Recherche






Recherche multi-critères

Participez à la vie du site

Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.

Bibliothécaires,partagez vos découvertes.

Clubs de lecture,envoyez vos choix.

Editeurs,valorisez vos livres.

.. Enjoy

Couverture du livre Enjoy

Auteur : Solange Bied-Charreton

Date de saisie : 02/03/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Bleue

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 9782234071087

GENCOD : 9782234071087

Sorti le : 25/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 31/01/2012

«Voilà qui fut un point marquant : la dépression ne sembla pas être la conséquence d'une perte de repères ou d'un déséquilibre profond. Du moins, elle n'en portait pas le nom. Toutes les personnes concernées par le mal en question étaient seulement d'inconditionnels utilisateurs du réseau ShowYou. Ils postaient des photos, en constituaient des albums en ligne, et bien sûr respectaient toujours le quota hebdomadaire de la vidéo ShowRoom. Ils commentaient également les clichés ou les films des autres. On validait leur bonne santé mentale et leur intégration au groupe, on affirmait que leur vie était normale. On les reconnaissait pourtant dans la rue, et leurs yeux rouges et leurs tics à base de pouces levés, de sourires crispés ou de phrases toutes laites, qu'il leur arrivait de prononcer tout seuls pour se rassurer, avec une intonation de répondeur automatique ou d'annonce dans les gares ferroviaires. A ce stade, on ne parlait pas encore de démence. On disait juste que c'était le "syndrome ShowYou".»

Enjoy est une peinture de la «Génération Y», la net génération, jamais loin de ses écrans de contrôle, mais qui le perd, sincère à défaut d'être cynique, en proie au désoeuvrement dans l'enfer du voyeurisme.

Solange Bied-Charreton, 29 ans, vit et travaille à Paris. Enjoy est son premier roman.



  • La revue de presse Camille Tenneson - Le Nouvel Observateur du 23 février 2012

Bien sûr, on devine dans le fameux ShowYou les inévitables sites Facebook, Twitter et autres YouTube. On reconnaît aussi les dérives narcissiques ou voyeuristes de leurs utilisateurs pour qui le divertissement en ligne est le seul moyen de se sentir vivant...
Comme pour donner raison à l'un de ses personnages qui préfère trouver refuge dans les livres («Les livres étaient muets, ils étaient secrets, on ne les contrôlait pas - lire, c'était poursuivre une existence de contrebande»), elle signe le portrait romantique d'une génération élevée au numérique.


  • La revue de presse Baptiste Liger - L'Express, janvier 2012

Or, si Solange Bied-Charreton, 29 ans, s'empare de quelques clichés sociétaux, elle prend un malin plaisir à les tordre dans tous les sens, d'un ton clinique à la Houellebecq. Petit à petit, la romancière place ses personnages face à leurs contradictions et à leur vision faussée du réel - mais, au fond, que faut-il entendre par "réel" ?


  • Les courts extraits de livres : 27/12/2011

C'est sur l'album en ligne qu'on pouvait le mieux les admirer. On n'avait pas voulu les toucher en vrai, on les avait à peine vues. Elles s'y mettaient à quinze sur les clichés, ou bien en solo pour la pause. Elles me plaisaient de revenir comme ça, doucement, que je puisse enfin les appréhender l'une après l'autre. L'album en ligne, partagé sur le réseau social, nous renseignait aussi sur leurs noms et prénoms. Il fallait voir les sobriquets exotiques, excitants, jamais vus, jamais entendus. Les mots rares, qui marquent. Les mots qu'on aime lire et relire. Le pique-nique était loin, son souvenir jamais aussi ardent que la mise en fiction sur écran, visible de tous, et réinterprétable à loisir. Les petites portaient des robes chatoyantes, le rendu des photos les mettait en valeur à merveille. Je me les repassais dans l'ordre et en sens inverse. Je n'en croyais pas mes yeux. Mes yeux, d'ailleurs, n'avaient pas vu ces filles ce soir-là. Ils n'avaient pas vu ces filles-là. Ils en avaient vu d'autres. Ils n'avaient rien vu du tout.
Puisse le déroulement d'un événement n'être jamais aussi poignant que sa relecture obtenue à l'aide d'un album virtuel. Puisse la vie n'être jamais la vie, l'amour jamais l'amour et la souffrance jamais la souffrance. Puisse le mensonge ou l'ignorance nous leurrer pour notre bien, nos rêves les plus fous ne jamais se réaliser. Je vivais inconsciemment de ces maximes idiotes, j'en buvais la sève, je me nourrissais au sein d'une mère sommeil indigne, jusqu'à ce qu'un jour je dérive et sorte de la torpeur qui avait, jusque-là, constitué ma vie. J'avais lu quelque part, avec l'amusement de celui qui ne comprend pas tout, un type théoriser sur les générations d'anarchistes que «la société de la réglementation» était en train de fabriquer. Je ne voyais pas de quoi parlait ce type. Ce qu'il décrivait n'existait pas, ni dans le réel ni sur écran.

À l'époque où débute ce récit, j'habitais en face de l'appartement d'une vieille dame. On ne savait rien sur cette vieille, juste qu'elle était vieille. Elle ne sortait pas de chez elle, jamais. On jugeait qu'elle avait dû faire un pari, du moins qu'elle avait tenu une promesse. Cette vieille était orgueilleuse, le genre à ne pas sortir de chez elle tant qu'on n'aurait pas enterré le maréchal Pétain aux Invalides. En moins politique : tant que les Beatles camperaient sur leurs positions et continueraient à mener leurs carrières séparément. Elle n'avait peut-être pas digéré la séparation de 1970. Cette vieille était-elle mélomane, sentimentale ? Non, cette vieille avait peut-être tout simplement un goût effroyable en matière de musique, du papier peint à vomir et des photos de son premier caniche plein sa chambre à coucher. On n'en savait rien. Une Portugaise dévouée lui faisait les provisions et le ménage deux fois par semaine, je l'apercevais depuis ma fenêtre secouer le tapis et passer l'éponge sur la toile cirée de la cuisine. Le reste, je l'imaginais.


Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia