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Auteur : Catherine Malard
Date de saisie : 29/01/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. du Petit pavé, Brissac, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 9782847123210
GENCOD : 9782847123210
Sorti le : 16/12/2011
Huit nouvelles, à l'écriture aussi vive qu'incisive, sur les invisibles, les délaissés, les oubliés, que Catherine Malard nous appelle à découvrir, à voir, à reconnaître, à accepter...
Le paysage est perpétuellement en mouvement. Désormais, vous allez vous attacher aussi à voir ce que vous ne voyez pas, ce qui est caché, en dessous, ce que nous, en architecture, nous appelons «les délaissés».
Catherine Malard, née en 1951 à Nantes, vit et travaille sur les bords de Loire.
Auteur d'articles dans des revues de théâtre, elle écrit des fragments, des nouvelles.
Elle a déjà publié au Petit Pavé L'insolence du Rouge, son premier roman.
Six lettres en silence
Sur le trottoir défoncé, il est assis, tassé, fourbu. Ses jambes repliées sur le côté, ne pas prendre trop de place, à peine, juste un peu sur l'espace public, espace pour tous. Il a un corps pliable, un corps en kit, déjà trop cassé pour ses jeunes années nomades, membres désarticulés qu'il ramasse à minima, les entassant sur une dalle de bitume du Quai de la Fosse où je l'aperçois chaque soir depuis une semaine...
Rien à lui pour se déplier ou s'étendre, pas même un bout de tissu, un coin de tapis qui l'isolerait du sol. Seule la toile d'un pantalon de velours noir élimé tente de ralentir la morsure de la pierre sur des fesses toutes en os. Le visage est tombé vers le sol comme séparé du corps, face décrépie que pas même le coton blanc de sa chemise ne réussit à éclairer, souillée des éclaboussures de tous les passages des passants pressés au sortir du travail, après la pluie de l'après-midi.
Au loin, dans le port, on entend la corne d'un bateau dominant un bruit de grue ou de chaîne sur poulie, bruits confus, il ne parvient plus à les entendre ces bateaux qu'il a un jour rêvé de prendre pour changer sa dérive de continent. Maintenant, il regarde, fixement, les yeux absents, presque vides, blancs, le tas de pavés à l'angle de la rue du Bâtonnier, une vie, la sienne en morceaux épars, tous petits éclats de verre brisé qu'il ne sait par quel bout attraper ce soir encore où le ciel leste la ville. Tout est coupant, aucune rondeur à l'horizon, pas même le sourire des matelots qui, à cette heure, entrent dans les bars du quai.
Jeune homme aux cheveux blonds emmêlés et sales, il a dû, je veux le croire quand j'observe sa tignasse bouclée, être un jour au moins un ange pour sa mère et son père. Dans cette autre vie qui n'avait pas encore inventé les nuages.
Genre crasseux, dit le passant qui oublie, lui, qu'il a la chance du savon et l'on imagine que depuis des jours et des jours, la crasse de la misère en pellicules insidieuses s'est fixée sur sa peau, une lèpre qu'il commence à croire indélébile, et ça dure pendant que chaque journée, chaque nuit ajoute à la brisure de cette vie trouée qui n'attend plus grand-chose, à peine l'espoir d'une anesthésie, pour que le temps d'une nuit encore, les morceaux de cette vie à vif ne lui tranchent pas la gorge où les mots qu'il voudrait crier se sont tus, forclos, étouffés depuis longtemps.
1) Qui êtes-vous ? !
Catherine Malard, auteur, psychosociologue, anime des ateliers d'écriture à Aleph-Écriture/Pays de Loire. Je vis en Anjou.
Précèdent ouvrage : L'Insolence du rouge (roman, Editions du Petit pavé. 2010)
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Huit nouvelles, huit récits, huit rencontres singulières dans la rue au bout de la nuit, dans les courants d'air, le froid, la peur, l'angoisse, la violence.
Huit portraits et histoires de ces gens que notre société réduit à trois initiales : SDF, ou histoires de ces migrants qui n'ont comme statut que celui si fragile de demandeurs d'asile.
Je suis passée comme beaucoup, à côté d'eux sans les voir ou à peine.
Un jour je me suis arrêtée, on s'est apprivoisé au-delà de «t'as pas 1 euro» puis on a parlé...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Il a un corps pliable, un corps en kit, déjà trop cassé pour ses jeunes années nomades, membres désarticulés qu'il ramasse à minima, les entassant sur une dalle de bitume du Quai de la Fosse où je l'aperçois chaque soir depuis une semaine.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un Nocturne de Chopin
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La démarche adoptée dans la rencontre de ces personnes (le processus de travail), le recueil des informations : ce qu'approcher le réel veut dire pour un auteur de fiction.
La force de la fiction comme chambre d'échos du réel.
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