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Auteur : Lauren Groff
Traducteur : Carine Chichereau
Date de saisie : 11/04/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Feux croisés
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782259210669
GENCOD : 9782259210669
Sorti le : 05/01/2012
Ridley est l'enfant d'un rêve, premier né d'une communauté hippie des années 1960. Il grandit comme il respire, le monde est son terrain de jeux. Car le monde se finit aux portes d'Arcadia. Respect de la nature, autosuffisance, amour libre : Arcadia se veut une grande famille, chaleureuse et libertaire. Mais la réalité est plus compliquée. Et plus la communauté grandit, plus l'utopie s'éloigne : les parents négligent leurs enfants, la drogue embrume les esprits, les tensions minent l'équilibre des origines. Jusqu'à l'implosion. Hors d'Arcadia, il faudra vivre dans les forêts d'immeubles new-yorkaises, ouvrir les yeux sur les dérives du rêve déchu, gagner sa vie, être père et accepter le réel. Mais l'idéal des commencements, l'amour et la paix, Ridley ne les perdra jamais vraiment, les portera jusque dans le monde, les concrétisera à sa manière, douce et honnête, profondément humaine.
Roman d'initiation, fresque puissante, Arcadia trace à travers son héros le destin du rêve américain : de l'éblouissement de la naissance à la clairvoyance idéaliste.
Reconnue par la presse américaine comme l'un des talents les plus prometteurs de sa génération, Lauren Groff est l'auteur d'un premier roman très remarqué en France en 2008, Les Monstres de Templeton ainsi que d'un recueil de nouvelles Fugues, tous deux publiés chez Plon.
Lauren Groff est l'auteur d'un premier roman très remarqué et salué par la critique internationale, Les Monstres de Templeton (Plon, 2008, disponible chez 10/18). Elle a également publié un recueil de nouvelles, Fugues (Pion, 2010, disponible chez 10/18), pour lequel elle était invitée au Festival America en 2010. Arcadia, son deuxième roman, marque l'épanouissement de son talent de romancière.
Au plus près des rêves de l'enfant, lucide et innocent à la fois, elle décrit l'effondrement d'un idéal, rongé par une solidarité pernicieuse qui débouche sur le renoncement à soi-même. «Une bulle agréable monte en Pouce, et il se meut avec douceur pour ne pas la briser.» Lauren Groff avance avec la même délicatesse, à l'affût des moments de grâce et de solitude dans la foule, prisant le recueillement invisible, seule force indestructible à ses yeux.
Lauren Groff a un truc. Sa prose est fluide, souple, chatoyante. Des ailes de papillon. La romancière brasse les décennies, secoue les arbres généalogiques, plonge au coeur d'une Amérique qui oscille entre La Nuit du chasseur et les fresques de John Irving. Un peu de folie et d'ambition, on ne va pas lui reprocher ça. Les illusions se déglinguent. Une épidémie ravage la terre. Les femmes ont un parfum de violette. On a envie de relier les grains de beauté qu'elles ont sur le visage pour voir quel dessin cela formerait. Arcadia n'est plus qu'un songe parti en fumée. Qu'est-ce que ça aurait pu être bien, hein ? La nature, elle, n'a pas changé. Alors on s'assied sur ce rocher au bord de l'étang et on se dit que le bonheur se conjugue à l'imparfait. Il ne faut pas en faire un drame.
Les femmes à la rivière, qui chantent.
C'est le premier souvenir de Pouce, même s'il n'était pas né quand ça s'est passé. Pourtant, il voit la route qui serpente dans les montagnes, l'aire de repos avec les fleurs jaunes qui se ferment sous la caresse des enfants. C'est au crépuscule que la Caravane aperçut le méandre où verdissait la rivière, et qu'elle décida d'y faire halte pour la nuit. C'était un soir bleu de printemps, il faisait froid.
Sur la berge, camions, autobus, estafettes se mirent en cercle comme des bisons contre le vent, autour du Pink Piper, le bus à impériale. Handy, leur chef, juché sur le toit, accomplissait la salutation au soleil dans le jour mourant. Des enfants nus fusaient aux abords du campement, la peau rugueuse car ils avaient la chair de poule. Les hommes préparaient un feu, accordaient leurs guitares, commençaient à faire mijoter un ragoût de légumes et des pancakes. Les femmes lavaient les vêtements et le linge dans le cours d'eau glacial, battant les tissus trempés contre les pierres. Dans les derniers rayons, les ombres s'étiraient depuis leurs genoux et la surface étincelait de mousse.
La mère de Pouce, Hannah, se redressa pour enlever un drap comme une membrane sur la rivière. Elle était toute ronde : joues, jambes, bras, cheveux en boucles de tresses dorées. Sa salopette en jean était serrée au ventre, là où se formait Pouce, cellule par cellule. Sur la rive, son père, Abe, s'arrêta pour regarder Hannah, qui écoutait chanter les autres femmes, la tête penchée, sourire aux lèvres.
Plus tard, les odeurs du dîner se dissipèrent sous la fumée tandis que le feu rugissait contre le froid. Encore de la musique : «Froggy Went A-Courting», avec la célèbre voix rauque d'Handy, «Michael, Row the Boat Ashore», «The Sound of Silence». Le linge séchait sur des buissons, spectres à la lisière de leur vision.
Il est impossible que Pouce se remémore tout cela : c'était des semaines avant sa naissance, trois ans avant Arcadia, 1968 était partout à la radio, Khe Sanh et les jeux Olympiques de Grenoble, la Caravane jouait à la marelle à travers le pays, cette soirée avec sa lumière bleue, son grand feu, ses draps fantômes dans l'ombre. Pourtant, il se rappelle tout. Le souvenir est ancré en lui, sans cesse narré par Arcadia jusqu'à devenir commun ; répété encore jusqu'à ce que l'histoire se développe en lui pour devenir sienne. Nuit, feu, musique, le dos d'Abe pour se protéger du froid, Hannah s'appuyant contre son torse rôti, et Pouce, recroquevillé à l'intérieur de ses parents, lové dans leur bonheur, heureux.
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