa chaleur, ces matins où le soleil se frayait un chemin à travers les stores et s'étalait en rayons réguliers sur la moquette, ces matins tranquilles et où on préparait nous-même notre porridge et où on se couchait sur le ventre avec du papier et des crayons ou des billes qu'on prenait soin de ne surtout pas cogner pendant le sommeil de notre mère, quand l'air ne sentait ni la sueur ni la mauvaise haleine ni le moisi, qu'il était calme et léger, ces matins où notre silence était notre jeu secret, notre cadeau et notre oeuvre unique ‒ on en voulait moins : moins de poids, moins de travail, moins de bruit, moins de père, moins de muscles, moins de peau et de cheveux. On ne voulait rien, juste ça, que ça.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un mambo de Porto Rico, bien sûr.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La langue de Justin Torres, sa poésie brutale.


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