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Auteur : Victor del Arbol
Traducteur : Claude Bleton
Date de saisie : 05/05/2012
Genre : Policiers
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Actes noirs
Prix : 22.50 € / 147.59 F
ISBN : 9782330002251
GENCOD : 9782330002251
Sorti le : 30/12/2011
Mise élégante et port altier, une femme arpente les quais de la gare de Mérida au petit matin. Des passagers apeurés n'osent croire que la guerre est finie, mais Isabel fait partie de la caste des vainqueurs et n'a rien à redouter des phalangistes arrogants qui battent le pavé en ce rude hiver 1941. Elle presse la main de son plus jeune fils et écrit à l'aîné, qu'elle s'apprête à abandonner, les raisons de sa fuite.
Le train pour Lisbonne partira sans elle. L'enfant rentre seul chez son père, obnubilé par le sabre qu'un homme vient de lui promettre. Il n'est encore qu'un petit garçon vulnérable, très attaché à sa mère. Et Isabel disparaît pour toujours.
Des années plus tard, une avocate envoie sous les verrous un inspecteur jugé coupable d'une bavure policière. Évidences et preuves s'amoncellent : la joute est trop aisée et la victoire trop belle. Maria vient d'ouvrir une effroyable boîte de Pandore, libérant quatre décennies de fureur, de vengeance et de haine dont elle ignore tout et qui pourtant coulent dans ses veines.
De l'après-guerre espagnol à la tentative de coup d'État de février 1981, la saga familiale abonde en complots, enlèvements et trahisons qui marquent trois générations au fer rouge. Un instituteur de village s'est épris d'une femme trop grande pour ses rêves. Faute originelle qui a transformé les enfants en psychopathes, les victimes en bourreaux, le code d'honneur des samouraïs en un pitoyable massacre.
Se jouant à merveille d'un contexte historique opaque, La Tristesse du Samouraï est un intense thriller psychologique qui mène les personnages aux limites de leurs forces pour briser la transmission héréditaire d'un péché mortel.
Victor del Arbol est né à Barcelone en 1968. Après des études d'histoire, il travaille dans les services de police de la communauté autonome de Catalogne.
La tristesse du samouraï est une épée. Un symbole aussi, celui du fantasme d'un petit garçon qui veut devenir un guerrier. Ce roman noir, qui commence sur un quai de gare avec une femme et son petit garçon, pointe du doigt les zones d'ombre et rémanences de la guerre civile espagnole...
Un polar ambitieux sur un sujet particulièrement sensible de l'autre côté des Pyrénées. Del Arbol, le nouveau grand d'Espagne, signe là un immense roman noir, à mi-chemin entre la fresque historique et la tragédie grecque.
La Tristesse du samouraï est un roman de Victor del Arbol, un policier catalan qui signe un roman noir ambitieux révélant le négatif de l'Espagne franquiste dans la seconde moitié du XXe siècle...
Pour Victor del Arbol, la vengeance est un plat qui se mange définitivement froid, voire glacé. Il montre comment un régime prônant la haine s'est autoalimenté pour sévir jusqu'à ses ultimes convulsions, en l'occurrence la tentative de coup d'État de 1981 contre la jeune démocratie espagnole...
L'intrigue est construite à la façon d'un puzzle qui ne révèle l'image d'ensemble qu'à la toute fin de l'histoire. L'auteur multiplie les allers-retours dans le passé et laisse progressivement les protagonistes révéler leurs secrets. Tel personnage que l'on croyait anodin se révèle un ancien bourreau, un autre qui semblait avoir le rôle de figurant devient un acteur majeur de l'histoire. De cette histoire touffue, surgit la vision d'une société espagnole hantée par son passé le plus sombre. Un roman en forme de catharsis.
Thriller hors du commun, enfer psychologique, fresque historique, La Tristesse du samouraï résonne avec une particulière intensité au moment où le juge Baltasar Garzón est poursuivi pour avoir osé ouvrir le dossier des disparus de la guerre civile et de la dictature, trente-sept ans après la chute du régime de Franco.
Roman glaçant de noirceur, dépassant largement les codes classiques du thriller, ce troisième livre, mais le premier traduit en français, de Victor del Arbol, démontre que, dans les familles aussi, l'effet papillon peut jouer à plein et pour le malheur du plus grand nombre. Ou comment les secrets du passé, enfouis dans les mauvaises consciences ou au fond d'une valise, contaminent, tel un poison, les générations à venir...
Puzzle aux pièces de sang, La Tristesse du samouraï est un roman de la malédiction dans lequel "les hommes étaient capables de tuer ceux qu'ils aimaient et d'embrasser ceux qu'ils haïssaient". Impressionnant de maîtrise par ses allers-retours entre les différentes époques (Barcelone en 1981, 1976 et 1955, Mérida, en Badajoz, en 1941), Victor del Arbol, policier catalan de 44 ans dans le civil, affronte froidement les fantômes du franquisme et leurs empreintes dans la société espagnole. Il emprisonne dans sa toile des êtres condamnés par les choix de leurs aïeux et qui devront payer, quel qu'en soit le prix, pour leurs crimes.
Un polar ? Plus que cela. Une tragédie déguisée en thriller...
