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Auteur : Giancarlo De Cataldo
Traducteur : Serge Quadruppani
Date de saisie : 08/05/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque italienne
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 9782864248514
GENCOD : 9782864248514
Sorti le : 02/02/2012
1844. En Calabre, au cours d'une expédition de partisans qui se heurte à l'indifférence des paysans qu'ils voulaient soulever et à la trahison du bandit Calabrotto, le jeune Lorenzo arrache au bûcher Striga, une sorcière muette. Pour éviter le peloton d'exécution, Lorenzo accepte de devenir un traître à la solde de l'Empire austro-hongrois. Plus tard, à Londres, placé auprès de Mazzini, pères de la nation italienne, il sera mêlé à un demi-siècle d'intrigues, d'attentats, de complots et de soulèvements. Il retrouve Striga aux côtés de Terra di Nessuno, l'héroïque guerrier sarde, et de toute une société londonienne extravagante, le peintre Rossetti, l'aristocrate Lord Chatam et la très belle et très désirée Lady Cosgrave, ardente révolutionnaire.
Nous sommes transportés de révolutions en réceptions somptueuses, de tavernes milanaises en sordides prisons napolitaines, des rues de Palerme en flammes aux chais du marsala, des bordels anglais aux ghettos de Rome et aux laboratoires où s'inventent les premières machines à calculer.
Faisant ici montre d'une puissance créatrice incomparable, Giancarlo De Cataldo nous restitue horreurs et splendeurs d'une époque encore en résonance profonde avec la nôtre. Maniant l'ironie de l'essayiste et la science du feuilletoniste, il sait nous attacher aux destins individuels d'une nuée de personnages, historiques ou romanesques. À travers cet opéra somptueux, nous assistons à la naissance de l'Italie, accouchée par les complots de politiciens, de terroristes et de mafieux.
Giancarlo De Cataldo, magistrat à la cour de Rome, est l'un des écrivains de roman noir les plus importants d'Italie, devenu aussi une grande signature de la presse et un homme de télévision apprécié. Il est l'auteur de Romanzo criminale, La Saison des massacres, La Forme de la peur, et Le Père et l'Étranger.
Giancarlo De Cataldo dresse une magistrale fresque de l'unification italienne...
Comment raconter une période dense d'événements et de personnages, dont le jeu d'ombres et de lumières a été trop souvent simplifié par la rhétorique patriotique qui enveloppe le récit officiel de la naissance de la nation ? Comment l'aborder de façon critique et romanesque à la fois, tout en s'affranchissant des formules les plus usées du roman historique ? Dans Les Traîtres, un livre magistral qui mélange luttes politiques, crises d'identité et passions sentimentales, l'écrivain italien révélé par Romanzo criminale (Métailié, 2006) a su tirer son épingle du jeu, grâce à des choix - enchevêtrement d'histoires parallèles, narration au présent découpée en scènes indépendantes, montage cinématographique très rythmé, langue enrichie de formes dialectales - aboutissant à un texte choral très efficace qui tient en haleine le lecteur.
Le prêtre a la soutane tachée et le regard enflammé de folie. Il brandit le cierge, hurlant des phrases incohérentes dans un latin approximatif mêlé de l'âpre accent guttural du lieu. Il invoque son dieu, pense Lorenzo avec une pointe de mépris, ou peut-être le diable. Des paysans armés de fourches font écho aux hurlements par un murmure étouffé. Écrasée contre la porte de l'église, une pauvre église de campagne, attachée à un poteau improvisé, sur un tas de fagots secs, la fille aux cheveux roux a sa veste blanche déchirée, des chaussures de corde effilochée aux pieds, et elle fixe le ciel avec un sourire vague. Mais la nuit est noire, il n'y a pas d'étoiles et seul le reflet dansant du cierge illumine une scène qui évoque Goya et les nocturnes des peintres flamands. Dans l'obscurité qui protège les patriotes, les yeux sarcastiques de Calabrotto lancent des éclairs inquiets. Le guide fait le signe de la croix et crache par terre.
- Je vous l'avais dit que San Rocchino est un lieu maudit. Ccà 'nci sunnu sulu malacarni, ici il n'y a que des scélérats.
- Que font-ils ? s'informe Lorenzo, et entre-temps il laisse glisser le mousquet de la bandoulière.
- '' bbrúscianu 'na strega, ils brûlent une sorcière !
- Parle italien !
- C'est une sorcière, celle-là.
- Et toi, qu'est-ce que tu en sais ?
- Elle a les cheveux roux. C'est le signe du démon. Lorenzo fait un signe au natif des Marches qui a déjà le pistolet à la main. Ils se jettent sur le prêtre, ignorant l'imprécation suffoquée de Calabrotto. Les autres suivent. Trente-trois hommes armés occupent la place. Un cri aigu s'élève du groupe des paysans.
- Les brigands ! Les brigands !
Lorenzo écarte les bras et s'efforce de dominer sa colère. Ils ont débarqué depuis deux jours, et partout la même chanson. Partout à leur passage places désertes, maisons abandonnées, fermes vidées de toutes victuailles. Et ce cri obsédant : les brigands. Les brigands. Où sont les mille cinq cents insurgés qui, d'après ce qu'ils avaient lu, se trouvaient sur le Mediterraneo de Malte ? Où sont les Fils de la Jeune Italie qui auraient dû les attendre sur la crête de Santa Roccella ?
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