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Auteur : Ryan David Jahn
Traducteur : Simon Baril
Date de saisie : 20/02/2012
Genre : Policiers
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Actes noirs
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782330002299
GENCOD : 9782330002299
Sorti le : 02/01/2012
New York, années 1960. Kat Marino, qui rentre tard chez elle, est agressée au couteau par un inconnu. De nombreux voisins sont témoins de la scène, mais personne n'avertira la police, persuadé que quelqu'un d'autre l'aura déjà fait. C'est le "bystander effect". En donnant la parole à tous les protagonistes, ce roman noir polyphonique, dont l'action se concentre sur quelques heures, esquisse une tentative de généalogie de la violence contemporaine.
Ryan David Jahn écrit depuis l'âge de dix ans. De bons voisins, son premier roman, a remporté le prix du meilleur premier roman décerné chaque année par la Crime Writers Association. Il vit à Los Angeles. Il est déjà traduit ou en cours de traduction en allemand, néerlandais, espagnol, italien, japonais, chinois, islandais, danois et norvégien.
À partir de ces personnages tirés de son imagination, Ryan David Jahn dresse un état des lieux méthodique de l'immeuble, l'espace des deux heures que dure le crime...
Car, en s'attachant à la vie de chacun, aux problèmes de ces habitants qui incarnent une Amérique moyenne empêtrée dans son quotidien, les boulots harassants, l'épuisement des couples, la lassitude des âmes, dans une époque datée - une chanson de Buddy Holly passe en boucle sur les autoradios -, on peut à tous leur trouver des circonstances atténuantes. Les gémissements récurrents de la victime interviennent alors pour rappeler combien la lâcheté peut être meurtrière. L'auteur ordonne ce choeur en une mécanique bien huilée, composant un roman sans temps mort, précis dans les faits, chirurgical dans sa description du crime, profondément empathique avec sa victime. Et très déstabilisant.
Né quinze ans après la mort de Kitty Genovese, l'Américain Ryan David Jahn a ainsi choisi de se colleter à l'histoire de celle-ci pour De bons voisins, son premier roman. Il lui emprunte de manière évidente sa trame mais refuse de jouer à la reconstitution, en prenant ses distances : il modifie le nom de la victime, qui devient Kat Marino, ainsi que celui du tueur, et place sa focale tour à tour sur des voisins dont il a librement imaginé l'identité et la situation. Il y a le jeune garçon dont la mère se meurt, des couples en crise, un homme qui découvre son homosexualité, un autre confronté au racisme...
Ça commence sur un parking.
Le parking se trouve à l'arrière d'un bar sportif, un bâtiment en brique qui a accumulé les blessures et les cicatrices au cours de sa longue histoire. Il s'est fait percuter par des conducteurs en état d'ébriété qui ont passé la marche arrière au lieu de la marche avant, s'est fait taillader par des gens qui ont gravé leurs initiales sur les murs, et prendre d'assaut par des vandales ivres. Un soir, il y a quinze ans, quelqu'un a tenté d'y mettre le feu. Malheureusement pour le pyromane en puissance, la météo avait prévu de la pluie. De sorte que le bar est toujours là.
Il est presque quatre heures du matin - trois heures cinquante-huit-, un moment d'obscurité parfaite où aucun soupçon de lumière ne pointe encore à l'est. Il fait nuit noire.
Le bar est fermé et silencieux.
Seules trois voitures sont garées sur son parking habituellement bondé : une Studebaker de 1957, une Oldsmobile de 1953 et une Ford Galaxie de 1962 à l'aile cabossée. Deux d'entre elles appartiennent à des clients : l'un est un vendeur à domicile qui consacre ses journées à essayer de fourguer des aspirateurs ; l'autre, un chômeur qui passe les siennes à contempler les fissures du plafond de l'appartement dont il n'a pas payé le loyer depuis trois mois. Tous deux ont bu quelques coups de trop plus tôt dans la soirée et ont trouvé un autre moyen de rentrer chez eux - le taxi, sans doute. C'est sûrement le cas du chômeur. Le vendeur s'est peut-être fait raccompagner par un camarade, mais le chômeur, lui, a presque certainement pris un taxi. Quand il vous reste trente dollars et que le montant du loyer c'est quatre-vingts, inutile d'économiser. Buvez jusqu'à l'ivresse et payez-vous un taxi pour rentrer. Si l'on doit toucher le fond, autant prendre plaisir à la chute. C'est quand il vous reste quatre-vingt-sept dollars et que le loyer s'élève à quatre-vingts qu'il faut se restreindre.
Des gobelets en carton et d'autres déchets - journaux, emballages alimentaires - jonchent l'asphalte décoloré par le soleil. Un bref instant, une brise que l'on entend gémir chasse tous ces détritus en travers du macadam fendillé, réorganisant légèrement leur position avant de s'évanouir.
Et c'est alors qu'une jolie fille - une femme, à vrai dire, bien qu'elle ne se sente pas adulte - sort du bar, poussant la porte.
1) Qui êtes-vous ? !
Le traducteur.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La misère d'êtres humains qui vivent collés les uns aux autres et, pourtant, par on ne sait quelle malédiction, sont isolés au point de ne pouvoir accomplir ce simple geste : tendre la main, ouvrir leur porte, sauver une vie qui les sauvera eux-mêmes.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"C'est étrange, pense-t-il en tirant une bouffée de cigarette, dans une semaine il n'y aura plus aucune trace de ce qui s'est passé ici."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Gimme Shelter des Rolling Stones. Et comment !
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Dans ce roman très noir, où le sang coule à flots, où la folie guette tous nos "bons voisins", l'amour n'est jamais totalement absent. Un filet de lumière qui brille peut-être plus fort encore que la lame du tueur.
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