La tristesse du samouraï raconte cela. Comment, en Espagne, lors de cette guerre civile atroce qui, entre 1936 et 1939, fit 400 000 victimes et servit de répétition générale à la Seconde Guerre mondiale, la violence fit irruption dans un pays pour y saccager les corps et les âmes...
C'est haletant, frappant de maîtrise. Il est question d'amour fou et de malles regorgeant de preuves accablantes qu'on ne se résout pas à brûler. Il est question de remords qu'on étouffe et de ficelles politiques qu'on continue à tirer, par-delà les crimes et la torture.
Un crime sous Franco vengé quarante ans plus tard, par Víctor del Arbol. On ne va pas cesser de franchir des cercles, chaque chapitre plongeant un peu plus loin dans les secrets noués en 1941, après la fin de la guerre d'Espagne. La Tristesse du Samouraï, premier roman policier traduit en français d'un Catalan né en 1968 (et policier de profession), montre comment les années 40 se prolongent dans les années 80. La tentative du coup d'Etat de 1981 fait sortir des coulisses un sinistre personnage dont le franquisme a fait la fortune. Il s'appelle Publio. Il est député. Apporter la preuve de ses turpitudes est un des enjeux. C'est même, si on y pense, le ressort principal. Mais on n'y pense pas tout de suite. Il faut attendre que l'héroïne, Maria l'avocate, se soit pris le ressort dans la figure...
Au gré des épisodes (Barcelone en 1981, en 1955 ou en 1976, Badajoz en 1941), le mystère s'enrichit. Les enfants paient pour les péchés des parents, des péchés qu'ils ne connaissent pas, ou pas entièrement, des parents qu'ils sont censés venger. «Oui, c'est justice. Les innocents paient pour les coupables», dit un des personnages, sans doute l'aîné des fils Mola, à un moment du livre où le lecteur n'a pas encore en tête toute la généalogie du crime. «Personne n'est jamais complètement innocent» est une devise possible de la Tristesse du Samouraï. Cela ne signifie pas que l'auteur hésite sur la culpabilité historique des phalangistes, ou dédaigne les beaux contrastes du blanc et du noir.
Mérida. 10 décembre 1941.
Il faisait froid, la voie de chemin de fer était recouverte d'une couche de neige dure, sale, maculée de rouille. Un enfant brandissait une épée en bois, hypnotisé par l'enchevêtrement des rails.
La voie se divisait en deux. L'une partait vers l'ouest, l'autre vers l'est. Une locomotive était arrêtée devant l'aiguillage, apparemment désorientée, incapable de choisir entre les deux directions. Le machiniste pencha la tête par l'étroite ouverture et croisa le regard de l'enfant, comme s'il voulait lui demander son avis sur la direction à prendre. C'est du moins ce que comprit le gamin, qui pointa son épée vers l'ouest. Pour la bonne raison que c'était une des deux possibilités, et qu'il était là.
Quand le chef de gare leva son drapeau vert, le machiniste jeta sa cigarette et disparut à l'intérieur de la locomotive. Un sifflement strident chassa les corbeaux posés sur les fils électriques. La locomotive démarra, repoussa les grumeaux de neige sale et prit lentement le chemin de l'ouest.
L'enfant sourit, convaincu que c'était sa main qui avait imposé la destination de ce voyage. Malgré ses dix ans, il savait déjà, sans avoir encore les mots pour le dire, qu'il pouvait tout obtenir, du moment qu'il l'avait décidé.
- Andrés, on y va.
C'était la voix d'Isabel, sa mère. Une voix douce, pleine de nuances qu'on ne percevait qu'en prêtant l'oreille.
- Maman, quand aurai-je une épée pour de vrai ?
- Tu n'as pas besoin d'épée.
- Un samouraï a besoin d'un vrai katana, pas d'un bout de bois, protesta l'enfant, indigné.
- Un samouraï a besoin de se protéger du froid pour ne pas attraper la grippe, répliqua sa mère en rajustant son écharpe.
Perchée sur des talons invraisemblables, Isabel zigzaguait entre les regards et les corps des passagers. Elle avançait sur le quai aussi aisément qu'un funambule sur son fil. Elle contourna une flaque où stagnaient deux mégots et évita un pigeon à l'agonie qui tournait en rond, aveugle.
Un jeune homme, qui avait une coupe de cheveux de séminariste, fit une place à la mère et à son fils sous la marquise. Isabel s'assit et croisa les jambes avec naturel, sans retirer ses gants en peau, soulignant chacun de ses gestes avec la touche de distinction qui s'impose quand on se sent observé et qu'on est habitué à être admiré.
Chez cette femme aux belles et longues jambes, que sa robe libérait à hauteur du genou, le mouvement le plus ordinaire avait l'allure sublime d'une danse vertueuse. Fléchissant la hanche, elle souleva le pied du minimum indispensable pour effacer une goutte de boue qui souillait la pointe de sa chaussure.
Pressé contre sa mère pour réaffirmer sa propriété, Andrés regardait avec défi les voyageurs qui attendaient le train, l'épée prête à embrocher le premier qui approcherait.
- Prends garde, tu vas te faire mal ou tu vas blesser quelqu'un, dit Isabel.
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