Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : David Lodge
Traducteur : Martine Aubert
Date de saisie : 01/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 24.50 € / 160.71 F
ISBN : 978-2-7436-2291-6
GENCOD : 9782743622916
Sorti le : 04/01/2012
«Le sexe pour [Wells] était idéalement une forme de récréation, comme le tennis et le badminton, quelque chose que l'on faisait quand on était avec satisfaction venu à bout d'une tâche, pour se défouler et exercer un moment son corps plutôt que son esprit...»
Fervent défenseur de l'Amour Libre, H.G. Wells a multiplié les aventures et mésaventures sexuelles qui ont compliqué sa vie privée et contrarié ses ambitions d'homme politique. Dans sa maison londonienne barricadée pendant le blitz de 1944, malade, il revient sur son existence peuplée d'incidents, de livres et de femmes.
De sa plume claire, légère et drôle, David Lodge nous fait découvrir toute une époque, celle de l'expansion du socialisme et des théories féministes mais aussi de la bombe atomique, et nous montre Wells tel qu'il est : l'un des écrivains les plus prophétiques du XXe siècle.
«Le meilleur livre de Lodge depuis des années -.foisonnant, drôle, touchant. Une parfaite équation entre fiction et érudition.»
Mail on Sunday
Se tournant cette fois vers H.G. Wells, dans un roman extrêmement documenté et qui fonctionne avec le précédent comme un diptyque, David Lodge construit une ample fresque qui, autant qu'un portrait d'homme, est le tableau d'une époque - dans lequel, parmi mille visages, mille rôles secondaires et figurants, on croise notamment et longuement Henry James. Une époque qui, pas si paradoxalement qu'il y paraît, trouve à se cristalliser en un individu l'incarnant au fond très peu. H.G. Wells (1866-1946) donc, le père de la science-fiction britannique, l'auteur de L'Homme invisible et de La Guerre des mondes, mais aussi d'une foultitude d'ouvrages aujourd'hui largement oubliés. Dont David Lodge, tout en finesse et en tonicité, brosse le portrait en intellectuel progressiste voire utopiste, esprit tout ensemble marginal, généreux et rayonnant.
Écrire des romans sur des personnages réels expose à deux reproches : s'en tenir trop aux faits enlise le lecteur dans la biographie romancée. Trop de liberté l'expose à l'incrédulité. Le chemin est étroit pour faire un vrai roman sans trahir la vérité : raconter non ce qui a eu lieu, mais ce qui aurait pu se passer. Le seul mensonge pour un romancier est de prétendre dire la vérité. Lodge atteint la cible que Coleridge donnait à l'écrivain : suspension of disbelief, suspendre tout jugement de réalité pour que le lecteur accepte de s'en laisser accroire. Il conte "presque tout ce qui se passe à partir de sources factuelles". Presque. De temps en temps, la narration à la troisième personne fait place à une conversation entre un Wells vieillissant et un interlocuteur sceptique, une seconde voix qui pourrait être celle de Lodge ou de vous, lecteur pris au piège...
L'identification de l'auteur au personnage d'un "homme à femmes" ne garantit certes pas celle du lecteur. Il faut une puissance de séduction pour le faire entrer dans le roman, une capacité à lui raconter des histoires, comme à une femme qu'on veut mettre dans son lit. Lodge est un grand séducteur. Un "homme à livres" qui s'abandonne plus qu'il ne la conduit à cette seule machine à explorer le temps qu'est la littérature.
Sous sa plume allègre, Lodge nous offre en réalité un portrait cubiste. Un homme à trois visages : l'écrivain (tout aussi boulimique d'écriture que de femmes), le socialiste membre de la Fabian Society (une sorte de think tank qui, en 1900, contribua à la création du Parti travailliste) et le don Juan. Mais quel pouvoir d'aimantation a ici ce dernier ! S'appuyant sur un "Post-Scriptum" à l'autobiographie de H. G. Wells (Wells in Love, parue en Grande-Bretagne en 1943), Lodge décortique d'une façon stupéfiante les mécanismes de l'addiction aux femmes.
Au printemps de 1944, Hanover Terrace, imposante rangée de maisons de ville dessinées par John Nash, située dans le périmètre ouest de Regent's Park, a sans conteste subi les ravages de la guerre. La façade décorée de stuc crème, à l'abandon depuis 1939, est défraîchie, lézardée, et s'écaille ; de nombreuses fenêtres, brisées par les explosions de bombes ou les ondes de choc des canons antiaériens de Primrose Hill, sont condamnées ; l'une des maisons, vers l'extrémité, touchée par une bombe incendiaire, n'est plus qu'une carcasse vide, noire de fumée. L'élégante arcade courant sur toute la longueur de l'édifice, qui sert de porche commun aux portes d'entrée des maisons, s'effrite et se détériore, tout comme les massives colonnes doriques qui soutiennent l'élément central de la bâtisse - un fronton abritant des statues de figures classiques occupées à diverses activités utiles ou artistiques, dont deux ont perdu leur tête et une autre un bras. La déesse qui trônait autrefois au sommet du fronton, un globe entre les mains, considérée - si elle venait à être renversée par une explosion - comme un danger potentiel pour les passants, a été enlevée ; et les grilles en fonte, élégamment peintes en noir et or, qui séparaient autrefois la contre-allée et sa haie d'arbustes de Ylnner Circle du parc, ont été il y a bien longtemps délogées et emportées pour fabriquer des munitions.
Une seule maison, le numéro 13, a été occupée de façon permanente pendant toute la durée de la guerre par son propriétaire, Mr H. G. Wells. Pendant le Blitz de 1940-1941, il s'est souvent entendu dire plaisamment que c'était un chiffre qui pouvait porter malheur, à quoi il a réagi, fidèle au mépris de toute une vie pour la superstition, en faisant peindre sur le mur à côté de sa porte d'entrée un «13» encore plus grand. Il s'est obstinément refusé à partir s'installer à la campagne, déclarant «pas question que Hitler (ou, en compagnie masculine, «cette merde de Hitler») me prenne en flagrant délit de fuite», et il est resté à son poste à Hannover Terrace alors que ses voisins se carapataient un à un et que leurs maisons étaient habitées par des sous-locataires ou demeuraient inoccupées.
Tant qu'il fut physiquement en état de le faire, H. G. revêtit un casque de volontaire et prit son tour de surveillance des incendies depuis le toit de Hanover Terrace, en partie par devoir patriotique et en partie par sollicitude personnelle pour le tapis d'Aubusson de son salon. Il éprouvait aussi une sombre satisfaction à se trouver en quelque sorte aux premières loges pour observer l'accomplissement de la prophétie qui avait été la sienne dès 1908, dans son roman La Guerre dans les airs, selon laquelle les guerres futures seraient dominées par la puissance aérienne et les villes et les populations civiles se verraient détruites par des bombardements systématiques. Force était de constater qu'il s'était trompé en imaginant que cette stratégie serait mise en oeuvre principalement par d'énormes dirigeables, aussi gros que des paquebots, plutôt que par des avions, mais étant donné l'état de la technique aéronautique en 1908, l'hypothèse n'était pas si extravagante, et ne sembla certainement pas telle quelques années plus tard quand les zeppelins allemands apparurent dans le ciel nocturne au-dessus de l'Angleterre. Les éditions Penguin, en tout cas, considérèrent La Guerre dans les airs suffisamment d'actualité pour rééditer le livre en 1941, accompagné d'une brève préface rédigée par ses soins, qui se terminait par une épitaphe qu'il souhaitait voir inscrite sur sa tombe : «Je vous l'avais dit. Bande de cons.»
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia